Société
Société iranienne
La société iranienne se caractérise par une forte conscience des hiérarchies sociales et une organisation complexe, à la fois urbaine et rurale. Historiquement structurée en classes relativement distinctes, elle a profondément évolué après la révolution de 1979, sans pour autant perdre sa stratification sociale.
1. Structure générale de la société
Traditionnellement, la société iranienne était pensée en trois grandes catégories appelées tabagheh (« étages ») :
- les classes supérieures (nobles et élites),
- les classes moyennes,
- les classes populaires.
Après la révolution islamique, cette lecture tripartite a été reformulée autour de nouvelles catégories :
- les élites politico-religieuses,
- les classes moyennes,
- les mostazafin (« démunis »), valorisés symboliquement par le discours révolutionnaire.
Cependant, ces divisions restent simplificatrices : la société iranienne est en réalité très fragmentée.
2. Les classes sociales
2.1. L’élite sociale et politique
Avant 1979
Sous le Shah, le statut social dépendait fortement de l’accès au pouvoir politique.
La richesse, la propriété foncière et les réseaux politiques étaient étroitement liés. L’élite cumulait souvent :
La richesse, la propriété foncière et les réseaux politiques étaient étroitement liés. L’élite cumulait souvent :
- fonctions politiques,
- contrôle économique,
- grands domaines fonciers.
Après 1979
Une nouvelle élite apparaît :
- les hauts responsables religieux (clergé chiite),
- les dirigeants politiques islamistes.
La légitimité de l’élite n’est plus basée sur la richesse mais sur :
- la piété religieuse,
- l’autorité idéologique,
- la proximité avec le pouvoir religieux.
2.2. Les classes moyennes
La classe moyenne reste la plus diversifiée et la plus complexe. Elle comprend :
- entrepreneurs,
- bazaris (commerçants du bazar),
- professions libérales,
- cadres administratifs,
- enseignants et universitaires,
- officiers,
- petits propriétaires terriens,
- clergé de rang inférieur.
Clivage interne majeur
Elle est divisée entre :
- une tendance laïque et moderniste (administration, universités),
- une tendance religieuse et traditionaliste (bazars, clergé).
Depuis 1979, cette fracture s’est accentuée, notamment sur les questions de mode de vie, de religion et d’influence occidentale.
2.3. La classe ouvrière
La classe ouvrière se développe surtout au XXe siècle avec l’industrialisation.
Elle est divisée en :
- ouvriers industriels (pétrole, construction, usines),
- artisans et travailleurs des bazars.
Caractéristiques :
- forte hiérarchie interne selon les qualifications,
- faibles salaires pour les non-qualifiés,
- absence d’unité sociale forte.
Les syndicats sont historiquement faibles et contrôlés par l’État, sous la monarchie comme sous la République islamique.
2.4. Les classes populaires urbaines
Elles regroupent :
- travailleurs précaires,
- emplois informels ou domestiques,
- chômeurs ou marginaux.
Elles sont caractérisées par :
- analphabétisme élevé,
- pauvreté structurelle,
- forte précarité urbaine.
Une partie importante de cette population vit de la charité ou d’activités informelles voire illégales.
3. Société urbaine
Les villes iraniennes ont toujours été :
- des centres administratifs,
- des pôles commerciaux,
- des lieux de production artisanale.
Le bazar y joue un rôle central, à la fois économique, social et politique.
Les politiques de modernisation du XXe siècle ont :
- renforcé les administrations,
- développé l’industrie,
- transformé l’urbanisme,
- sans faire disparaître le rôle du bazar.
4. Le rôle du bazar
Le bazar constitue une institution centrale de la société iranienne.
Il est :
- un centre économique majeur,
- un espace d’organisation sociale,
- un acteur politique.
Historiquement, il s’est allié au clergé chiite contre le pouvoir central, notamment :
- en 1905-1907,
- en 1978-1979.
Après la révolution, il reste influent mais sous contrôle étatique accru.
5. Société rurale
La société rurale est moins hiérarchisée mais reste structurée :
- grands propriétaires terriens,
- paysans propriétaires moyens,
- paysans sans terre.
Caractéristiques principales :
- forte dépendance à la terre,
- exode rural massif vers les villes,
- pauvreté structurelle.
Les réformes agraires du XXe siècle ont partiellement redistribué les terres, mais sans transformation durable des inégalités rurales.
6. Exode rural et urbanisation
Entre les années 1960 et 1970, l’Iran connaît :
- une forte migration rurale vers les villes,
- une croissance rapide des zones urbaines informelles.
Conséquences :
- bidonvilles urbains,
- pression sur les services publics,
- transformation de la classe ouvrière.
7. Société nomade
Les populations nomades, principalement dans les régions montagneuses, pratiquent la transhumance.
Caractéristiques :
- mobilité saisonnière,
- élevage (moutons, chèvres),
- échanges économiques avec les zones rurales et urbaines.
Depuis le XXe siècle, les politiques de l’État ont cherché à :
- contrôler,
- sédentariser,
- intégrer ces populations.
Leur poids politique a fortement diminué après 1979.
8. Conclusion
La société iranienne est marquée par :
- une forte stratification sociale,
- une articulation complexe entre religion, politique et économie,
- un rôle central des réseaux (clergé, bazar, administration),
- des tensions entre modernité et tradition.
Malgré les transformations politiques majeures, notamment la révolution de 1979, les logiques de classe et de pouvoir restent profondément structurantes.