Rues Dr Fatemi & Karegar
Du XVIe s. à nos jours
+ création contemporaine
Fermé le lundi
L'art tissé dans l'architecture
Conçu par l'architecte Abdol-Aziz Mirza Farmanfarmaian et inauguré en 1976 sous l'impulsion de l'impératrice Farah Pahlavi, le bâtiment du Musée du Tapis vaut à lui seul le détour : c'est une architecture qui parle le langage même de l'objet qu'elle protège.
Sa façade en béton perforé est structurellement pensée pour rappeler les fils d'un métier à tisser géant. Le dispositif n'a rien d'un caprice décoratif : tout au long de la journée, les arches projettent des ombres portées qui protègent naturellement les précieuses fibres textiles des rayons directs du soleil, premier ennemi des pigments végétaux.
Abdol-Aziz Mirza Farmanfarmaian
Membre de l'illustre famille qadjare Farmanfarmaian et grande figure du modernisme iranien, il signe ici un manifeste : une enveloppe de béton « nouée », percée d'arches ajourées, qui met la technologie du XXe siècle au service d'un art millénaire.
L'enveloppe extérieure est aussi une machine thermique dissimulée. Calculée avec une telle précision qu'elle crée un microclimat naturel, la structure capture l'air et projette une ombre constante sur les murs porteurs : la température intérieure baisse drastiquement pendant la canicule estivale de Téhéran, préservant l'humidité dont la laine et la soie séculaires ont besoin pour se conserver.
Ce que vous y découvrirez
Le musée s'organise sur deux niveaux pour vous guider à travers l'histoire de cet art identitaire, du raffinement des ateliers royaux à l'imagination des tribus nomades.
Le rez-de-chaussée accueille l'exposition permanente : environ 135 chefs-d'œuvre y déploient toute la palette du tapis persan. On y observe les différences fascinantes entre le raffinement géométrique des tapis citadins — issus des grands centres de tissage de Kashan, Ispahan ou Tabriz — et l'imagination débordante des tapis nomades ou ruraux, tissés en laine, ainsi que des kilims.
Les tapis citadins
Dans les ateliers de Kashan, d'Ispahan ou de Tabriz, le maître noueur suit un carton millimétré : médaillons centraux, arabesques et vignettes d'une précision de miniature. Ce sont les pièces de musée par excellence, parfois signées par leur auteur.
Tapis nomades & kilims
Les tribus — Qashqais, Bakhtiaris, Turkmènes — nouent de mémoire, au gré des transhumances : motifs géométriques audacieux, laine épaisse, couleurs franches. Chaque irrégularité y est la signature d'une main et d'un horizon.
Le premier étage est dédié aux expositions temporaires et à la création contemporaine : c'est là que le tapis prouve, année après année, qu'il demeure un art vivant et non une relique.
Le parcours détaille également les secrets de fabrication : peignes et ciseaux traditionnels, métiers et rouets, puis l'origine des teintures naturelles utilisées par les maîtres artisans — écorces de grenade, coques de noix, indigo, garance — dont les nuances gagnent en profondeur en vieillissant.
Les pièces maîtresses cachées du musée
Si vous cherchez les véritables secrets du musée, l'expérience va beaucoup plus loin qu'une simple suite de tapis accrochés au mur. Pour les passionnés d'histoire ou d'anecdotes insolites, voici ce qui rend ce lieu unique.
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Le « jumeau » d'Ardebil.
Ne manquez pas la réplique du célèbre tapis dit « jumeau d'Ardebil », une pure merveille de précision technique. L'original, noué au XVIe siècle pour le sanctuaire du cheikh Safi, est aujourd'hui partagé entre deux grands musées occidentaux ; la copie exposée à Téhéran restitue le médaillon étoilé et les deux lampes suspendues de l'un des tapis les plus fameux au monde. -
L'énigme du tapis de Pazyryk.
Le musée expose une réplique parfaite du plus vieux tapis du monde (l'original, datant du Ve siècle av. J.-C., est conservé au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg). En l'analysant de près avec les fiches du musée, on comprend comment ses 36 nœuds symétriques par centimètre carré prouvent que l'art du tissage en Iran a plus de 3 500 ans d'évolution. -
Le tapis politique de Mirza Kuchak Khan.
