Démographie
Encyclopédie du voyage en Iran
Démographie
D'une population multipliée par huit en un siècle à une diaspora de plusieurs millions d'Iraniens à travers le monde
Avec près de 83 millions d'habitants, l'Iran a connu une transformation démographique spectaculaire au cours du XXe siècle : urbanisation massive, maîtrise de la fécondité, et trois grandes vagues d'émigration ayant donné naissance à une diaspora de 2 à 3 millions de personnes présentes sur tous les continents.
La population de l'Iran est estimée à 82 801 633 habitants (2016), ce qui en fait le 17ᵉ pays le plus peuplé du monde, comparable à l'Égypte, la République démocratique du Congo, l'Allemagne ou la Turquie. La démographie iranienne a été complètement bouleversée au cours du XXe siècle : la population, estimée à 10 millions au début du siècle précédent, atteignait déjà environ 76,9 millions en 2010. Parallèlement, une importante diaspora s'est constituée à travers le monde depuis les années 1950.
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Une population en pleine mutation
En 2015, la population iranienne était estimée à 81,8 millions d'habitants. Elle continue de croître à un rythme d'environ 1 % par an : la faible proportion de personnes âgées (5 % ont 65 ans et plus) explique un faible taux de mortalité (5,5 ‰), tandis que la forte proportion de personnes en âge de procréer maintient un taux de natalité soutenu (17 ‰). Le solde migratoire, quant à lui, reste faible (-0,5 ‰).
À terme, le vieillissement progressif de la population devrait entraîner une baisse de la natalité, la population se stabilisant vraisemblablement au-dessus de 100 millions d'habitants d'ici 2050.
Régulation des naissances et transition démographique
L'Iran a récemment maîtrisé son très fort taux de fécondité grâce à une régulation des naissances particulièrement efficace, passant de cinq enfants par femme en âge de procréer à la fin des années 1970 à seulement 1,89 aujourd'hui — plaçant le pays au 148ᵉ rang mondial pour ce taux. La durée moyenne de scolarisation atteint aujourd'hui 12 ans, un facteur central de cette transition démographique rapide.
Urbanisation et grandes agglomérations
La répartition géographique de la population a également connu un bouleversement majeur : les urbains formaient environ 10 % de la population iranienne au début du XXe siècle ; ils sont 70 % en 2010. Cette urbanisation reste continue, le taux de croissance démographique des villes atteignant 1,8 % par an, tandis que les zones rurales perdent annuellement 0,7 % de leur population.
Les plus grandes agglomérations urbaines d'Iran sont Téhéran, la capitale au centre-nord (8 432 000 habitants), Mechhed dans le Khorassan au nord-est (3 014 000 habitants), Ispahan au centre (1 880 000 habitants), Karadj à l'ouest de Téhéran (1 807 000 habitants), Chiraz au sud, centre historique de la Perse (1 661 000 habitants), et Tabriz au nord-ouest, centre économique et culturel de l'Azerbaïdjan iranien (1 572 000 habitants).
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La diaspora iranienne : définition et ampleur
Le nom de diaspora iranienne désigne l'ensemble des Iraniens ayant émigré à l'étranger ainsi que leurs descendants qui s'identifient encore à leur origine iranienne. Cette désignation n'inclut ni les citoyens des autres pays du monde iranien partageant la même famille ethnolinguistique, ni les Parsis de l'Inde, descendants de zoroastriens ayant fui l'invasion islamique au VIIe siècle — elle s'adresse avant tout aux citoyens de l'État moderne d'Iran ayant quitté leur pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
En 2009, la diaspora iranienne se divisait en deux grands groupes : ceux ayant quitté l'Iran avant la révolution de 1979 (entre 1950 et 1979), et ceux, beaucoup plus nombreux, partis après la révolution — eux-mêmes répartis entre la période 1979-1995 et celle depuis 1995. Elle est estimée à 2-3 millions de personnes en 2007-2008.
Première phase d'émigration (1950-1979)
Déclenchée par la reprise économique de l'après-guerre et le revenu des exportations pétrolières, cette première vague vit de nombreuses familles de la classe moyenne envoyer leurs enfants étudier à l'étranger. Durant l'année universitaire 1977-1978, environ 100 000 Iraniens étudiaient hors du pays, dont 36 220 aux États-Unis — un chiffre qui atteignit 51 310 en 1979-1980, faisant des Iraniens le plus gros contingent d'étudiants étrangers aux États-Unis.
Après la révolution, nombre de ces étudiants restèrent en Occident, rejoints par leurs familles, des proches de la monarchie et des membres de minorités religieuses (baha'is, juifs, Arméniens, Assyriens) craignant des persécutions — près de 67 000 juifs iraniens émigrèrent vers Israël entre 1948 et 1979. Le boom pétrolier des monarchies du Golfe attira également de nombreux Iraniens, notamment au Koweït (39 000 en 1970) et à Dubaï (où ils représentaient la moitié des immigrants). Au total, environ 250 000 Iraniens émigrèrent durant cette période.
Deuxième phase : la fuite des cerveaux (1979-1995)
Après la révolution, éléments socialistes et libéraux partirent en premier, suivis de jeunes hommes fuyant le service militaire et la guerre Iran-Irak, ainsi que des familles laïques inquiètes de l'islamisation progressive de la société. Cette vague, incluant un grand nombre de professionnels et d'universitaires, accéléra fortement la « fuite des cerveaux » : le nombre de professeurs d'université passa de 16 222 avant la fermeture des universités en 1980 à seulement 9 042 à leur réouverture en 1982, et un médecin ou dentiste sur trois quitta le pays.
