Iranologues français
Publié par A. Irvani dans Archéologiques & Sites · Mercredi 02 Jul 2025 · 72:00
Tags: Persanologues, français
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Une tradition francophone de savoir sur l’Iran
Depuis le XVIIe siècle, des savants, voyageurs, philologues et archéologues français ont joué un rôle central dans la découverte, la documentation et l’interprétation du patrimoine iranien, aussi bien préislamique qu’islamique. Leurs travaux ont profondément influencé la constitution de l’iranologie en tant que discipline autonome et rigoureuse, intégrant des domaines aussi divers que l’histoire des religions, la littérature, l’art, la philologie ou l’archéologie.
1. Archéologie et Histoire Ancienne / Protohistorique
Georges Contenau (1877–1964)Spécialité : Archéologue orientaliste
Apport : Travaux sur l’Iran ancien dans le cadre des civilisations du Proche-Orient.
Apport : Travaux sur l’Iran ancien dans le cadre des civilisations du Proche-Orient.
Georges Contenau (1877–1964) fut un orientaliste et archéologue français renommé, spécialiste du Proche-Orient ancien. Bien que principalement centré sur la Mésopotamie, il s’est également intéressé à l’Iran antique, notamment à travers ses travaux sur l’Élam et l’Empire achéménide. Il a contribué à une vision globale des civilisations orientales, en intégrant la Perse dans ses analyses comparatives sur la religion, la société et l’administration.
Dans ses ouvrages, tels que La Civilisation d’Assur et de Babylone et La Vie quotidienne en Babylonie et en Assyrie, il évoque les interactions entre la Mésopotamie et les cultures iraniennes. Il étudia également les pratiques religieuses et divinatoires communes ou parallèles aux deux régions, soulignant les influences réciproques entre l’Orient mésopotamien et iranien.
En tant que directeur du département des Antiquités orientales au musée du Louvre, Contenau joua un rôle important dans l’étude et la valorisation des artefacts issus de l’Élam et de la Perse antique. Même s’il ne mena pas de fouilles majeures en Iran, ses recherches ont contribué à faire reconnaître l’importance de l’Iran ancien dans l’histoire du Proche-Orient.
Ainsi, Contenau a participé à faire connaître la Perse non pas comme une entité isolée, mais comme une composante essentielle des dynamiques culturelles et politiques de l’Orient ancien.
Daniel Schlumberger (1904–1980)Spécialité : Archéologie de l’Orient ancien, art et civilisation de l’Asie centrale et de l’empire achéménide.
Apport : Mise en lumière des liens culturels entre la Perse antique et l’Asie centrale ; étude de l’influence iranienne dans l’art, l’architecture et l’organisation politique des régions orientales.
Daniel Schlumberger (1904–1980) était un archéologue et historien de l’art français, spécialiste de l’Orient ancien. Sa relation avec la Perse et l’Iran s’est principalement exprimée à travers ses recherches sur les régions orientales de l’empire perse et les échanges culturels entre l’Empire achéménide et l’Asie centrale. Bien que ses travaux se soient concentrés davantage sur l’Afghanistan (notamment à Bactres et à Surkh Kotal), ils sont étroitement liés à l’histoire de l’Iran préislamique.
En tant que directeur de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), Schlumberger a mis en lumière les liens entre la culture iranienne et les civilisations d’Asie centrale, montrant l’influence persistante de la tradition iranienne dans l’art, l’architecture et l’organisation politique de la région. Ses recherches ont ainsi enrichi la compréhension du rayonnement de la culture perse au-delà de ses frontières.
Il a également participé à des projets de recherche sur l’art sassanide et l’iconographie royale, contribuant à une meilleure connaissance de la continuité artistique entre les périodes achéménide, parthe et sassanide. Ses travaux ont été essentiels pour identifier des formes de syncrétisme entre les mondes hellénistique et iranien.
En somme, Daniel Schlumberger occupe une place importante dans les études sur la Perse antique, par son exploration des marges orientales du monde iranien et son rôle dans la mise en valeur des interactions culturelles entre la Perse et ses voisins asiatiques. Son approche interrégionale a marqué une étape décisive dans l’archéologie de l’Asie occidentale.
