Politique
Encyclopédie du voyage en Iran
Politique en Iran
Institutions, élections et autorité religieuse
Une organisation politique fondée sur la Constitution de 1979 et le principe du velayat-e faqih, associant institutions électives et tutelle du Guide suprême.
La politique en Iran se déroule dans le cadre d'une république théocratique islamique. Selon la constitution de 1979, promulguée par l'ayatollah Khomeini, toutes les institutions et les activités de l'Iran sont fondées sur les principes de la loi coranique et de la théorie du velayat-e faqih (« la tutelle du dogme de la loi religieuse »).
Organisation constitutionnelle
À la tête du pays se trouve le « Guide Suprême » (Rahbar), autorité religieuse dominante, qui est élu ou/et révoqué par l'Assemblée des experts, composée de 86 membres religieux élus pour 8 ans au suffrage universel direct. Sous sa responsabilité, le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République, chef du gouvernement, qui dispose d'un cabinet composé de 20 ministres.
Un système politique unique fondé sur la République islamique
Depuis l'instauration de la République islamique en 1979, l'Iran se distingue par une organisation politique et institutionnelle qui n'a pas d'équivalent dans le monde. Le pays constitue le seul État dont le chiisme est officiellement la religion d'État et figure parmi les rares régimes contemporains organisés sous la forme d'une théocratie. Dans ce système, le pouvoir politique est considéré comme procédant directement de la volonté divine et son exercice revient au clergé chiite, qui occupe une place centrale dans l'ensemble des institutions.
Cette conception de l'État repose sur le principe du velayat-e faqih, généralement traduit par « tutelle du juriste-théologien ». Cette théorie fut élaborée au cours des années 1960 par l'ayatollah Rouhollah Khomeini, qui deviendra ensuite le premier Guide de la Révolution après la victoire de la Révolution islamique de 1979. Le principe affirme qu'en l'absence de l'imam caché, l'autorité politique légitime doit être exercée par un juriste-théologien possédant les qualités religieuses nécessaires pour guider la communauté des croyants.
Cette doctrine constitue une évolution importante du chiisme traditionnel. La sociologue Amélie Myriam Chelly souligne qu'elle correspond à une idéologisation de cette tradition religieuse et à son utilisation comme fondement de l'organisation politique de l'État. Ainsi, le pouvoir religieux ne se limite plus au domaine spirituel : il devient également la source de l'autorité politique, administrative, militaire et judiciaire.
Dans cette organisation institutionnelle, le Guide de la Révolution dispose d'une autorité supérieure sur l'ensemble des pouvoirs publics. Il possède notamment un droit de veto sur toutes les décisions essentielles concernant les politiques générales de l'État. En tant que plus haute autorité religieuse, il détermine ce qui est conforme ou non aux principes de l'islam et oriente ainsi l'ensemble des grandes décisions politiques.
Toutefois, le régime iranien ne repose pas exclusivement sur des mécanismes théocratiques. La Constitution reconnaît également le principe de la souveraineté populaire et prévoit un fonctionnement électoral permettant aux citoyens de participer à la désignation d'une partie des institutions. Les électeurs choisissent ainsi au suffrage universel le président de la République, les députés de la Madjles ainsi que les membres de l'Assemblée des experts.
Cette dimension élective demeure cependant strictement encadrée. Le fonctionnement du système s'inspire des démocraties populaires dans lesquelles des élections existent sans véritable pluralisme politique. Les différentes candidatures sont soumises à un contrôle préalable exercé par les institutions religieuses compétentes. En conséquence, les candidats autorisés à se présenter appartiennent exclusivement aux différentes tendances du courant islamique, tandis que les autres familles politiques ne participent pas à la compétition électorale.
Une organisation institutionnelle définie par la Constitution de 1979
Le fonctionnement de la République islamique est régi par la Constitution de 1979, officiellement désignée sous le nom de Qānun-e Asasi (« Loi fondamentale »). Ce texte organise les différents organes de l'État et définit leurs compétences respectives.
Le système institutionnel iranien se caractérise par l'existence de nombreux organes dont les compétences sont étroitement imbriquées. La plupart de leurs membres sont désignés, directement ou indirectement, par le Guide de la Révolution, ce qui renforce considérablement l'influence de ce dernier sur l'ensemble des institutions.
Seules trois catégories d'autorités publiques sont directement élues par les citoyens : le président de la République, les membres du Parlement (Madjles) et les membres de l'Assemblée des experts. Toutes les autres fonctions importantes de l'appareil d'État sont pourvues par nomination, souvent selon une chaîne institutionnelle qui conduit finalement au Guide suprême.
La participation aux élections est ouverte aux citoyens âgés de dix-huit ans au minimum, âge fixé par la législation électorale iranienne.
Le pouvoir exécutif — Le Guide de la Révolution
Au sommet de l'organisation politique iranienne se trouve le Guide de la Révolution, également appelé Guide suprême. La Constitution lui confère la responsabilité de superviser les « politiques générales de la République islamique d'Iran », ce qui fait de lui la plus haute autorité de l'État.
Le Guide est élu par l'Assemblée des experts. Contrairement au président de la République, il n'exerce pas ses fonctions pour une durée déterminée : son mandat est illimité et prend fin uniquement en cas de décès, de démission ou de destitution décidée par l'Assemblée des experts.