La fuite des capitaux liée à cette période est estimée entre 30 et 40 milliards de dollars. Plus de 300 000 Iraniens émigrèrent au total, dont la moitié vers les États-Unis (155 000), suivis par l'Allemagne (67 000), la Suède (38 000) et le Canada (21 000), beaucoup transitant clandestinement par la Turquie ou le Pakistan.
Troisième phase, depuis 1995
Cette vague plus récente combine émigration qualifiée (universitaires, chercheurs) et réfugiés économiques, provoquée par la crise économique, la détérioration des droits humains et les tensions politiques internes. En l'an 2000 seul, les Iraniens déposèrent 34 343 demandes d'asile, un record depuis 1986, principalement en Europe occidentale ; en 2004, ils constituaient la première nationalité de demandeurs d'asile au Royaume-Uni.
Fin 2005, l'UNHCR recensait 111 684 réfugiés et demandeurs d'asile iraniens dans le monde, principalement en Allemagne, aux États-Unis, en Irak, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et au Canada. Plus de 300 000 Iraniens émigrèrent durant cette phase, dont la majorité vers les États-Unis (170 000).
Statistiques globales (1950-2005)
Au total, près d'un million d'Iraniens quittèrent leur pays entre 1950 et 2005. Les États-Unis en reçurent près de 380 000, l'Allemagne 120 000, le Canada près de 100 000, Israël 75 000, la Suède 65 000, l'Australie et la France chacune 20 000 — les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, la Belgique, l'Autriche et le Japon comptant également d'importantes communautés.
La diaspora aujourd'hui : Amérique du Nord et Europe
La communauté iranienne la plus nombreuse hors d'Iran se trouve aux États-Unis, avec 283 225 personnes nées en Iran selon le recensement de 2000, dont 115 000 dans la région de Los Angeles — surnommée « Tehrangeles » — et son quartier iranien « Little Persia ». En incluant les personnes d'origine iranienne nées aux États-Unis, une étude du MIT avançait le chiffre de 691 000 individus dès 2004, certains observateurs évoquant même plus d'un million.
Au Canada, le recensement de 2006 dénombrait plus de 121 000 personnes d'origine iranienne, dont 57 000 à Toronto et 16 000 à Montréal. En Europe, les principales communautés se trouvent en Allemagne (environ 150 000), en Suède (80 000), au Royaume-Uni (70 000), en France (30 000) et aux Pays-Bas (20 000).
Golfe Persique et autres destinations
Aux Émirats arabes unis, notamment à Dubaï, la communauté iranienne comptait entre 300 000 et 400 000 personnes en 2007-2008 ; le Koweït, Bahreïn et le Qatar en accueillaient chacun entre 40 000 et 60 000. En Israël, environ 135 000 personnes étaient d'origine iranienne en 2007, toutes de confession juive. On recensait également près de 20 000 Iraniens en Australie, 13 000 en Turquie, et quelques milliers au Japon et aux Philippines.
Réussite économique et sociale de la diaspora
Selon une étude du MIT, le revenu moyen d'un Iranien de la diaspora serait 45 % supérieur à celui d'un Américain moyen, et les Iraniens constitueraient l'ethnie affichant le plus fort taux de détenteurs d'un master aux États-Unis (30 %). Un Irano-Américain sur trois dispose d'un revenu annuel supérieur à 100 000 USD, contre un Américain sur cinq en moyenne.
La Small Business Administration classait les immigrés iraniens parmi les 20 premiers groupes d'immigrants en termes de propriété d'entreprises aux États-Unis, avec plus de 33 570 sociétés détenues et 2,5 milliards de dollars de revenus générés. Selon une autre étude du MIT, scientifiques et ingénieurs iraniens de la diaspora contrôleraient ensemble des actifs approchant 880 milliards de dollars.
Iraniens renommés de la diaspora
Parmi les figures marquantes de la diaspora iranienne figurent Pierre Omidyar, fondateur d'eBay ; Omid Kordestani, vice-président de Google ; Anousheh Ansari, première femme touriste de l'espace ; Marjane Satrapi, créatrice de bande dessinée ; Andre Agassi, ancien numéro un mondial de tennis, dont le père est né en Iran ; ainsi que Reza et Farah Pahlavi, respectivement fils et ancienne épouse du dernier Shah d'Iran.
L'Iran, terre d'accueil et de départ
La position géographique de l'Iran, sa démographie et sa situation économique en font à la fois un pays d'origine, de transit et de destination pour les migrants. Le pays accueille l'une des plus grandes populations de réfugiés au monde — près d'un million, principalement originaires d'Afghanistan (3,8 millions en 2001) et d'Irak (530 100) — tout en demeurant un pays d'émigration.
Le solde migratoire actuel demeure négatif, avec environ 40 000 départs par an, motivés par l'instabilité économique et politique, le niveau d'éducation, les attentes démocratiques ou encore la présence de famille à l'étranger. Les données précises sur ces phénomènes migratoires restent toutefois partielles, rendant leur ampleur exacte difficile à évaluer.
D'une population multipliée par huit en un siècle à une diaspora présente sur les cinq continents, la démographie iranienne raconte l'histoire d'un pays en perpétuelle transformation — entre transition démographique maîtrisée, urbanisation rapide et vagues migratoires successives qui ont façonné, loin de Téhéran, une véritable nation iranienne mondiale.