Marie-Louise Chaumont (1923–2017)Spécialité : Histoire politique et religieuse de la Perse ancienne, relations Iran–Rome–Arménie, christianisation de l’Iran.
Apport : Elle a éclairé le rôle des Sassanides dans la diffusion du christianisme, approfondi l’histoire parthe et révélé l’importance géopolitique de l’Iran dans l’Antiquité tardive.
Marie-Louise Chaumont (1923–2017) était une historienne et iranologue française, spécialiste de l’Iran antique, en particulier des périodes parthe et sassanide. Formée à l’École pratique des hautes études et chercheuse au CNRS, elle s’est imposée comme l’une des grandes figures de l’iranologie française du XXe siècle. Son approche rigoureuse combinait l’analyse des sources gréco-romaines, arméniennes et orientales pour éclairer l’histoire politique et religieuse de la Perse.
Elle a notamment consacré une grande partie de ses travaux à l’étude des Sassanides et de leur politique religieuse, en analysant leur rapport au christianisme et leur position face à l’Empire romain. Ses recherches ont mis en lumière le rôle stratégique de l’Iran dans les relations internationales de l’Antiquité tardive, particulièrement dans les tensions et échanges entre Rome, l’Arménie et la Perse.
Parmi ses publications marquantes figurent des articles sur la christianisation de l’Iran au IIIe siècle, sur l’organisation des capitales parthes, ainsi que sur les dynamiques politiques dans le Caucase iranien. Elle a ainsi contribué à une meilleure compréhension de la place centrale de l’Iran dans l’histoire religieuse et géopolitique de l’Antiquité.
Marie-Louise Chaumont a laissé un héritage scientifique durable, reconnu pour sa rigueur méthodologique et la clarté de ses analyses. Son travail continue d’influencer les chercheurs en iranologie et en histoire antique du Proche-Orient.
Jean Perrot (1920–2012)Spécialité : Archéologie protohistorique
Apport : Fouilles à Suse ; recherches sur les premières cultures iraniennes.
Apport : Fouilles à Suse ; recherches sur les premières cultures iraniennes.
Jean Perrot (1920–2012) était un archéologue français spécialisé dans le Proche-Orient, avec une contribution importante à l’archéologie de la Perse antique et de l’Iran. Il a dirigé plusieurs fouilles majeures en Iran, notamment sur des sites clés comme Suse, contribuant à éclairer la civilisation élamite et les phases pré-achaéménides de l’histoire iranienne.
Au cours de sa carrière, Perrot a travaillé en étroite collaboration avec les institutions archéologiques iraniennes, favorisant les échanges scientifiques entre la France et l’Iran. Ses recherches ont permis d’enrichir la compréhension des origines des sociétés iraniennes anciennes, en explorant notamment les dynamiques culturelles et économiques de la région.
Outre ses travaux sur le terrain, Jean Perrot a publié de nombreux articles et ouvrages qui restent des références dans l’étude de l’archéologie iranienne. Son engagement envers la préservation du patrimoine iranien et la formation de nouvelles générations d’archéologues a marqué son parcours.
Ainsi, Jean Perrot est reconnu comme une figure majeure dans le développement de l’archéologie en Iran, ayant renforcé la connaissance scientifique de la Perse antique et contribué à la valorisation de son patrimoine historique.
François Vallat (né en 1939)Spécialité : Élam, épigraphie
Apport : Fouilles à Haft Tepe, recherches sur les inscriptions élamites.
Apport : Fouilles à Haft Tepe, recherches sur les inscriptions élamites.
François Vallat est un spécialiste français de l'archéologie et de l'épigraphie de l'Iran ancien, reconnu pour ses contributions majeures à la compréhension de l'histoire de l'Iran préislamique. Ancien directeur de la Délégation archéologique française en Iran (DAFI), il a dirigé des fouilles sur des sites emblématiques tels que Suse et a joué un rôle clé dans la publication des archives de Suse. Il a également été rédacteur en chef de la revue Iranica Antiqua, dédiée aux études iraniennes.
