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Littérature persane

Encyclopédie

Littérature persane, manuscrit et poésie

Encyclopédie du voyage en Iran

Littérature persane

De Ferdowsi à Rûmi, une poésie devenue patrimoine universel

La littérature persane est la littérature écrite en langue persane, dont les traces les plus anciennes remontent aux inscriptions achéménides du VIIe siècle av. J.-C. Célèbre dans le monde entier pour sa poésie épique, mystique et amoureuse, elle a donné naissance à des figures comme Ferdowsi, Saadi, Hâfez, Omar Khayyam ou Rûmi, dont l'influence continue de rayonner bien au-delà des frontières de l'Iran.

La littérature persane est la littérature écrite en persan ; certains considèrent qu'elle inclut aussi les travaux écrits par des Perses en d'autres langues, comme le grec ou l'arabe. Notamment renommée pour sa poésie — épique, historique, philosophique, amoureuse ou mystique —, elle a produit des figures dont l'influence dépasse largement les frontières de l'Iran : Ferdowsi, Nizami, Saadi, Hâfez, Omar Khayyam, Attar ou Rûmi sont aujourd'hui lus dans le monde entier.

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La littérature persane pré-islamique

Il reste peu de vestiges littéraires de la Perse antique. L'essentiel se compose d'inscriptions royales achéménides, notamment celles de Darius Ier et de son fils Xerxès, dont la célèbre inscription de Behistun, gravée en vieux-perse cunéiforme. La plupart des écrits zoroastriens furent détruits, d'abord lors de la conquête d'Alexandre le Grand, puis lors de la conquête musulmane de la Perse.

Les Parsis, ayant fui vers l'Inde, emportèrent avec eux quelques ouvrages zoroastriens, dont l'Avesta et ses commentaires (Zend), rédigés en avestique, langue iranienne orientale assez éloignée du vieux-perse. Quelques travaux de géographie sassanide subsistent également, connus grâce à des traductions arabes et à des écrits en moyen-perse (pehlevi).

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La renaissance du persan après la conquête arabe

Durant les trois premiers siècles de la période islamique, la littérature produite en Iran est majoritairement rédigée en arabe. Maintenu dans l'ombre sous les Omeyyades puis au début du califat abbasside, le persan redevient toutefois une langue littéraire à part entière dès le Xe siècle dans toute l'Asie centrale — une renaissance souvent attribuée à Ferdowsi, Onsori, Daqiqi et Roudaki, qui utilisèrent le nationalisme pré-islamique pour faire revivre langue et coutumes de la Perse antique.

Ferdowsi lui-même résume cette entreprise dans son Shâh Nâmeh :

« Pendant trente ans, j'endurai beaucoup de douleur et de conflits, avec le persan, j'ai donné à l'Ajam la verve et la vie. »

Le persan devient alors la langue des cours bien au-delà des frontières de l'Iran actuel : Rûmi lui-même, l'un des poètes les plus aimés de l'Islam, écrivait en persan tout en vivant à Konya, alors capitale seldjoukide. Les Ghaznévides, ayant conquis de vastes territoires en Asie centrale et du Sud, adoptent à leur tour le persan comme langue officielle de cour — d'où l'existence d'une littérature persane en Afghanistan, au Pakistan, en Inde et dans l'ex-URSS d'Asie centrale.

Poète persan classique 03

La poésie : du style khorassani au style eraqi

Les premiers écrits de la poésie persane se caractérisent par un fort patronage des cours et une extravagance de panégyriques, dans un « style exalté » (sabk-e fâkher). Le qasideh en est la forme la plus célèbre, aux côtés des quatrains popularisés par Omar Khayyam. Ce style, dit « khorassani » car associé à la province du Khorassan, se caractérise par une diction digne et un langage littéraire, porté par Farrukhi Sistani, Onsori ou Manuchehri.

C'est également dans ce système de mécénat que naît le style épique, dont le Shâh Nâmeh de Ferdowsi marque l'apogée en glorifiant le passé historique de l'Iran. Au XIIIe siècle, le ghazal s'impose comme forme lyrique majeure, donnant naissance au « style eraqi » (ou irakien), connu pour ses qualités émotionnelles et la simplicité de son langage — porté par Sanaï, Attar, Khaqani, Anvari et Nizami, avant d'atteindre son sommet avec Rûmi, Saadi et Hâfez.

