Il faut d’abord accepter de ne rien comprendre. On entre dans une salle basse, presque ronde, éclairée de biais. Au centre, une fosse dallée où descendent des hommes en pantalon de toile. Autour, des gradins, des tapis, un mur couvert de portraits encadrés. Sur une estrade de bois, un homme frappe un tambour. Personne ne parle. Puis tout le monde se met à tourner en même temps, et l’on comprend que ce qui se joue là n’est pas un entraînement mais une cérémonie — avec ses règles, ses silences et ses hiérarchies. Bienvenue dans la zūrkhāne, la maison de la force.
En un coup d’œil
Yazd · Amir Chakhmaq- Où
- Sur le flanc nord de la place Amir Chakhmaq, à l’entrée de la ruelle Sheikh Asadollah : la maison occupe l’ancienne citerne à cinq tours du vent, reconnaissable de la place.
- Quand
- Les séances ont lieu en fin d’après-midi et en soirée, plusieurs fois par jour, et durent une quarantaine de minutes. Les horaires changent selon la saison et le calendrier : ils se demandent sur place.
- Combien de temps
- Une séance complète, une heure avec l’attente et la visite du niveau inférieur. C’est très suffisant, et c’est la bonne durée : au-delà, on regarde un spectacle ; avant, on assiste à un rite.
- Qui
- La maison accueille des visiteurs, y compris des visiteuses, ce qui n’est pas le cas de toutes les maisons de la force. On reste en gradin, jamais dans la fosse.
- À combiner
- Le complexe Amir Chakhmaq, à trente secondes ; le bazar et la mosquée Jameh, à quelques minutes à pied. La séance du soir se termine à l’heure où la place s’allume.
- À savoir
- La salle est sombre et le mouvement rapide : les photos posées au sol sont floues. On demande l’autorisation avant de photographier un visage, et l’on n’utilise pas le flash pendant la récitation.
Une citerne devenue salle
Le nom le dit : zūrkhāne, « maison de la force ». Mais la maison de Yazd a une histoire de plus que les autres, parce qu’avant d’être une salle d’exercice, elle a été un réservoir. Ce que l’on voit aujourd’hui sous le dôme — la fosse, les gradins, les massues — occupe l’ancienne citerne publique dite āb anbār-e panj bādgīr, la « citerne aux cinq tours du vent », aussi appelée citerne de Setti Fatemeh, du nom de l’épouse du gouverneur qui la fit creuser.
Le bâtiment est donc double, et c’est ce qui le rend passionnant. En haut, un dôme de brique posé sur la place, flanqué de cinq tours du vent hautes d’une douzaine de mètres, percées chacune de seize fentes : le dispositif qui rafraîchissait l’eau. En bas, un volume creusé dans la terre, dont le creusement a demandé l’évacuation de plusieurs milliers de mètres cubes de sol. Entre les deux, un système de couloirs en spirale qui descendaient vers la réserve d’eau. Quand la ville s’est dotée d’un réseau moderne, dans les années 1970, la citerne a perdu son usage. Elle est restée vide une trentaine d’années.
Le sauvetage. En 1380 de l’ère solaire — 2001-2002 —, un pahlavan de la ville, Ali Darhami, obtient de réaffecter le volume à une maison de la force. La transformation est habile : elle ne détruit rien. On ferme le dôme par un plancher, ce qui donne à la salle son plafond bas et sa sonorité. On garde les couloirs, qui servent désormais de parcours de visite ; on garde la fosse centrale, qui devient le gowd. Et l’on réutilise ce que l’architecture avait de plus ingénieux : les tours du vent continuent d’aérer la salle. En été, quand la place est un four, il fait étonnamment frais sous le dôme. Le nom retenu est Saheb al-Zaman, du nom de l’imam caché ; c’est aujourd’hui la plus vaste maison de la force de Yazd.
