Un panorama exceptionnel de la civilisation persane
Le musée Reza Abbasi (en persan : موزه رضا عباسی), situé dans le quartier de Seyed Khandan à Téhéran, en Iran, est l'un des plus riches et des plus remarquables musées d'art du pays.
Inauguré en 1977, il doit son nom au célèbre maître miniaturiste de l'époque safavide, Reza Abbasi. Le musée retrace de manière chronologique l'évolution de l'art et de la civilisation persanes depuis le IIe millénaire avant J.-C. jusqu'au début du XXe siècle (fin de la période Qadjar).
Les Collections et l'Organisation du Musée
Le musée est particulièrement apprécié pour sa structure compacte sur trois étages, organisée à l'envers du temps. Il est conseillé de commencer la visite par le dernier étage pour suivre fidèlement la chronologie :
Étage préislamique : orfèvrerie et grands empires
Il abrite de magnifiques objets d'art, des poteries, ainsi que des pièces exceptionnelles en or et en argent finement ciselées issues des dynasties Achéménide, Parthe et Sassanide. La pièce maîtresse la plus célèbre est le Rhyton en or représentant une tête de bélier (ou de cheval).
Étage islamique : arts du feu, métaux et textiles
Ce niveau expose des collections de céramiques islamiques aux reflets métallescents, des verreries d'une rare finesse, des objets en métal incrusté et des tissus précieux témoignant du raffinement suprême de l'art persan après l'introduction de l'islam.
Galerie de peinture et de calligraphie : l'apogée safavide
C'est ici que l'on peut admirer l'évolution des manuscrits enluminés, des calligraphies complexes, ainsi que de superbes miniatures persanes issues notamment de la prestigieuse École d'Ispahan.
Histoire, secrets et trésors méconnus du Musée Reza Abbasi
Le musée Reza Abbasi possède une histoire fascinante et recèle de nombreux secrets et trésors méconnus du grand public :
1. Des réserves colossales (50 000 pièces cachées)
Bien que le musée ne présente en permanence qu'environ 600 à 700 objets répartis dans ses 5 galeries thématiques, ses réserves secrètes abritent près de 50 000 antiquités. Le musée utilise son rez-de-chaussée pour organiser régulièrement des expositions temporaires (comme l'exposition Maasharan) afin de dévoiler des œuvres exclusives sorties des réserves, notamment des miniatures safavides rares.
2. Le joyau de la calligraphie et le manuscrit des Rois
Le premier étage abrite l'une des plus anciennes et des plus précieuses pages existantes du Shâhnâmeh de Demotte (le Livre des Rois), un manuscrit enluminé monumental datant du milieu du XIVe siècle (VIIIe siècle de l'Hégire). On y trouve également des chefs-d'œuvre de calligraphie signés par des maîtres légendaires de l'histoire persane, comme Mir Emad.
3. Les trésors préislamiques du Lorestan et de Suse
La galerie du troisième étage ne contient pas seulement de l'or achéménide ; elle expose de remarquables bronzes du Lorestan ainsi que des poteries préhistoriques excavées à Suse et en Azerbaïdjan iranien, qui remontent parfois jusqu'au IIIe millénaire avant J.-C.
4. Une histoire mouvementée (Création signée Farah Pahlavi)
Le musée a été initialement inauguré en septembre 1977 sous l'impulsion de la dernière reine d'Iran, Farah Pahlavi, dans le but exprès de racheter, regrouper et sauver des artefacts persans disséminés ou offerts à l'étranger. En raison de la Révolution islamique et des bouleversements politiques, le musée a dû fermer et rouvrir ses portes à de multiples reprises (1978, 1979, 1984, 1985) avant sa réouverture moderne et définitive le 4 février 2000.
5. Une bibliothèque de recherche unique
Le musée possède plus de 10 000 ouvrages en plusieurs langues (persan, anglais, français, allemand), mais surtout une collection inestimable de 90 journaux historiques iraniens et plus de 50 magazines persans anciens, ce qui en fait un pôle de recherche ultra-spécialisé pour les historiens de l'art du monde entier.
Reza Abbasi : le dernier grand génie de la miniature safavide
Reza Abbasi (vers 1565 – 1635) est considéré comme le dernier grand maître de la miniature persane et le peintre le plus célèbre de l'époque safavide.
Fils du peintre Ali Asghar, il a effectué la majeure partie de sa carrière à la cour du puissant souverain Shah Abbas Ier le Grand, qui a fait d'Ispahan sa capitale et un pôle culturel majeur. C'est en hommage à ce roi qu'il a reçu son titre honorifique d'« Abbasi ».
« رضا عباسی · خداوندگار نگارگری صفوی »« Reza Abbasi, maître incontesté de l'art pictural safavide. »L'École d'Ispahan sous le règne de Shah Abbas le Grand
Ce qui caractérise son art et sa vie
Le passage aux œuvres isolées (Muraqqa)
Contrairement à ses prédécesseurs qui illustraient principalement de grands livres de contes épiques, Reza Abbasi s'est spécialisé dans les feuillets et miniatures isolés (muraqqa), destinés à être collectionnés dans des albums précieux par les esthètes et la cour.
Ses sujets de prédilection
Ses œuvres les plus emblématiques représentent de jeunes hommes élégants, des amants enlacés, des bergers, ainsi que des derviches ou des poètes. Ses figures adoptent souvent une posture sinueuse, sensuelle et fluide d'une modernité stupéfiante.
Une soif de liberté
Au sommet de sa gloire, il quitte temporairement la cour royale (entre 1605 et 1615) pour vivre parmi le peuple et peindre des gens ordinaires, avant de revenir s'installer auprès du Shah jusqu'à sa mort.
Une rupture de style féconde
Les historiens séparent son œuvre en deux temps. Ses débuts affichent des couleurs vives et des lignes d'une finesse calligraphique extrême. À son retour à la cour, ses lignes deviennent plus lourdes et ses couleurs plus sombres, voire terreuses.
Ses techniques de dessin à l'encre ont durablement influencé l'École d'Ispahan. Aujourd'hui, outre le musée de Téhéran, ses œuvres majeures sont conservées et célébrées dans les plus prestigieuses institutions mondiales, telles que le Musée du Louvre, le Metropolitan Museum of Art (Met) de New York et la Smithsonian Institution de Washington.
Informations pratiques & Visite du musée
Toutes les informations nécessaires pour organiser votre découverte de cette institution d'exception :
Seyed Khandan
Situé au n° 893 de l'Avenue Shariati, en face de la rue Golnabi, dans le quartier de Seyed Khandan à Téhéran. Accessible facilement en taxi ou via les lignes de bus express.
Bibliothèque spécialisée
Le bâtiment abrite également une bibliothèque spécialisée regroupant plus de 10 000 ouvrages en persan, anglais, français et allemand dédiés à l'histoire de l'art iranien, ainsi que des périodiques rares.