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Les grands maîtres de la poésie classique

Ferdowsi, auteur du Shâh Nâmeh (« Livre des Rois »), grande épopée nationale iranienne ; Nizami, auteur du Khamseh (« Cinq Poèmes ») ; Saadi, auteur du Boustân (« Verger ») et du Golestân (« Jardin de roses ») ; Hâfez, auteur du Divan ; Omar Khayyam et ses Quatrains ; Attar, auteur du Mémorial des saints et de La Conférence des oiseaux ; Rûmi et son Mesnâvi ; ainsi que Rûzbehân et son Jasmin des fidèles d'amour, ou Ghazali et sa Revivification des sciences de la religion — autant d'œuvres où poésie et philosophie se répondent.

Parmi les écrivains contemporains figurent également Hedayat, Chariati, Fereydoon Moshiri ou la poétesse Forough Farrokhzad, souvent moins connus hors d'Iran malgré leur importance dans les lettres persanes du XXe siècle.

Le Golestan de Saadi 05

Essais, biographies et œuvres historiques

Parmi les essais les plus significatifs figurent le Tchahar Maqaleh de Nizami Aroudhi de Samarcande et le recueil d'anecdotes Jawami ul-Hikayat de Zahiriddin Nasr Mohammad Aoufi. Le Qâbûs Nâmeh (1082-1083), « miroir des princes » du ziyaride Kay Kâ'ûs, demeure l'une des œuvres les plus prisées des belles-lettres persanes, aux côtés de celle du grand vizir Nizam al-Molk.

Côté histoire et biographie, le Lubab ul-Albab d'Aoufi fait figure de source fiable pour de nombreux experts, tandis que le Tarikh-e Jahangushay-e Juvaini (« Histoire du Conquérant du monde ») relate les époques mongole et ilkhanide. Le Tadkhirat al-Awliya d'Attar demeure une référence sur les mystiques soufis, et le Tarikh-i Beyhaqi d'Abolfazl Beyhaghi (XIe siècle) une œuvre historique majeure. On peut y ajouter la satire d'Obeid Zakani et le folklore du Kelileh va Demneh, traduit d'un conte indien.

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Dictionnaires et lexicographie persane

Ali Akbar Dehkhoda recense près de deux cents œuvres lexicographiques dans son monumental Dictionnaire Dehkhoda, les plus anciennes remontant à la fin de l'époque sassanide. Au Moyen Âge, les lexiques d'Abou Hafs Soghdi et d'Asadi Tusi (1092) faisaient référence.

À partir de 1645, plusieurs dictionnaires bilingues virent le jour en Occident : persan-latin (Ravius et Lugduni), persan-anglais (Richardson, 1777 ; Gladwin-Malda, 1770), français-persan (Alexandre Handjeri, 1840) ou persan-russe (Scharif et Peters, 1869) — une trentaine de traductions lexicographiques au total jusqu'aux années 1950, complétées par les travaux de Mohammad Moin et Soleiman Haim.

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La littérature persane contemporaine en Iran

Au XIXe siècle, la littérature persane entre dans une ère de bouleversement, symbolisée par un incident à la cour de Nasser al-Dîn Shâh, où le Premier ministre réformateur Amir Kabir châtia un poète pour avoir « menti » dans un panégyrique. Des figures comme Akhundzadeh, Kermani ou Malkom Khan cherchent alors à relier la poésie aux préoccupations sociales de leur temps, dans le contexte de la Révolution constitutionnelle (1906-1911).

Dehkhoda et Aref sont parmi les premiers à expérimenter de nouvelles formes ; Sadeq Hedayat incarne ensuite le modernisme littéraire iranien, portant une critique séculariste et réaliste de la société. Parmi les grandes voix du XXe siècle figurent Forough Farrokhzad, Ahmad Shamlou, Sohrab Sepehri, Simin Behbahani, Nima Youshij (souvent considéré comme le père du vers libre persan), ainsi que des critiques comme Abdolhossein Zarrinkoub ou Houshang Golshiri.

Persepolis, bande dessinée de Marjane Satrapi 08

La littérature persane en Afghanistan

En 1911, Mahmoud Tarzi lance la publication Saraj'ul Akhbar, marquant l'entrée de l'Afghanistan dans une ère de modernisation littéraire et journalistique. En 1930, le Cercle littéraire de Hérât puis celui de Kaboul virent le jour, ce dernier restant longtemps un bastion des poètes traditionnels face au modernisme.

