Caravansérails
Encyclopédie du voyage en Iran
Les caravansérails d'Iran
Ces auberges fortifiées ont façonné le commerce entre l'Orient et l'Occident pendant plus de 2 500 ans
Un caravansérail est une auberge fortifiée bâtie tous les 30 à 50 km sur les routes commerciales de l'ancienne Perse, offrant eau, repos et protection aux caravanes de marchands. Jalons essentiels de la Route de la Soie, ils ont façonné l'architecture, l'économie et la sécurité du plateau iranien pendant plus de deux millénaires.
Les premiers caravansérails sont apparus il y a plus de 2 500 ans dans l'ancienne Perse. Il s'agit de bâtiments construits pour développer le commerce tout en servant d'auberge aux voyageurs, généralement de plan carré, sur deux étages, organisés autour d'une cour et d'un bassin central. En Iran, ils furent édifiés sur des sites stratégiques tout le long des routes commerçantes, à intervalles de 30 à 50 km.
De l'extérieur, un caravansérail peut ressembler à un bâtiment abandonné, mais son intérieur est bien aménagé, dans une atmosphère fascinante. À l'époque, l'entrée était payante, de même qu'une pièce de 8 pieds carrés pour les marchands désirant marchander sur place ; le gardien des lieux percevait légalement des taxes sur les ventes, supervisait les opérations — non sans parfois abuser de sa position — et devait assurer la protection des marchands et de leurs biens durant leur séjour.
Origines antiques : des Achéménides aux Sassanides
L'histoire des caravansérails remonte à des époques très lointaines : les historiens grecs citent déjà les caravansérails de l'époque achéménide, construits sur les routes principales de l'Empire à intervalles réguliers. Hérodote écrit ainsi que les routes de l'Empire étaient mesurées par parasange, et qu'à tous les quatre parasanges se trouvaient des emplacements où étaient aménagées de bonnes auberges.
Le climat rude et l'aridité d'une grande partie du plateau iranien rendaient indispensables ces lieux de repos, sans lesquels la traversée du pays aurait été quasi impossible et les régions seraient restées isolées les unes des autres. Sous les Arsacides et les Sassanides, la sécurité des routes et l'existence des caravansérails étaient impératives pour le contrôle du vaste empire perse, alors situé sur les routes du commerce international reliant l'Occident, le monde méditerranéen et l'Extrême-Orient — notamment via les itinéraires de la Route de la soie, qui traversaient les régions du nord de l'Empire.
Les caravansérails achéménides et arsacides ont malheureusement tous disparu, mais les vestiges de rares édifices sassanides montrent que les grands caravansérails de la période islamique reprirent le plan général de leur prototype préislamique — à l'image du caravansérail de Darvazeh Gatche, entre Chiraz et Firouzabad, dont les fondations de pierre et de mortier ont été préservées jusqu'à ce jour.
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Un plan qui s'adapte au climat
Selon l'historien de l'architecture Maxime Siroux, il existait deux types de caravansérails vers la fin de l'ère sassanide : ceux composés d'une cour centrale entourée d'une large écurie (sans hébergement pour les voyageurs), et ceux dotés de la même cour centrale entourée de pièces rectangulaires destinées à loger les voyageurs — ce second plan se développant pleinement pendant la période islamique.
Le nouveau plan islamique superpose rationnellement ces deux types : une cour centrale entourée de pièces pour les voyageurs, avec les écuries aménagées derrière. Ce modèle iranien s'est diffusé au Pakistan, en Afghanistan, en Inde et en Asie centrale. La structure du caravansérail iranien reste ainsi organisée autour d'une cour centrale ouverte, mais ce plan se soumet aux adaptations nécessitées par le climat de chaque région — tant dans sa configuration externe que dans le choix des matériaux.
Les caravansérails de la zone littorale de la mer Caspienne
Dans la zone littorale du sud de la Caspienne, les caravansérails sont peu nombreux comparés aux autres zones climatiques d'Iran : la pluviosité y est importante, l'eau abondante, le climat tempéré, et les villes et villages suffisamment rapprochés pour limiter le besoin de haltes routières.
