Sous vos pieds, des sous-sols les plus riches du monde
Sous vos pieds, l'Iran cache l'un des sous-sols les plus riches du monde

Il y a une chose que la plupart des voyageurs ne savent pas lorsqu'ils foulent les dalles immaculées d'une mosquée d'Ispahan, lorsqu'ils déambulent dans un bazar de Kerman ou lorsque leur 4×4 traverse les étendues ocre du désert du Lut. Sous leurs semelles, sous les sables, sous les strates de calcaire et de basalte accumulées depuis des millions d'années : l'un des sous-sols les plus extraordinairement diversifiés de la planète.
L'Iran n'est pas seulement l'héritier de Cyrus, de Hafez et des jardins persans. C'est aussi, selon les géologues, l'un des cinq pays les plus riches en ressources naturelles du monde — une réalité que les sanctions, l'isolement économique et les idées reçues ont rendue presque invisible aux yeux du reste du monde.
La turquoise de Neyshabour : deux mille ans d'un monopole tranquille
Quand vous achetez un bijou de turquoise dans un bazar iranien, vous tenez entre vos mains quelque chose d'unique au monde. La mine de Neyshabour, dans la province du Khorasan, est exploitée sans interruption depuis plus de 2 000 ans. Pas quelques décennies. Pas quelques siècles. Deux millénaires.
Aujourd'hui encore, cette mine produit environ 80% de la turquoise naturelle commercialisée dans le monde. La qualité de la pierre iranienne — sa couleur bleu-vert profonde, sa dureté, ses nuances qui varient selon la profondeur d'extraction — est inégalée par les productions mexicaine, tibétaine ou américaine. Les joailliers du monde entier le savent, même s'ils ne le disent pas toujours.
Quand vous visitez Neyshabour, ville où reposent aussi Omar Khayyam et Attar, vous arpentez simultanément un haut lieu de la poésie persane et le berceau du plus grand monopole minier naturel qui subsiste sur Terre.
Le travertin que vous avez peut-être déjà chez vous

Peut-être que le plan de travail de votre cuisine ou les murs de votre salle de bains viennent d'Iran. Sans que vous le sachiez.
L'Iran est le premier exportateur mondial de travertin, cette roche calcaire sédimentaire couleur crème et ivoire qui habille des millions de maisons, d'hôtels et d'immeubles à travers l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie. Les carrières de Mahallat, dans la province du Markazi, sont des entailles spectaculaires dans les flancs des collines — des falaises artificielles blanches et dorées d'où sortent chaque année des millions de tonnes de pierres taillées, polies, expédiées vers quatre coins du monde.
La prochaine fois que vous traverserez Mahallat en route vers Ispahan, regardez ces montagnes découpées comme du pain. Ce n'est pas seulement de la beauté industrielle. C'est le numéro un mondial, discret, qui livre à l'humanité entière la matière de ses façades.
Kerman : marcher sur les traces du plus grand gisement de cuivre d'Asie
À quelques heures au sud de Kerman, perdu dans les collines brûlées de la province, le nom de Sar Cheshmeh ne dit rien à grand monde. Pourtant, c'est là que se trouve la plus grande mine de cuivre d'Asie occidentale — et l'une des plus importantes du monde.
L'Iran se classe dans le Top 3 mondial des réserves de cuivre. Ce métal, hier symbole de l'industrie, est aujourd'hui devenu l'un des plus stratégiques de la transition énergétique : une voiture électrique en consomme trois à quatre fois plus qu'un véhicule thermique. Les éoliennes, les réseaux électriques, les batteries — tout cela repose sur le cuivre. Et l'Iran en possède des quantités colossales, largement sous-exploitées.
La ceinture de Sar Cheshmeh fait partie d'un arc volcanique géologique appelé la ceinture d'Urumieh-Dokhtar, qui traverse l'Iran du nord-ouest au sud-est comme une épine dorsale. Les géologues la comparent à la Cordillère des Andes en Amérique du Sud — cette même chaîne qui a fait du Chili et du Pérou des géants mondiaux du cuivre. L'Iran, lui, n'a pas encore eu l'occasion de se révéler.