Parmi les grandes figures classiques afghanes figurent Ghary Abdoullah, Abdoul Hagh Beytat et Khalil Oullah Khalili, ce dernier s'inspirant dès 1935 du style novateur de Nima Youshidj. Le premier recueil de poésie nouvelle afghane paraît en 1957, suivi en 1962 d'une anthologie de poésie persane moderne à Kaboul — un mouvement porté ensuite par Vasef Bakhtari, Asadoullah Habib ou Latif Nazemi.

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La littérature persane au Tadjikistan

La poésie tadjike moderne fut largement influencée par la révolution soviétique avant de s'ouvrir, dans les années 1960, à la poésie iranienne contemporaine et à celle de Mohammad Iqbal Lahouri — période considérée comme la plus féconde pour le développement de nouveaux thèmes et formes. La forme du roman et de la nouvelle y fut quant à elle empruntée aux littératures russe et européenne. Golrokhsar Safi Eva, Mo'men Ghena'at, Farzaneh Khojandi et Layeq Shir-Ali comptent parmi les noms les plus célèbres de la littérature persane tadjike.

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La poésie soufie et l'Asie du Sud

Les poètes soufis médiévaux comptent parmi les plus lus de la poésie persane, du Maroc jusqu'à l'Indonésie — Rûmi (Molana) étant reconnu à la fois comme poète et comme fondateur de l'ordre soufi qui porte son nom. Avec l'émergence des Ghaznévides puis des Timourides et de l'Empire moghol, la culture persane se diffuse largement dans le sous-continent indien : le persan y demeure la langue de la noblesse et des cours royales pendant des siècles, avant d'être supplanté par l'ourdou, dialecte fortement influencé par le persan.

La poésie persane connaît d'ailleurs un véritable essor en Inde à l'époque où la littérature iranienne post-safavide marque le pas, portée par des figures comme Amir Khosrow Dehlavi ou Mohammad Iqbal, tous deux également admirés en Iran.

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L'influence sur la littérature occidentale

Peu connue en Occident avant le XIXe siècle, la littérature persane s'y fait connaître grâce à plusieurs traductions marquantes. En Allemagne, Goethe publie en 1819 son West-östlicher Divan, inspiré d'une traduction de Hâfez, tandis que Nietzsche s'inspire du prophète Zoroastre pour son Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885).

Dans le monde anglophone, une sélection du Shâh Nâmeh est publiée par James Atkinson en 1832, puis versifiée par Matthew Arnold en 1853 (Rostam et Sohrab) ; le poète américain Ralph Waldo Emerson publie en 1876 plusieurs essais consacrés à la poésie persane. Mais c'est sans doute la traduction du Rubaiyat d'Omar Khayyam par Edward FitzGerald (1859) qui popularise le plus la poésie persane en anglais, tandis que Rûmi, traduit notamment par Coleman Barks, connaît une popularité mondiale à la fin du XXe siècle.

Omar Khayyam, poète et savant persan 12

Portrait : Omar Khayyam

Omar Khayyam (né vers 1048 à Nichapur, mort en 1131) est un poète et savant persan dont la vie reste entourée de mystère. Issu vraisemblablement d'une famille d'artisans de Nichapur, il étudie à Balhi sous la direction du cheikh Mohammad Mansuri, puis auprès de l'imam Mowaffak de Nishapur, réputé meilleur professeur du Khorassan.

En 1074, il est invité à Ispahan par le sultan seldjoukide Malikshah pour réformer le calendrier solaire — travail auquel il consacre cinq années, aboutissant au calendrier jalali. Après la mort du sultan, il tombe en disgrâce et entreprend un pèlerinage à la Mecque avant de s'installer à Merv, puis de finir ses jours en reclus à Nichapur. Ses poèmes sont écrits en persan, tandis que ses traités scientifiques le sont en arabe.

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Un héritage littéraire vivant

Les poètes classiques — Hâfez, Saadi, Khayyam, Rûmi, Ferdowsi — sont aujourd'hui largement connus en anglais comme en français et se lisent dans de nombreuses traductions, tandis que le reste de l'immense corpus persan, peu traduit, demeure encore méconnu hors des cercles spécialisés. Des auteurs contemporains comme Sahar Delijani, dans Les Enfants du Jacaranda, continuent de porter cet héritage littéraire à la rencontre du monde, en explorant notamment les conséquences de la révolution iranienne.

Du vers gravé sur les rochers de Behistun aux traductions de Fitzgerald et de Coleman Barks, la littérature persane n'a cessé de traverser les siècles et les frontières — une langue de poésie devenue, comme le voulait Ferdowsi, éternellement vivante.

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