Une datation à préciser. La tradition rattache volontiers la citerne à Amir Chakhmaq, le gouverneur timouride du XVe siècle qui a donné son nom à la place. Les spécialistes penchent plutôt pour la période safavide, soit les XVIe–XVIIe siècles, et considèrent que le nom de Setti Fatemeh désigne la commanditaire ou la bienfaitrice d’un ouvrage plus tardif. Retenons l’essentiel : un bâtiment de quatre à cinq siècles, remanié à plusieurs reprises, et qui a connu au moins trois vies — réserve d’eau, citerne désaffectée, salle d’exercice.
Le javânmardi, ou pourquoi l’on s’incline en entrant
Réduire la maison de la force à une salle de sport serait une erreur de traduction. Pendant des siècles, ces lieux ont été à la fois des centres d’entraînement, des écoles de morale, des relais de transmission et parfois le cœur de la vie d’un quartier. On n’y formait pas seulement des corps solides : on y formait des pahlavans, mot que l’on traduit par « champion » mais qui désigne d’abord un homme accompli.
Le javânmardi. L’idéal de la maison s’appelle javān-mardi, la « virilité généreuse » : un composé de courage, de loyauté, de maîtrise de soi, de discrétion et de protection des plus faibles. Le principe est simple et exigeant : un homme fort qui humilie un adversaire n’est rien ; un homme fort qui pourrait écraser et s’abstient est un pahlavan. Toute la pédagogie du lieu découle de là, y compris dans ses détails les plus concrets. La coutume du gol-rīzān, le « jet de fleurs », en est l’illustration la plus belle : quand un membre de la communauté connaissait des difficultés d’argent, on annonçait son cas pendant la séance, et les spectateurs déposaient ce qu’ils pouvaient. Si la somme dépassait le besoin, l’excédent était confié à un homme de confiance pour le cas suivant. La charité se faisait sans que le bénéficiaire ait à tendre la main.
Trois héritages superposés. Les chercheurs voient dans la varzesh-e pahlavani, la « gymnastique des héros », une synthèse rare. D’abord un fonds iranien ancien, celui des exercices de cour et des vertus guerrières de la Perse préislamique, transmis par l’épopée. Ensuite un apport soufi : la discipline du corps comme voie intérieure, le maître qui transmet, le silence avant l’effort. Enfin un apport chiite, avec la figure d’Ali comme modèle du héros juste, et les récitations qui l’invoquent. Rien de tout cela ne s’est substitué à rien : les couches se sont empilées, et c’est cet empilement qui fait la singularité du lieu.
Une reconnaissance mondiale. En 2010, les rituels de la varzesh-e pahlavani et du zoorkhaneh ont été inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, sous le numéro de dossier 00378. La décision a valeur de signal : elle reconnaît qu’il s’agit d’un patrimoine vivant, pratiqué, et non d’une reconstitution pour visiteurs.
L’architecture comme leçon
Dans une maison de la force, presque tout est symbolique, et d’abord les murs. Le bâtiment n’est pas un décor posé autour d’une activité : il est la première leçon, et l’on y entre déjà en s’inclinant.
La porte basse. L’entrée est volontairement plus basse qu’un homme, ce qui oblige chacun à baisser la tête. Le geste est répété à chaque séance, par les plus jeunes comme par les anciens : on n’entre pas dans la maison de la force comme on entre dans un gymnase. Certaines maisons ont même une porte si étroite qu’il faut la franchir de biais. Le message est explicite — l’humilité précède la puissance — et il est gravé dans la maçonnerie plutôt que dans un règlement.
Le gowd. Au centre, la fosse. Elle est octogonale, entourée d’une margelle, et l’on y descend de quelques marches. Ce n’est pas un ring : c’est un creux, et cette position en contrebas est essentielle. Les athlètes s’y tiennent au-dessous du niveau des spectateurs, et le maître de cérémonie, lui, est sur une estrade. Chacun est à sa place, et la place de l’effort est la plus basse. On peut y voir une convention sociale ; on peut aussi y voir l’idée que nul ne s’élève sans avoir d’abord accepté de descendre.