Les vestiges retrouvés se concentrent sur les routes reliant le plateau central aux zones littorales. Bien que le plan clos des régions arides s'adapte mal à ce climat très humide, en réduisant l'aération, cet espace clos se justifiait par un souci de sécurité face aux bandits de grand chemin — les logements des voyageurs se trouvant alors sur les terrasses, pour bénéficier de la meilleure ventilation possible. Fait notable, la plupart de ces caravansérails avaient été construits par des architectes et maçons venus du plateau central, utilisant brique, pierre et mortier plutôt que les matériaux locaux (bois et chaume).
Les caravansérails du golfe Persique et de la mer d'Oman
Dans les régions littorales du sud, où le commerce maritime était prospère et les ports toujours chargés de marchandises à acheminer vers les villes centrales, de nombreux caravansérails jalonnaient les routes reliant les ports à l'intérieur du pays. Sous les Safavides, leur structure différait sensiblement du plan général iranien : la cour centrale disparaît au profit d'une pièce en forme de croix autour de laquelle s'organisent les chambres, toutes ouvertes sur l'extérieur pour assurer une aération maximale sous ce climat chaud et humide.
Après le déclin de l'Empire safavide, l'insécurité grandissante entraîna l'ajout de tours défensives aux quatre coins de l'édifice et la fermeture des passages entre galeries et extérieur ; la citerne, destinée à recueillir les eaux de pluie, se trouvait souvent à l'extérieur du bâtiment.
Les caravansérails des régions montagneuses
Dans les régions montagneuses, les caravansérails devaient avant tout se protéger du froid : souvent dépourvus de cour centrale, ils étaient organisés autour d'une grande salle commune, entourée de galeries servant d'écuries. Plusieurs choix architecturaux visaient à conserver la chaleur : une hauteur sous plafond réduite, des murs épais en pierre (voûtes en brique ou en pierre selon les édifices, comme à Shebli, Emâmzâdeh Hâshem ou Gambosh), une structure fermée en carré sans contact avec l'extérieur, et une entrée étroite précédée d'un sas empêchant l'air froid de pénétrer directement.
Certains, comme le caravansérail de Gambosh, étaient même construits à moitié enterrés, afin de réduire encore le contact avec l'environnement extérieur pendant la saison froide.
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Les caravansérails des plaines du plateau central
C'est dans les plaines du plateau central que se trouvent les caravansérails les plus grands, les plus beaux et les plus somptueux d'Iran. On y retrouve le plan principal classique : une cour centrale entourée de deux ou quatre portiques, les chambres des voyageurs (10 à 12 m² en moyenne, souvent fermées par de simples rideaux plutôt que des portes) donnant toutes sur la cour, tandis que les écuries s'organisent derrière.
Certains caravansérails offraient des services variés : celui de Mahyar, près d'Ispahan, disposait d'un moulin, d'une salle de prière, d'une boulangerie et d'une maison de thé ; celui de Meybod, entre Yazd et Ispahan, était équipé d'un commerce, d'une citerne et d'un Tchâpârkhâneh voisin ; celui d'Aliâbâd, sur la route de Rey à Qom, comportait un bain public. La sécurité y était renforcée par des murs fortifiés et des tours défensives, tandis que la terre cuite et la pierre de la cour centrale servaient de réservoir de chaleur nocturne. Aux confins du grand désert (Kavir), certains caravansérails, comme ceux d'Ardakân ou de Zeyn al-Abedin, étaient même dotés de badguirs pour aérer l'intérieur durant la saison chaude.
Caravansérails urbains et caravansérails routiers
Les caravansérails n'étaient pas construits uniquement sur les routes, mais aussi à l'intérieur des villes, souvent à proximité du bazar pour faciliter le commerce — à l'image du caravansérail de Mâdar-e Shâh à Ispahan ou du grand caravansérail de Shâh Abbâs à Kâchân, très différents en forme et en fonction de leurs équivalents routiers.
Les caravansérails routiers, dotés de fortifications pour protéger voyageurs et marchandises des bandits, s'étendaient sur de vastes terrains peu coûteux et réservaient une large place aux écuries. Les caravansérails urbains, où la sécurité importait moins, s'intégraient pleinement au tissu de la ville : construits sur des terrains plus onéreux, ils montaient souvent sur plusieurs étages et ne disposaient que d'un espace réduit, voire nul, pour les animaux.
Le déclin à l'ère de l'automobile
Après l'apparition de l'automobile en Iran au début du XXe siècle et la démocratisation du voyage, les caravansérails perdirent leur importance d'antan et furent progressivement abandonnés. Certains furent confiés à la gendarmerie nationale, d'autres devinrent des écoles ; les plus éloignés des zones peuplées tombèrent en ruine.