L'un de ses travaux les plus influents est la publication de la Table Élamite de Darius Ier, une inscription cunéiforme trouvée à Suse, qui a permis de mieux comprendre l'administration achéménide et les relations entre l'Élam et l'empire perse. Il a également contribué à la réévaluation de la géographie historique de l'Élam, en proposant que la véritable capitale élamite était Anshan, située près de Persépolis, et non Suse comme traditionnellement admis.
En 1990, Vallat a édité le volume Contribution à l'histoire de l'Iran : mélanges offerts à Jean Perrot, un recueil d'articles d'érudits français et iraniens, témoignant de la collaboration scientifique entre les deux pays. Ce recueil couvre divers aspects de l'histoire et de l'archéologie iraniennes, reflétant l'ampleur de ses recherches.
À travers ses publications et sa direction de projets de terrain, François Vallat a largement contribué à l'essor des études iraniennes en France et à la mise en lumière de l'histoire complexe de l'Iran ancien.
Rémy Boucharlat (né en 1948)Spécialité : Archéologie achéménide
Apport : Recherches sur Pasargades, urbanisme achéménide, géographie impériale.
Apport : Recherches sur Pasargades, urbanisme achéménide, géographie impériale.
Rémy Boucharlat est un archéologue français reconnu pour ses travaux sur l'archéologie de l'Iran préislamique, notamment durant les périodes achéménide, parthe et sassanide. Ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran (IFRI) à Téhéran, il a joué un rôle clé dans le renouveau des collaborations scientifiques franco-iraniennes après la révolution de 1979. Il est actuellement chercheur associé au laboratoire Archéorient de Lyon et directeur de la revue Abstracta Iranica.
Ses recherches se concentrent sur les centres du pouvoir de l'empire perse achéménide, en particulier sur les sites de Pasargades et de Persépolis. Depuis 1999, il dirige la mission archéologique irano-française « Shiraz », visant à étudier l'organisation de ces sites et de leur territoire à l'époque achéménide. Cette mission a permis la cartographie de vastes zones non fouillées et a contribué à l'inscription de Pasargades au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004.
Boucharlat a également mené des fouilles à Tureng Tepe, un important tell du nord-est de l'Iran, où il a étudié les périodes sassanides et islamiques. Ses travaux ont permis de mieux comprendre l'évolution de l'urbanisme et des pratiques funéraires dans cette région. persee.
En plus de ses recherches de terrain, Boucharlat a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, dont L’Orient est son jardin (2018), un recueil d'hommages à sa carrière, illustrant la diversité des thématiques qu'il a explorées et son approche pluridisciplinaire de l'archéologie.
Roman Ghirshman (1895–1979)Spécialité : Archéologie iranienne
Apport : Fouilles majeures à Bishapur, Sialk, Suse ; auteur d’une synthèse historique de l’Iran ancien.
Apport : Fouilles majeures à Bishapur, Sialk, Suse ; auteur d’une synthèse historique de l’Iran ancien.
Roman Ghirshman (1895–1979) fut un archéologue français d’origine ukrainienne, spécialisé dans l’archéologie du Proche-Orient, et plus particulièrement de la Perse antique. Sa carrière est profondément liée à l’Iran, où il mena de nombreuses fouilles majeures qui permirent de mieux comprendre les civilisations préislamiques, notamment l’Empire achéménide et l’époque sassanide.
Ghirshman est surtout connu pour ses découvertes à Suse, l’une des plus anciennes cités du monde, ainsi que pour ses fouilles à Chogha Zanbil, site zoroastrien inscrit aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses travaux ont éclairé la culture élamite et les débuts de la civilisation iranienne, apportant une contribution fondamentale à l’histoire de la Perse antique.
En plus de ses activités sur le terrain, il a publié de nombreux ouvrages et rapports qui restent des références dans le domaine de l’archéologie iranienne. Il a également contribué à la formation de nombreux archéologues et à la promotion du patrimoine iranien à l’échelle internationale.