La coupole et l’air. La salle de Yazd est couverte, et sa coupole de brique produit un espace à la fois vaste et intime : le son y tourne, la voix du morshed s’y amplifie sans micro, les percussions du tambour y prennent du volume. La ventilation n’est pas décorative ; dans une ville où l’été dépasse allègrement quarante degrés, une salle d’exercice sans air serait inutilisable une moitié de l’année. Les tours du vent, réaffectées au service du sport, font de cette maison un objet architectural double : un dispositif hydraulique recyclé en dispositif thermique.
La nuit dans l’épaisseur. Un détail que beaucoup de visiteurs manquent : sous la salle, l’ancienne réserve d’eau est toujours là. Les couloirs qui l’entourent subsistent, sur deux niveaux, et l’on peut les parcourir. On y voit la maçonnerie, les voûtes, les petites ouvertures par lesquelles on surveillait le niveau d’eau. C’est le seul moment où l’on comprend l’épaisseur réelle du bâtiment — et la quantité de terre qu’il a fallu remuer pour creuser, à la main, une pareille citerne au milieu d’une ville de désert.
Le morshed, gardien du rythme
Le personnage central n’est pas le plus fort. C’est un homme assis, qui ne se lève pas de la séance, et dont dépend tout ce qui s’y passe : le morshed, littéralement le « guide ».
Il siège sur le sardam, une estrade de bois couverte, souvent ornée, parfois surmontée d’un dais et d’une niche. Devant lui, un tambour — le zarb —, recouvert de peau, qu’il frappe à mains nues. Sa main droite donne le tempo, sa main gauche les accents et les ruptures. Rien d’autre ne dirige la séance : aucun sifflet, aucun comptage, aucune voix qui commande. Les corps suivent le rythme, et le rythme est une parole.
Car le morshed chante. Entre deux frappes, il récite des vers du Shahnameh de Ferdowsi — les exploits de Rostam, les chevauchées, les deuils —, ou des poèmes mystiques, ou des louanges adressées à Ali. Le répertoire est vaste et chaque maison a ses habitudes. Il module le débit selon l’effort : lent quand les hommes portent les massues lourdes, rapide quand la séance s’emballe, presque suspendu quand le groupe exécute les mouvements de rotation. Un bon morshed sait exactement à quel moment la salle fatigue, et c’est alors qu’il ralentit.
Sa fonction est donc triple, et c’est ce qui déroute. Il est musicien, puisque tout passe par son instrument. Il est conteur, puisque la séance est portée par une épopée. Il est éducateur, enfin, et garant de la discipline : c’est lui qui rappelle à l’ordre, qui reprend un geste bâclé, qui fait respecter la préséance des anciens. Dans d’autres villes, le rôle se transmet de père en fils ou de maître à disciple, et certains morshed sont connus dans tout le pays. À Yazd, celui qui officie un soir donné est le maître du lieu : sa place est la seule de la salle qui soit surélevée, et personne ne monte sur son estrade.
Les instruments du pahlavan
Les objets de la maison de la force ne sont pas des haltères. Ils sont les descendants d’armes, et leur forme le dit : chacun correspond à un geste de guerre ancien, conservé et vidé de sa violence.
Les meels. Ce sont les plus impressionnants : deux massues de bois, de forme oblongue, que l’on tient à bout de bras et que l’on fait tourner au-dessus des épaules, derrière le dos, en cadence. Elles pèsent de quelques kilos pour les débutants jusqu’à plusieurs dizaines de kilos pour les exercices de force ; le poids se choisit, et le choix du poids est déjà une leçon d’humilité. Leur forme reprend celle des massues de combat persanes ; certains modèles portent des motifs, des inscriptions ou des armoiries. On les appelle aussi mīl.
Les sang. Deux planches de bois épaisses, munies d’une poignée, sur lesquelles on prend appui pour des mouvements de flexion et d’extension des bras. Par leur forme et leur masse, elles évoquent des boucliers. L’exercice se fait en appui sur les mains, le corps tendu, et se termine souvent par un mouvement de balancier que les gradins suivent du regard.
