Flore
Encyclopédie du voyage en Iran
Flore
Plus de 8 000 espèces végétales, des plaines salines du Kavir aux forêts hyrcaniennes classées à l'UNESCO
Étant donnée la grande taille du pays et la variété de ses climats — altitude, précipitations, évaporation, types de sols — le territoire iranien possède une multitude de biomes et de biotopes, abritant plus de 8 000 espèces végétales, dont 450 endémiques. Climat, topographie, diversité phytogéographique et intervention humaine façonnent ensemble cette végétation exceptionnelle.
Étant donnée la grande taille du pays et les variétés climatiques dues à des facteurs divers — les différences d'altitude, le niveau des précipitations et de l'évaporation, les types de sols — le territoire de l'Iran possède une grande quantité de biomes et de biotopes, ce qui revient à dire une importante variété dans la flore autochtone. Plus de 8 000 espèces végétales (dont 450 endémiques) y sont répertoriées ; les trachéobiontes y sont plus nombreux qu'en Europe centrale. La composition de la flore d'Iran est définie par quatre facteurs : le climat, la diversité phytogéographique, la topographie et l'intervention humaine.
Le climat, facteur déterminant
L'Iran se situe entre les masses d'air anticycloniques de l'Asie centrale et de la Sibérie au nord, le régime des vents méditerranéen au centre (vents d'ouest et dépressions amenant pluie et neige) et des influences tropicales et subtropicales au sud et au sud-est du pays. Il existe donc différents types de climat, depuis les basses-terres subtropicales humides de la côte sud caspienne jusqu'aux déserts chauds et secs du Dasht-e Kavir et du Dasht-e Lut.
Les chaînes montagneuses de l'Elbourz, des Zagros et du nord-ouest connaissent des surplus de précipitations, tandis que le reste du pays souffre d'un déficit générateur d'aridité extrême. 90 % du territoire iranien appartient à la zone climatique dite « Irano-Touranienne », caractérisée par des précipitations très variables (100 à 500 mm, concentrées en hiver ou au printemps), au moins trois mois d'été de sécheresse totale (jusqu'à neuf mois dans les régions les plus arides), une humidité relative comprise entre 80 et 55 % (chutant à 20 % en été dans le désert central), et des hivers généralement froids contrastant avec des étés extrêmement chauds — jusqu'à 36 °C en moyenne en juillet dans le Khuzestan.
La topographie et les sols
Le climat et la végétation dépendent étroitement de la topographie et du relief, l'Elbourz et les Zagros illustrant particulièrement cette influence. En 1952, Harry Bobek proposa une classification verticale de la végétation en quatre catégories : sarhadd (régions élevées subtropicales, hivers très froids), sardsir (régions moyennement élevées, hivers froids), les hautes terres subtropicales (trois sous-types selon l'intensité des gelées) et garmsir (terres basses, sans gelées ni neige).
Le sol constitue l'autre facteur déterminant de la diversité végétale, avec quatre grandes régions regroupant dix-neuf associations de sols : les plaines et vallées (environ 300 000 km², sols salins des dasht, sols alluviaux, bassins endoréiques) ; les plateaux (environ 470 000 km², déserts gris et rouges, sierozems calcaires, sols de steppe bruns) ; et les piémonts caspiens (environ 35 000 km², riches en humus et très aérés). Près de 50 % de la surface du sol iranien est constituée de lithosols pierreux et peu épais, résultat de l'érosion naturelle.
Zones semi-désertiques et steppes
La flore des régions semi-désertiques se compose d'une végétation clairsemée, notamment dans les déserts endoréiques du centre de l'Iran, marqués par de fortes concentrations de sel (kavir) : les plantes halophiles y dominent, les plantes vivaces étant généralement absentes.
La flore des steppes, quant à elle, présente une végétation variée déterminée par les températures hivernales, aujourd'hui réduite par l'activité humaine. Les armoises y sont les plus répandues, l'armoise herbe blanche formant l'arbuste dominant et l'Aristida plumosa l'herbe caractéristique.
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Steppes arborées et haute montagne
Les steppes arborées, à l'origine très riches en végétation, ont été fortement altérées par la culture sèche et les interventions humaines. Leur flore herbacée reste néanmoins beaucoup plus riche que celle des simples steppes, avec des genres variés (composées, labiées, ombellifères, légumineuses, graminées, crucifères). Les forêts de pistachiers, accompagnées d'un tapis de plantes vivaces pérennes, comptent parmi les paysages les plus caractéristiques de cette zone.