C'est l'une des pièces les plus curieuses du musée. Ce petit tapis commémoratif tisse le portrait en taille réelle de ce leader révolutionnaire nationaliste du début du XXe siècle, représenté en tenue de combat avec ses armes : un témoignage unique d'un tapis persan utilisé comme outil de propagande et d'histoire politique. -
Profitez d'un guide.
Les cartels explicatifs manquent parfois de détails en langues étrangères. Optez pour une visite guidée (parfois proposée gratuitement en anglais en fin de matinée) pour décoder les allégories et les histoires d'animaux, de jardins ou de batailles tissées dans les motifs.
Tapis figuratifs, « polonais » & de chasse
Contrairement à l'interdiction traditionnelle des représentations humaines dans l'art islamique sunnite, la tradition chiite persane a donné naissance à des tapis figuratifs (pictoriaux) : scènes de la littérature classique comme les poèmes de Nezami, rois de la mythologie persane du Shahnameh, ou délégations européennes de l'époque safavide. Vous y verrez des visages, des fables de La Fontaine version persane, et des détails d'une précision microscopique.
Le musée expose également de rarissimes pièces du XVIIe siècle appelées à tort « tapis polonais » (Polonaise). Tissés en réalité à Ispahan sous la dynastie safavide, ils intègrent des fils d'or et d'argent entrelacés avec la soie. Ils doivent leur nom aux princes et aristocrates polonais qui les commandèrent à l'époque : la plupart quittèrent alors l'Iran, et les quelques exemplaires revenus et exposés ici font partie des plus précieux de la collection.
Parmi les trésors de l'époque safavide figurent enfin le célèbre tapis « Sangeshku » ainsi que sept tapis animaliers uniques. Ces œuvres d'une finesse chirurgicale — parfois plus de 300 000 nœuds au mètre carré — décrivent des scènes de chasse mystiques : des lions, des léopards et des gazelles bondissent à travers des feuillages d'une précision botanique absolue.
Les tapis figuratifs
Princes, poètes et amantes des grands textes classiques, noués en pleine scène : la miniature persane devient tapis, jusqu'aux visages rendus fil par fil et aux fables détournées de La Fontaine.
Les « tapis polonais »
Soie, or et argent entrelacés à Ispahan pour de lointaines cours d'Europe : les rares exemplaires revenus en Iran comptent parmi les pièces les plus précieuses jamais tissées.
Les coulisses et les rituels du musée
Le musée ne se limite pas à ses galeries : sous-sol et coulisses recèlent un centre de recherche de renommée mondiale, des ateliers où l'on répare les siècles à l'aiguille, et — selon les périodes — une maison de thé traditionnelle.
Le musée abrite une bibliothèque ultra-spécialisée de plus de 7 000 ouvrages scientifiques en persan, français, anglais et allemand. C'est ici que viennent les experts du monde entier pour authentifier les motifs ou étudier l'anthropologie des tribus nomades d'Iran à travers leurs techniques de tissage.
Si vous demandez poliment au personnel — parfois très enclin à partager ses connaissances —, vous pourrez jeter un œil aux ateliers de restauration intégrés : des maîtres artisans y réparent à la main, avec des aiguilles chirurgicales et des fils colorés à base de plantes locales, des pièces abîmées par le temps. Le musée propose même des cours de tissage et de restauration traditionnelle.
« Le tapis est le miroir du génie persan : on y lit la rose et le rossignol, la chasse du roi et les vers de Nezami. » D'après la tradition des maîtres tapissiers — Encyclopédie Pasargades
Pour terminer la visite comme un vrai Téhéranais, le musée cache (selon les périodes d'ouverture) une petite maison de thé traditionnelle (chai khaneh) en sous-sol. C'est l'endroit parfait pour boire un thé noir parfumé à la cardamome ou au safran, accompagné de dattes ou de nabat (sucre cristallisé), tout en observant les chercheurs de la bibliothèque manipuler des ouvrages centenaires.
Infos pratiques, règlement & douane
Tarifs, paiement, code vestimentaire, photographie et formalités douanières : toutes les informations logistiques et réglementaires essentielles à connaître avant de s'y rendre.