Le kabadeh. Un arc de métal, souvent en fer, lesté de chaînes qui pendent de part et d’autre ; on le brandit au-dessus de la tête et on le fait osciller. C’est le plus explicitement militaire des quatre : c’est un arc, et les chaînes figurent le poids de la tension. Certains kabadeh portent des clochettes, dont le tintement accompagne le mouvement.
Les takhteh shena. Deux planches parallèles, posées au sol, sur lesquelles on exécute des pompes ; le nom signifie « planche à monter ». L’exercice est moins spectaculaire mais redoutable, et il sert d’échauffement autant que d’épreuve. On retrouve là, comme partout dans la maison, l’idée que la force se construit par le bas.
Tous ces objets témoignent d’un temps où la préparation physique devait produire ensemble la force, la coordination, l’endurance, la souplesse et l’adresse au combat. Aucun n’est utilisé seul, et aucun n’est utilisé pour soi : les massues se lèvent ensemble, les planches se poussent ensemble, l’arc s’oscille ensemble. Le matériel est individuel, l’usage est collectif.
La séance, dans l’ordre
Une séance dure une quarantaine de minutes, et suit un ordre à peu près constant. Ce qui frappe, c’est la sobriété : ni échauffement ostentatoire, ni explication, ni applaudissement. On entre, on salue, on descend, et l’on commence.
L’entrée et le salut. Les athlètes franchissent la porte basse, saluent l’estrade du morshed et le mur des portraits, puis descendent dans la fosse. Les plus anciens passent avant les plus jeunes : la préséance est un principe, pas une politesse. Un novice entre après un vétéran même s’il est plus fort, et cela se voit, et personne ne le commente.
L’échauffement. Les premiers mouvements sont lents, presque administratifs : rotations, flexions, déplacements en cercle sur le pourtour de la fosse. Le tambour marque une cadence régulière. Les corps s’accordent ; c’est le moment où l’on comprend que la séance est collective avant d’être sportive.
Le sang, puis les meels. Vient ensuite le travail avec les planches, puis celui des massues. C’est le cœur de la séance, et le moment le plus impressionnant pour un visiteur : les hommes tournent en cercle, chacun à sa place, en levant les meels au même instant. Le rythme du tambour s’accélère parfois brusquement, et la salle entière change de vitesse en une seconde.
L’arc et la rotation. Le kabadeh intervient en final, avec ses chaînes qui tintent. Puis vient le charkh, la rotation : les hommes tournent sur eux-mêmes, longtemps, dans un mouvement continu qui tient de la danse et de l’exercice d’équilibre, et qui est le sommet visuel de la séance. Les gradins se taisent. C’est à ce moment-là que l’on entend le mieux le tambour, et le souffle.
La fin. La séance se referme comme elle s’est ouverte : par un salut et par un silence. Pas de résultat, pas de classement, pas de vainqueur. Il n’y a ni compétition ni démonstration individuelle dans une maison de la force, et c’est peut-être la chose la plus difficile à comprendre pour un visiteur habitué au sport moderne. Personne n’est venu là pour être meilleur qu’un autre ; tout le monde est venu faire la même chose en même temps.
Ali, Rostam et les portraits du mur
Sur les murs de presque toutes les maisons de la force d’Iran, un visage revient : celui d’Ali. À Yazd, il y en a plusieurs, encadrés, éclairés, souvent entourés de photographies plus anciennes — des maîtres disparus, des équipes d’autrefois, des pahlavans dont les noms se transmettent.
Pourquoi Ali. Pour les pratiquants, Ali ibn Abi Talib est le héros accompli : invincible au combat, mais juste dans la victoire, généreux avec le vaincu, sobre dans la vie. C’est exactement la définition du javânmardi, et c’est pourquoi sa figure a pu s’imposer sans contradiction dans une institution d’origine iranienne préislamique. Le morshed alterne d’ailleurs sans transition les exploits de Rostam, héros païen du Shahnameh, et les vertus d’Ali : deux figures de la même fonction morale, réunies dans une même récitation.