Le désert qui cache du fer, de l'uranium et peut-être du lithium
Il y a quelque chose d'étrange et de fascinant dans le désert central iranien. Les voyageurs qui traversent Yazd ou qui s'aventurent vers le Lut ne voient que minéralité, silence et lumière. Mais sous leurs pieds, c'est une autre histoire.
Le district de Bafq-Saghand, en plein désert, concentre certains des gisements les plus stratégiques du pays. On y exploite du fer — la mine de Chadormalu alimente une grande partie de la sidérurgie iranienne. On y extrait de l'uranium, dans la mine de Saghand, seule source nationale d'un programme nucléaire civil que le pays entend développer en toute indépendance.
Mais ce qui rend ce district vraiment exceptionnel aux yeux des géologues, c'est la présence de monazite dans les gisements de fer. La monazite est le minerai des terres rares — ces éléments comme le néodyme, le praséodyme ou le dysprosium, essentiels aux moteurs des voitures électriques et aux aimants des éoliennes. La Chine en contrôle aujourd'hui 70 à 80% de la production mondiale. L'Iran dispose d'un potentiel dans ce secteur encore largement inexploré.
Et en 2023, une découverte a retenu l'attention des observateurs : la confirmation de gisements de lithium dans la province de Hamedan. Le lithium, que certains appellent « le pétrole des batteries », voit sa demande mondiale augmenter d'année en année à mesure que la transition énergétique s'accélère. L'évaluation de ces réserves iraniennes est encore en cours, mais le potentiel est là, inscrit dans la roche.
Un sous-sol à la croisée des plaques tectoniques
Pourquoi l'Iran est-il si riche ? La réponse est géologique, et elle est fascinante.
L'Iran se situe à la jonction de plusieurs plaques tectoniques : la plaque arabique pousse vers le nord, la plaque eurasienne résiste, et des microplaques iraniennes jouent les arbitres dans cette collision permanente qui a commencé il y a des dizaines de millions d'années. Cette tectonique active a créé des volcans qui ont enrichi les roches en métaux, des bassins sédimentaires qui ont piégé des hydrocarbures et des évaporites, et des ceintures métamorphiques où se concentrent l'or et les minéraux rares.
Résultat : plus de 75 types de minéraux identifiés sur le territoire. Un potentiel minier estimé à 700 milliards de dollars. Et pourtant, le pays n'exploite qu'entre 15 et 20% de ce que la géologie lui a offert.
Ce que le voyageur voit sans le savoir
Lorsque vous admirez les carreaux de faïence turquoise d'une coupole à Ispahan, c'est le bleu de Neyshabour qui vous regarde. Lorsque vous posez vos mains sur le comptoir poli d'un café de Téhéran, c'est peut-être du marbre de Yazd. Lorsque votre regard embrasse les montagnes de Kerman, c'est l'une des plus grandes réserves de cuivre du monde qui profile son horizon.
L'Iran n'est pas seulement un pays de mille ans de civilisation. C'est aussi, sous la surface visible, une des terres les plus précieuses de la planète — qui attend, patiente, comme elle a toujours su attendre.
Sources : IMIDRO (Organisation iranienne des mines), USGS Minerals Yearbook, Geological Survey of Iran, IEA Critical Minerals — Mars 2026
En Iran, les Baloutches vivent dans la pauvreté aux abords des mines de titane