La flore de haute montagne, limitée par des saisons courtes et l'altitude des chaînes montagneuses, est quant à elle caractérisée par les espèces du genre Astracantha et diverses plantes endémiques.
Les forêts basses et montagneuses
Les forêts iraniennes se concentrent surtout au sud de la mer Caspienne et se divisent en deux types : les forêts caduques basses et les forêts caduques des zones montagneuses, la limite entre les deux correspondant à l'altitude au-delà de laquelle les espèces deviennent sensibles au gel.
Les forêts basses ont pour arbre caractéristique le Parrotia persica, aux côtés d'espèces comme l'érable, le chêne châtaignier, le frêne, le pommier sauvage, le poirier, le février de la Caspienne, le buis d'Hyrcanie ou le lierre de Pastukhov. Les forêts montagneuses présentent quant à elles des espèces distinctes : chêne de Macranthère, charme oriental, érable plane, érable de Cappadoce, frêne commun et sorbier d'Orient.
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Les forêts hyrcaniennes de la Caspienne
Les forêts hyrcaniennes forment un massif boisé unique s'étendant sur 850 km le long de la côte sud de la mer Caspienne. L'histoire de ces forêts feuillues remonte à 25 à 50 millions d'années, lorsqu'elles couvraient la majeure partie de cette région tempérée du nord ; elles se sont retirées durant les glaciations quaternaires avant de s'étendre à nouveau avec l'adoucissement du climat.
Leur biodiversité est remarquable : 44 % des plantes vasculaires connues en Iran s'y trouvent, alors que la région ne couvre que 7 % du territoire national. On y a répertorié 180 espèces d'oiseaux typiques des forêts tempérées à feuilles larges et 58 espèces de mammifères, dont l'emblématique léopard persan (Panthera pardus tulliana). Cette écorégion, définie par le WWF, recouvre les monts Talysh au sud de l'Azerbaïdjan ainsi que le littoral iranien de la mer Caspienne (l'antique province d'Hyrcanie), et constitue une étape importante pour les oiseaux migrateurs entre la Russie et l'Afrique. Les forêts hyrcaniennes ont été classées au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019.
Impact humain sur la nature
L'Iran possède une histoire très ancienne, ayant permis l'installation de nombreuses zones de peuplement dans les régions favorables. L'exploitation du sol constitue ainsi le facteur écologique dominant, à travers plusieurs formes d'intervention humaine : destruction des forêts pour le bois de chauffe, le charbon et les terres cultivables ; expansion de l'agriculture dans des zones non viables (steppes arides, pentes raides) ; destruction de la végétation naturelle favorisant l'érosion des sols ; surpâturage des ovins et caprins, sélectionnant les plantes vivaces pérennes au détriment des autres espèces ; et prélèvement des espèces ligneuses légères pour le bois de chauffe, contribuant à l'appauvrissement du sol et à la désertification.
Sylviculture et exploitation forestière
La majorité des forêts iraniennes furent nationalisées en 1967, à l'époque de la Révolution blanche, en même temps que l'ensemble des pâturages du pays. Un service des forêts fut alors créé, employant dès 1970 plus de 3 000 gardes forestiers et permettant de planter 1,3 million de jeunes arbres sur 526 315 hectares.
Les terres forestières étaient estimées à 18 millions d'hectares en 1987, dont seulement 3,2 millions considérés comme productifs, principalement à proximité de la mer Caspienne — les coupes illégales y demeurant néanmoins fréquentes.
Les essences forestières exploitées
Le climat propice de la région caspienne permet la croissance de bois durs de zone tempérée : chêne, hêtre, érable, noyer, parrotia, aulne, tilleul et figuier couvrent à eux seuls la moitié des forêts de la Caspienne. Les forêts des Zagros, du Khorassan et du Fars produisent plutôt chênes, noyers et érables, tandis que Chiraz demeure renommée pour ses cyprès.
La valeur des produits forestiers exportés était six fois plus élevée en 1973 qu'en 1984, une baisse probablement liée à une consommation nationale croissante plutôt qu'à un déclin de la production.
Des plaines salines du Dasht-e Kavir aux forêts hyrcaniennes millénaires classées à l'UNESCO, la flore iranienne témoigne d'une richesse exceptionnelle façonnée par le climat, les sols et des millénaires de présence humaine — un patrimoine végétal fragile, dont la préservation reste un enjeu majeur pour l'avenir du pays.