Ce que disent les murs. Le décor n’est pas folklorique, il est pédagogique. Aux portraits s’ajoutent des sentences, des poèmes calligraphiés, parfois des affiches de commémoration. On y trouve aussi la mémoire du lieu : les photographies de ceux qui ont pratiqué ici, et dont certains ont formé les suivants. Le mur fonctionne comme un registre, et c’est une des raisons pour lesquelles une maison de la force ne ressemble jamais tout à fait à une autre : chacune a sa galerie d’ancêtres.
Un héritage sans rupture. Cette superposition est le point le plus intéressant du lieu. La Perse antique a fourni l’épopée et l’idéal chevaleresque ; le soufisme a fourni la discipline intérieure et le rapport au maître ; le chiisme a fourni le modèle moral et une partie du répertoire chanté. Aucune de ces couches n’a effacé les précédentes. Un visiteur qui s’attend à un folklore figé découvre au contraire une tradition qui a constamment absorbé, et qui continue de le faire : les séances d’aujourd’hui accueillent des touristes, se photographient, se diffusent — sans que le rituel lui-même ait cédé sur l’essentiel.
Ce qu’on éprouve, une fois assis
Ce que l’on retient d’une séance n’est pas d’abord une image. C’est un son, et une température.
Le tambour, sous la coupole, produit un battement qui ne ressemble à rien d’autre : une peau tendue frappée à mains nues, dont le son descend, remonte, et se répercute dans la brique. Très vite, on cesse d’entendre les frappes séparées ; on entend un pouls. Les respirations suivent, et deviennent collectives : quand dix hommes lèvent les massues au même instant, ils expirent au même instant, et ce bruit-là — un souffle synchronisé — est peut-être ce qui frappe le plus.
Il y a ensuite la lumière. La salle est sombre ; l’éclairage vient des gradins et de quelques projecteurs, jamais de la fosse. Les visages des athlètes sont à contre-jour, les massues accrochent la lumière par intermittence. Les portraits du mur, eux, sont éclairés frontalement, comme des tableaux dans une église. L’ensemble produit une atmosphère de veillée plutôt que de compétition.
Il y a enfin le bruissement du bois. Les meels, en tournant, produisent un frottement régulier, presque un ronronnement ; les chaînes du kabadeh tintent ; les planches de sang claquent quand on les pose. Autant de bruits modestes qui, mis bout à bout, composent une texture sonore très particulière, et qui explique pourquoi les enregistrements de maison de la force ne restituent presque rien de l’expérience.
Le résultat, au bout de quelques minutes, est que la séance cesse d’être un spectacle. On ne regarde plus des performances : on assiste à une cérémonie dont on ne connaît pas tous les codes, et dont la beauté vient précisément de là — de la synchronisation, du silence, et de la manière dont un homme assis, au fond, tient toute la salle dans son rythme.
Visiter la maison de la force
La maison se trouve au cœur de la ville ancienne, ce qui la rend très facile à intégrer à une journée de visite : on sort d’une séance et l’on est déjà sur la place.
Quand venir. Les séances se tiennent en fin d’après-midi et en soirée, plusieurs fois, et durent environ quarante minutes. Les horaires varient selon la saison et le calendrier ; il est plus sûr de passer dans la journée pour demander l’heure exacte, ou de la faire demander par l’hôtel. Arrivez un peu avant : les meilleures places sont en haut des gradins, là où l’on voit l’ensemble de la fosse.
Comment se tenir. On s’assoit, on reste assis, et l’on ne descend jamais dans la fosse. On ne franchit pas l’estrade du morshed. On ne parle pas pendant les récitations ; entre deux exercices, un chuchotement passe très bien. Les femmes sont admises dans cette maison, ce qui n’est pas le cas partout ; les règles d’usage restent celles d’un lieu de pratique, et non d’un site touristique.