≈ 2 500 000 IRR
Le tarif étranger est d'environ 2 500 000 rials (3 à 4 € selon le change). Les cartes bancaires internationales ne fonctionnent pas en Iran : payez en espèces (rials ou tomans) ou avec une carte touristique prépayée type MahCard ou TAP Persia Card ouverte à votre arrivée.
9h00 – 17h00
Ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00. Le musée est strictement fermé le lundi ainsi que lors de certains jours de deuil religieux nationaux : vérifiez le calendrier iranien avant votre venue.
Parc Laleh
Situé à l'intersection des rues Dr Fatemi et Karegar. La station de métro la plus proche est Enqelab Square (ligne jaune), suivie d'un court trajet en taxi ou en bus vers le nord.
• Pour les femmes : le port du foulard (roosari) couvrant les cheveux est obligatoire dès l'entrée ; bras et jambes couverts jusqu'aux chevilles, tunique ample ou manteau léger couvrant les hanches.
• Pour les hommes : shorts et hauts sans manches interdits, pantalon long requis.
• Photos : la photographie au smartphone est autorisée et gratuite, mais sans flash (protection des pigments naturels) et sans trépied sauf permis spécial. Il est absolument interdit de toucher les fibres, même pour les tapis présentés à plat ou suspendus sans vitrine.
La visite donne souvent envie de repartir avec un souvenir, au Grand Bazar de Téhéran ou dans une boutique spécialisée. La loi iranienne autorise chaque touriste à quitter le territoire avec un maximum de 12 m² de tapis persans tissés main, sans payer de taxes de douane à la sortie.
Conservez précieusement la facture officielle du marchand, et vérifiez les règles douanières de votre propre pays de retour : l'importation de tapis en provenance d'Iran fait parfois l'objet de restrictions strictes ou d'embargos spécifiques selon les pays, notamment aux États-Unis.
Le quartier du parc Laleh à pied
Le district entourant le musée — le quartier du parc Laleh / Keshavarz — est l'un des poumons culturels et intellectuels de Téhéran. Vous pouvez facilement y passer une journée entière à pied, entre musées, librairies et jardins.
Le Musée d'Art Contemporain (TMoCA)
Ce chef-d'œuvre architectural brutaliste signé Kamran Diba abrite la plus importante collection d'art moderne occidental hors d'Europe et des États-Unis (estimée à plusieurs milliards de dollars) : Andy Warhol, Jackson Pollock, Francis Bacon ou Picasso. Son jardin de sculptures — René Magritte, Max Ernst, Alexander Calder — est en libre accès, et son café souterrain est idéal pour une pause.
Le Parc Laleh (ancien parc Farah)
Ce parc historique de 35 hectares est l'un des plus aimés des Téhéranais. Promenez-vous le long de ses allées arborées pour observer les locaux jouer aux échecs, faire du sport ou pique-niquer à l'ombre. Le vendredi, vous y trouverez de petits marchés culturels et artisanaux locaux.
Le boulevard Keshavarz, à 5 minutes à pied, borde le sud du parc : cette immense avenue historique est célèbre pour son long canal central ombragé d'arbres centenaires et ses pistes cyclables. C'est l'artère parfaite pour une balade urbaine, jalonnée de petites librairies, de boutiques de design indépendantes et de cafés étudiants très animés en fin d'après-midi.
Café du TMoCA
Au sein du musée d'Art Contemporain, pour une ambiance artistique et intellectuelle, entre deux expositions.
Rue Dr Fatemi
Juste au nord du musée du Tapis, cette grande rue abrite plusieurs adresses traditionnelles pour goûter un kebab ou un dizi, le ragoût de mouton et de pois chiches emblématique de Téhéran.
Si vous souhaitez vous éloigner un peu plus, cap vers le sud historique de la capitale : le spectaculaire Palais du Golestan, classé à l'UNESCO, et le Musée du Verre et de la Céramique (musée Abguineh) prolongent à merveille la journée.
Poursuivre autour du Musée du Tapis
Le musée se situe au cœur du quartier culturel de la capitale, à quelques minutes de marche d'autres grands incontournables de Téhéran.
Encyclopédie Pasargades. Contenu rédigé selon les standards éditoriaux de Pasargades pour les hauts lieux incontournables de Téhéran. Photographies d'archive Pasargades intégrées au format numérique haute définition.