Ses prérogatives sont particulièrement étendues. Il est le commandant en chef des forces armées iraniennes et exerce un contrôle direct sur l'ensemble des structures militaires. Il dirige également les services de renseignement militaire et supervise toutes les opérations relatives à la sécurité nationale. Le pouvoir de déclarer la guerre lui appartient exclusivement.
Le Guide suprême constitue également la seule personnalité des institutions iraniennes dont la fonction exige obligatoirement une qualité religieuse. Cette exigence illustre la nature théocratique du régime, dans lequel l'autorité politique suprême est inséparable de l'autorité religieuse.
La Constitution lui reconnaît également un pouvoir de contrôle sur le président de la République. Il peut mettre fin au mandat présidentiel dans deux situations distinctes. La première intervient lorsque la Cour suprême reconnaît que le président s'est rendu coupable d'une violation de ses obligations constitutionnelles. La seconde résulte d'un vote du Parlement constatant son incapacité à exercer ses fonctions conformément au principe 89 de la Constitution.
En théorie, le Guide suprême est lui-même soumis au contrôle de l'Assemblée des experts. Cette institution est chargée de vérifier qu'il accomplit les missions qui lui sont confiées par la Constitution et possède, sur le plan juridique, le pouvoir de le démettre de ses fonctions s'il ne remplit plus les conditions requises pour exercer son autorité.
Le Guide de la Révolution actuellement en fonction est Mojtaba Khamenei.
Le président de la République
Après le Guide suprême, le président de la République constitue la plus haute autorité de l'État selon les dispositions de la Constitution iranienne.
Le président est élu au suffrage universel direct pour un mandat de quatre années. Ce mandat peut être renouvelé une seule fois de manière consécutive. Avant de pouvoir participer à l'élection présidentielle, chaque candidat doit toutefois obtenir l'autorisation du Conseil des gardiens de la Constitution, qui vérifie son éligibilité.
Le président est chargé d'assurer l'application de la Constitution et d'exercer l'ensemble des compétences relevant du pouvoir exécutif qui ne sont pas directement attribuées au Guide suprême.
À ce titre, il constitue le chef du gouvernement iranien. Il nomme les membres du Conseil des ministres, dirige leur activité quotidienne, coordonne les décisions gouvernementales et détermine les orientations générales de l'action de l'exécutif avant leur transmission au Parlement.
Pour accomplir ces missions, le président est assisté par dix vice-présidents ainsi que par un cabinet composé de vingt-deux ministres. Toutefois, la nomination de ces derniers ne devient effective qu'après avoir reçu l'approbation de la Madjles, l'Assemblée consultative islamique.
Le titulaire actuel de la présidence de la République islamique d'Iran est Massoud Pezechkian.
L’Iran n’est pas la seule « république islamique »
Quand on parle de « république islamique », l’Iran est souvent le premier pays qui vient à l’esprit. Pourtant, l’expression ne désigne pas une réalité exclusivement iranienne. Plusieurs États l’ont adoptée — durablement ou temporairement — dans leur nom officiel ou leur régime politique.
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1933–1934
Turkestan oriental
La République islamique du Turkestan oriental est proclamée dans le Xinjiang en 1933. Cette première expérience ne survit que quelques mois et est renversée dès 1934.
Expérience éphémère -
1956
Pakistan
Le pays adopte officiellement le nom de République islamique du Pakistan, devenant le premier État à inscrire durablement cette appellation dans son nom officiel. La Constitution de 1973 la maintient.
Appellation toujours en vigueur -
1958
Mauritanie
La République islamique de Mauritanie est proclamée à la fin de la période coloniale et conserve cette dénomination après l’indépendance.
Appellation toujours en vigueur -
1978–2001
Comores
La République fédérale islamique des Comores existe pendant plus de vingt ans, avant de laisser place à l’Union des Comores en 2001.
Appellation abandonnée -
1979
Iran
À la suite de la révolution qui renverse la monarchie du chah, l’Iran devient la République islamique d’Iran. Son organisation repose notamment sur le principe du velayat-e faqih.
Régime toujours en vigueur -
1992–2021
Afghanistan
Le pays connaît plusieurs régimes se réclamant de l’islam : l’État islamique d’Afghanistan dans les années 1990, puis la République islamique d’Afghanistan de 2004 à 2021. Le retour des talibans rétablit ensuite l’Émirat islamique.
Plusieurs formes institutionnelles -
2015–2017
Gambie
Yahya Jammeh annonce en 2015 que le pays devient un « État islamique ». Cette terminologie est abandonnée après son départ du pouvoir.
Décision temporaire
Il faut distinguer le nom officiel d’un État, la nature de son régime politique et le rôle réel de la religion dans ses institutions. Une « république islamique » n’est pas nécessairement organisée selon le modèle iranien.
Dire que l’Iran est la seule république islamique est donc historiquement inexact. Il en constitue le cas le plus connu et l’un des plus durables, au sein d’une histoire plus large d’États ayant associé la forme républicaine à une référence politique ou constitutionnelle à l’islam.
Le système politique iranien associe des institutions élues à une autorité religieuse supérieure, selon une organisation propre à la République islamique instaurée en 1979.