Comment regarder. Laissez d’abord vos yeux s’habituer à la pénombre — cela prend plusieurs minutes, et beaucoup de visiteurs manquent le début pour cette raison. Écoutez le tambour avant de regarder les corps. Puis suivez un seul homme pendant toute une série de mouvements : vous verrez la technique, l’économie du geste, la respiration. Enfin, regardez les gradins : les anciens qui commentent à voix basse, les enfants qui imitent, les familles ; c’est là que se lit la fonction sociale du lieu.
Les photos. Elles sont possibles, mais elles demandent de la patience. La lumière est faible et le mouvement rapide : montez les ISO, renoncez au flash, et demandez l’accord si un visage est reconnaissable. L’usage local veut qu’on ne photographie pas un homme en pleine récitation. Et si vous ne devez faire qu’une image, faites-la pendant la rotation : c’est le moment où tout le monde se tait.
En sortant. Prenez le temps de parcourir les couloirs de l’ancienne citerne : la plupart des visiteurs sortent directement, et passent à côté de la moitié du bâtiment. Puis remontez sur la place, dont le tekyeh s’illumine à la tombée du jour ; la juxtaposition est saisissante — une citerne à cinq tours, une salle de sport, une place publique, et le désert autour.
Autour de la maison de la force
Trois étapes s’enchaînent avec la séance.
Sources
Les faits de cette page s’appuient sur :
- Le dossier d’inscription des « rituels de Pahlevani et Zoorkhanei » sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (Unesco, 2010, dossier no 00378, décision 5.COM 6.20).
- Les notices consacrées à la citerne à cinq tours du vent de la place Amir Chakhmaq — dite aussi citerne de Setti Fatemeh — pour les cinq tours du vent, leur hauteur (une douzaine de mètres), le nombre de fentes (seize par tour), le volume de terre évacué lors du creusement (plusieurs milliers de mètres cubes) et l’attribution de l’ouvrage, que la tradition place à l’époque timouride et que les spécialistes datent plutôt de la période safavide.
- Les sources persanes sur la réaffectation de la citerne en maison de la force, intervenue en 1380 de l’ère solaire (2001-2002) à l’initiative du pahlavan Ali Darhami, et sur la durée des séances (environ quarante minutes).
- Les travaux sur la varzesh-e pahlavani et sur la notion de javânmardi, pour le rôle du morshed et du sardam, la fonction du gowd, le répertoire chanté (Ferdowsi, poésie mystique, louanges à Ali) et la coutume du gol-rīzān, la collecte discrète au profit d’un membre en difficulté.
- Les descriptions du matériel — mīl ou meel, sang, kabadeh, takhteh shena — et de leur lien avec les armes anciennes.
- Deux points sont donnés ici comme des ordres de grandeur et non comme des certitudes mesurées : le nombre de séances quotidiennes, qui varie selon la saison, et le poids des massues, qui va de quelques kilos à plusieurs dizaines selon le modèle et le pratiquant.
Crédits photographiques. Wojciech Kocot, CC BY-SA 4.0 (la salle, le dôme, le morshed et son estrade, les massues contre le mur, les portraits, le public) · Bernard Gagnon, CC BY-SA 4.0 (la fosse, le dallage, les rangées de massues) · سیده زینب صفوی, CC BY-SA 4.0 (l’enseigne, les couloirs de la citerne, les portraits du mur, la salle pleine) · Adam Jones, CC BY-SA 2.0 (le chant, l’effort, les massues) · yeowatzup, CC BY 2.0 (les massues vues de près) · Gwen Fran, CC BY-SA 2.0 (les poignées de bois peint) · Zhramir, CC BY-SA 4.0 (les tours du vent de la place) · Danyalvd, CC BY-SA 4.0 (les couloirs et les portes de l’ancienne citerne) · akhodadadi, CC BY 3.0 (la place Amir Chakhmaq) · Ivan Mlinaric, CC BY 2.0 (le bassin et son reflet) · Ms96, CC BY-SA 4.0 (les tours du vent du quartier). Photographies sous licence Creative Commons, embarquées dans la page en WebP.