sur le Zayandeh Roude
Chah Abbas II
12 m de large
promenade publique
Le plus beau pont d'Ispahan
Le Pont Khajou (پل خواجو) est considéré comme le plus beau et le plus sophistiqué de tous les ponts d'Ispahan.
Construit vers 1650 par le chah Abbas II, sur les fondations d'un ouvrage plus ancien, il enjambe le fleuve Zayandeh Roude, reliant le quartier Khajou sur la rive nord au quartier zoroastrien au sud. Il ne servait pas uniquement à traverser le fleuve : il fonctionnait simultanément comme un barrage de régulation hydraulique, une promenade publique et un pavillon de plaisance royal.
Long de 133 mètres pour 12 mètres de large, le pont compte 23 arches ; la voie de passage en briques et pierres mesure 7,5 m, et les blocs de pierre employés dans sa construction font plus de 2 m de long. L'archéologue Arthur Upham Pope et le voyageur Jean Chardin en firent « le monument majeur de l'architecture des ponts persans, et l'un des ponts les plus intéressants encore existants ». À l'origine orné de fresques peintes et de frises en faïence colorée, le pont n'en conserve aujourd'hui que des traces.
La machine en bas, le plaisir en haut
Le pont est construit en deux étages : la machine hydraulique en dessous, le pavillon de plaisance au-dessus.
Le niveau inférieur est composé de 21 canaux en pierre conçus pour réguler l'eau. Le niveau supérieur offre une succession d'alcôves voûtées, idéales pour se protéger du soleil et flâner : l'allée centrale servait aux chevaux et aux carrioles, les deux chemins voûtés aux piétons.
Au centre exact du pont, au premier étage, se dresse le Shah Neshin — « le pavillon du roi » : un pavillon octogonal richement décoré de fresques et de faïences, encadré de deux autres pavillons octogonaux placés de part et d'autre du centre, offrant des points de vue sur les environs. Le chah Abbas II et ses invités s'y installaient pour admirer des courses de bateaux, des joutes aquatiques, ou simplement profiter de la fraîcheur du fleuve.
Le barrage qui arrosait les jardins
Le vrai génie du pont est hydraulique : c'est un barrage déguisé en promenade.
Le pont-barrage. Les piles du pont cachent des rainures verticales dans lesquelles les ingénieurs glissaient des vannes en bois. En fermant ces vannes, le pont bloquait l'eau du fleuve pour créer un immense lac artificiel en amont. Ce réservoir permettait d'irriguer les jardins royaux de la ville durant l'été, à travers un réseau de canaux souterrains.
Les gradins d'évacuation. En aval, le pont se termine par de larges marches en pierre. Lorsque les vannes étaient ouvertes, l'eau se déversait sur ces marches : l'énergie destructrice du courant était brisée, l'eau était oxygénée, et des cascades rafraîchissantes faisaient tomber la température de l'air.
Deux gardiens, un secret nocturne
À chaque extrémité du pont veille un lion sculpté : symbole de la protection de la ville et de ses ingénieurs.
Les yeux phosphorescents. Regardez l'un des lions de face, à la nuit tombée, depuis l'autre extrémité du pont : la lumière des lampadaires se reflète dans ses yeux sculptés de telle manière qu'ils semblent briller dans le noir, comme des yeux de prédateurs réels.
Pendant le jour, c'est le niveau inférieur qui fait la vie du pont : cet endroit ombragé et populaire, où l'on vient se détendre à l'ombre des arches, abrite aujourd'hui un café, un salon de thé et une galerie d'art.
« À la nuit tombée, les deux lions veillent sur le pont : la lumière des lampadaires s'y accroche, et la ville s'endort sous leur regard. »Le secret nocturne du Pont Khajou
La voûte qui amplifie le chant
C'est le secret le plus vibrant du pont : chaque soir, des hommes de tous âges se rassemblent sous les arches du niveau inférieur pour chanter de la poésie persane — Hafez, Saadi, Rumi.
La caisse de résonance. Les ingénieurs safavides ont conçu la courbure des voûtes en pierre de manière à ce qu'elle agisse comme un amplificateur naturel de son : le chant des poètes remonte d'arche en arche jusqu'au fleuve.
L'intimité sonore. Si deux personnes se tiennent à chaque extrémité d'une longue arche du pont et chuchotent face au mur, elles peuvent s'entendre distinctement malgré le bruit environnant : le son voyage le long de la courbure de la brique sans se dissiper. C'est sous ces arches que se transmet, de génération en génération, la tradition du chant classique iranien.
Pierres recyclées, chambres secrètes et bougie géométrique
Le Pont Khajou cache un chef-d'œuvre acoustique calculé au millimètre, des codes de messages secrets et une fonction thérapeutique royale — voici ce que les guides classiques oublient d'expliquer.
- Le secret des pierres gravées. Sur les gros blocs de fondation, des symboles gravés — cercles, flèches, motifs géométriques, signatures. L'histoire officielle en fait de simples marques de tailleurs de pierre, comptant leur travail et réclamant leur salaire au chah. Le secret archéologique : beaucoup de ces blocs proviennent du démantèlement de palais et de monuments seldjoukides et sassanides. Les ingénieurs du chah Abbas II ont recyclé ces pierres sacrées et antiques pour garantir la stabilité du pont, cachant un immense puzzle d'histoire perse sous les fondations du XVIIe siècle.
- Les chambres de réflexion secrètes du chah. Le pavillon royal central possède des fondations qui descendent directement dans le lit du fleuve : à l'intérieur des piles principales, juste en dessous du niveau de l'eau, se trouvent de petites pièces voûtées accessibles par des escaliers étroits cachés. Constamment refroidies par l'eau qui s'écoulait contre leurs parois, elles offraient une climatisation naturelle : le chah venait y méditer en secret ou y recevoir des messagers confidentiels, le bruit des cascades masquant l'intégralité des conversations.
- La « bougie » de Khajou. Une illusion d'optique célèbre conçue par les architectes du pont : depuis l'extrémité du niveau supérieur (côté nord ou sud), regardez à travers la succession d'alcôves circulaires imbriquées les unes dans les autres — la perspective crée une forme parfaite de bougie allumée, qui semble flotter à l'horizon et s'illumine de manière spectaculaire au coucher du soleil.
Une inscription gravée dans la pierre rappelle en outre que le pont a fait l'objet d'une grande restauration en 1873 : il a traversé les crues, les sécheresses et les siècles pour rester, aujourd'hui encore, le pont le plus photographié d'Ispahan.
Le pont est magnifique la nuit
Rue Khajou, au bord du Zayandeh Roude, à quelques minutes du quartier zoroastrien de Djolfa : le pont est libre d'accès, jour et nuit.
La nuit — obligatoire
C'est le moment où les arches s'illuminent d'une lumière ocre chaleureuse : reflets dans l'eau, lions aux yeux lumineux, chants sous les voûtes.
Sous les arches ombragées
Le niveau inférieur est l'endroit ombragé préféré des Isfahaniens : café, salon de thé et galerie d'art sous les voûtes — la coupure idéale en pleine journée d'été.
La balade des ponts
Le long du Zayandeh Roude : le Pont aux 33 Arches, le Pont Chahrestan et le quartier de Djolfa forment une balade complète sur les deux rives.
Poursuivre le long du fleuve
Le Pont Khajou est l'un des joyaux du Zayandeh Roude : les ponts voisins et le quartier de Djolfa prolongent la balade.
Sources et crédits. Texte éditorial composé à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées au Pont Khajou. Photographies issues du site Pasargades et converties au format WebP pour cette page autonome. Les horaires et conditions d'accès doivent être confirmés localement.