Il y a quelque chose de vertigineux à poser ce chiffre simplement, sans détour : 150 millions de tonnes. C'est la réserve prouvée de la mine de titane de Kahnuj, dans le sud de la province de Kerman. L'un des plus grands gisements de titane au monde, selon les médias d'État iraniens qui ont annoncé sa réouverture après vingt-cinq ans d'arrêt.
Vingt-cinq ans. Un quart de siècle pendant lequel cette montagne de métal précieux a dormi dans le sous-sol baloutche, pendant que les habitants de Kahnuj, eux, ne dormaient pas — trop occupés à compter le peu qu'il leur restait.
Une région riche d'un sous-sol qu'elle ne possède pas
Le sud de la province de Kerman et les zones limitrophes du Sistan-Baloutchistan figurent parmi les régions les plus déshéritées d'Iran. Chômage chronique, infrastructures défaillantes, pauvreté persistante — le tableau est connu, documenté, et il contraste de façon saisissante avec ce que cache la terre sous les pieds de ses habitants.
Car sous ces étendues arides, ce ne sont pas seulement 150 millions de tonnes de titane qui reposent. On y trouve du cuivre, du chrome, du magnésium, de la chromite — un sous-sol d'une richesse qui ferait rougir d'envie bien des nations. À quelques dizaines de kilomètres de Kahnuj, une autre mine de titane de Rudbar Zamin recèle encore 42 millions de tonnes de minerai, dont 2,2 millions de tonnes d'ilménite, le minéral dont on extrait le titane pur.
Le titane, rappelons-le, n'est pas une commodité ordinaire. C'est le métal de l'aéronautique, du spatial, de la médecine, de la défense. Léger comme l'aluminium, résistant comme l'acier, indifférent à la corrosion. La demande mondiale ne fait que croître. Et le gisement de Kahnuj — si les chiffres annoncés se confirment — placerait l'Iran dans une position enviable sur ce marché.
La mine rouvre. Les emplois partent ailleurs.
La reprise d'activité de la mine de Kahnuj, annoncée à 94% d'avancement selon l'opérateur du projet, devrait produire chaque année 70 000 tonnes de scories et 50 000 tonnes de pigments de titane. Des chiffres industriels significatifs.
Mais la population locale n'a pas attendu l'annonce pour réagir. Des protestations ont éclaté à Kahnuj. Les habitants réclament le contrôle des mines. Leur argument est simple, presque désarmant dans sa logique : ces ressources sont les nôtres, elles sont sous notre sol, et pourtant ce sont des entreprises non locales qui viennent les extraire, sans que les jeunes Baloutches y trouvent ni emploi ni avenir.
Ce n'est pas de la démagogie. C'est une réalité documentée : dans ces régions du sud-est iranien, l'absence de mécanismes industriels locaux prive la jeunesse d'alternatives économiques durables. Faute d'emplois légaux, certains se tournent vers des activités de survie dangereuses — notamment le portage clandestin de marchandises à la frontière pakistanaise, activité qui coûte chaque année des dizaines de vies.
Le « secteur privé » iranien : une fiction bien organisée
Officiellement, la mine de Kahnuj a été confiée au secteur privé. Dans la plupart des pays, cette phrase signifie quelque chose. En Iran, elle mérite d'être décryptée.
Le 31 juillet 2017, le quotidien iranien Sharq — un journal réformateur, pas une publication étrangère hostile — publiait un article qui mettait les mots sur ce que beaucoup savaient sans le dire : la privatisation iranienne, censée transférer le contrôle économique vers la société civile au titre de l'article 44 de la Constitution, a en réalité simplement déplacé le pouvoir d'un gouvernement sans armes vers un gouvernement armé. D'un ministère vers les Gardiens de la Révolution.
Le « secteur privé » iranien, dans les secteurs stratégiques, fonctionne largement comme une courroie de transmission des intérêts du CGRI et du Guide suprême. Les bénéfices remontent. Les emplois, eux, restent rares.
Pour la population de Kahnuj, la distinction est abstraite. Ce qu'elle vit concrètement, c'est que les richesses de sa terre ne lui appartiennent pas — et que les vingt-cinq ans d'arrêt de la mine n'ont rien changé à sa pauvreté, pendant que le sous-sol, lui, attendait patiemment des mains plus puissantes.

Ce que dit cette histoire sur l'Iran d'aujourd'hui
Nous avons évoqué dans ces colonnes le paradoxe iranien : un pays parmi les cinq plus riches du monde en ressources naturelles, dont le secteur minier ne contribue qu'à 1 ou 2% du PIB. Les chiffres macroéconomiques racontent une histoire. L'histoire de Kahnuj en raconte une autre, plus proche du sol, plus proche des visages.
Le titane de Kahnuj, le cuivre de Sar Cheshmeh, la turquoise de Neyshabour, le travertin de Mahallat — ce sont les mêmes richesses, les mêmes ceintures géologiques, les mêmes terres. Mais entre un bijou de turquoise vendu dans un bazar d'Ispahan et une famille de Kahnuj qui manifeste pour que ses enfants puissent travailler dans la mine de leur village, il y a tout un système de tuyauterie économique dont il faut comprendre le fonctionnement pour comprendre l'Iran réel.
Un pays n'est pas seulement son sous-sol. Il est aussi la façon dont il distribue — ou ne distribue pas — ce que la géologie lui a offert.
Sources : Médias d'État iraniens · Quotidien Sharq (31 juillet 2017) · IMIDRO · Rapports régionaux sur le Sistan-Baloutchistan — Mars 2026