À Ispahan, l'ancien caravansérail datant de l'époque de Shâh 'Abbâs Ier a en revanche été conservé en très bon état, et compte aujourd'hui parmi les meilleurs hôtels de la ville — symbole de la reconversion réussie de ce patrimoine.
Combien y a-t-il de caravansérails en Iran ?
L'Iran en compte aujourd'hui plus de 200, situés sur les routes historiques commerciales qui traversent le pays entre l'Asie et l'Europe, comme la Route de la soie. Une carte publiée par l'organisation des Nations unies recense 54 caravansérails dans le Nord-Est, le Nord et le centre du pays, décrits comme des exemples parmi les plus influents et opulents d'Iran, illustrant un large éventail de styles architecturaux et de modes d'adaptation aux conditions climatiques, répartis sur des milliers de kilomètres et construits sur plusieurs siècles. Parmi eux figurent notamment les caravansérails de Qasr-e Bahram (près de Semnan), de Deyr-e Gachin (près de Qom) et d'Anjireh Sangi (près de Yazd).
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Vingt caravansérails emblématiques
- Amin al-Tojar Caravansérail, Kashmar, Iran
- Aminoddole Caravansérail, dans le bazar de Kashan, Kashan, Iran
- Le caravansérail Mothers Inn (aujourd'hui Abbasi Hotel) à Ispahan
- Caravansérail Qoosheh Amirabad, Damghan
- Caravansérail de Ganjali Khan à Kerman
- Caravansérail Hambari, Bisotun
- Caravansérail Mahyar, Ispahan
- Caravansérail Amin Abad, Kermanshah
- Caravansérail de Sa'd al-Saltaneh, Qazvin
- Complexe Ganjali Khan Caravansérail
- Caravansérail de Sa'd al-Saltaneh
- Caravansérail Qasr-e Shirin
- Caravansérail ilkhanide
- Caravansérail de Shah Abbas, Ispahan
- Caravansérail Shah Abbasi, Karaj
- Caravansérail Shah Abbasi, Rey
- Caravansérail de Neyestanak, province d'Ispahan
- Caravansérail Zeinodin, Yazd
- Complexe Amir Chakhmaq Caravansérail, Yazd
- Caravansérail d'Izadkhast, Izadkhast
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Le Tchâpârkhâneh, relais de poste achéménide
« Chapar Khaneh » est un terme persan désignant le service postal utilisé dès l'époque achéménide. Le système fut créé par Cyrus le Grand, fondateur de l'Empire perse, puis développé par Darius le Grand comme méthode royale de communication à travers tout l'empire. Chaque Chapar Khaneh formait une station le long de la route royale, une ancienne voie de 2 500 km reliant Sardes à Suse et la plupart des grandes villes de l'empire.
Les « chapars » étaient des courriers express qui recevaient chevaux frais et fournitures à chaque station, leur permettant de poursuivre sans délai leur chemin ; se relayant les uns les autres, ils assuraient un transport du courrier vingt-quatre heures sur vingt-quatre — un système que Xénophon attribue lui aussi à Cyrus le Grand, et qui perdura sous les Arsacides, les Sassanides puis pendant la période islamique, jusqu'à la modernisation des routes et l'apparition de l'automobile.
Contrairement aux caravansérails, il ne reste aujourd'hui que très peu de Tchâpârkhâneh, souvent construits avec des matériaux moins résistants (terre cuite, torchis) et fréquemment rattachés à des caravansérails, ce qui rend leurs vestiges difficiles à distinguer. Un relais de poste ancien subsiste néanmoins, plus ou moins intact, près du caravansérail de Meybod : fortifié comme la plupart des édifices du plateau central, il possède une cour centrale entourée d'écuries couvertes, ainsi que plusieurs petites chambres près de l'entrée pour loger les avant-courriers et parfois les voyageurs.
Des routes achéménides aux ruelles du bazar, des tours défensives du plateau central aux badguirs qui rafraîchissent le Kavir, les caravansérails et leurs relais de poste racontent, pierre après pierre, l'histoire d'un empire où voyageurs et marchands trouvaient repos, sécurité et hospitalité au fil d'un vaste réseau de routes reliant l'Orient à l'Occident.