Roman Ghirshman est ainsi reconnu comme l’un des pionniers de l’archéologie en Iran, ayant permis par ses recherches de mieux saisir l’histoire et la richesse culturelle de la Perse ancienne. Sa relation avec l’Iran dépasse le simple travail scientifique, touchant aussi à la valorisation et à la protection du patrimoine iranien.
Histoire Moderne et Contemporaine / Sociologie / Relations Internationales
Historiens / Diplomates classiques (du XVIIe au XIXe siècle) :
Raphaël du Mans (v. 1613–1696)Spécialité : Missionnaire, historien
Apport : Auteur de L’état de la Perse (1660), chronique unique sur la Perse safavide ; 50 ans de résidence à Ispahan.
Apport : Auteur de L’état de la Perse (1660), chronique unique sur la Perse safavide ; 50 ans de résidence à Ispahan.
Raphaël du Mans, né Jacques Dutertre au Mans en 1613 et mort en 1696 à Ispahan en Perse, était un moine capucin et voyageur français. Il a vécu en Perse de 1647 jusqu'à sa mort, où il a dirigé un couvent et servi comme traducteur pour de nombreuses ambassades européennes auprès des rois safavides. Sa correspondance et ses écrits sont des sources précieuses pour comprendre les relations entre l'Occident et la Perse au XVIIe siècle1.
Il a joué un rôle clé dans la communauté occidentale d'Ispahan, servant d'informateur privilégié pour les voyageurs et d'interlocuteur principal européen à la cour du chah. Ses écrits, notamment "L'Estat de la Perse en 1660", fournissent des descriptions détaillées de la Perse de son époque et sont essentiels pour les historiens étudiant l'Iran safavide et ses relations diplomatiques avec l'Europe2.
Raphaël du Mans était également connu pour sa politique de tolérance et de bienveillance envers les chrétiens en Perse, ce qui a contribué à une perception relativement positive de la langue et de la culture persanes parmi les voyageurs européens de l'époque3.
Jean Chardin (1643–1713)Spécialité : Voyageur, ethnographe
Apport : Voyages en Perse (1711), source capitale sur les mœurs, la religion et l’urbanisme sous les Safavides.
Apport : Voyages en Perse (1711), source capitale sur les mœurs, la religion et l’urbanisme sous les Safavides.
Jean Chardin, également connu sous le nom de "Chevalier Chardin", était un voyageur et écrivain français célèbre pour ses récits de voyages en Perse et en Orient à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Né en 1643 et mort en 1713, Chardin est surtout connu pour ses séjours prolongés en Perse, où il a documenté la culture, la société et la vie politique de l'époque safavide.
Chardin a effectué deux longs séjours au Moyen-Orient, le premier de 1664 à 1670 et le second de 1671 à 1677. Il a publié le journal de son second voyage en 1686 à Londres, suivi d'une édition plus complète en 1711. Ses écrits, notamment "Voyages de Monsieur le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient", sont considérés comme une source historique majeure sur la Perse du XVIIe siècle. Ils incluent des descriptions détaillées de la littérature, de l'histoire, de la religion et de la vie politique persanes, ainsi que des illustrations et des cartes.
Chardin a également joué un rôle important en tant que marchand de pierres précieuses, étant nommé par Shah Abbas II comme son agent pour l'achat de bijoux. Ses récits de voyage ont été très appréciés par des philosophes tels que Montesquieu, Rousseau et Voltaire, et sont encore aujourd'hui une référence pour les études sur la Perse safavide.
En plus de ses contributions littéraires, Chardin a également été un observateur attentif des coutumes et des pratiques locales, fournissant des informations précieuses sur la société persane de son époque. Ses travaux continuent d'être étudiés pour leur richesse en détails et leur précision historique.
Pascal-Xavier Coste (1787–1879)Spécialité : Architecte, historien de l’art
Apport : Monuments modernes de la Perse (1867) – documentation graphique pionnière sur l’architecture iranienne.
Apport : Monuments modernes de la Perse (1867) – documentation graphique pionnière sur l’architecture iranienne.
Pascal-Xavier Coste était un architecte français du XIXe siècle, né en 1787 et mort en 1879. Il est surtout connu pour ses travaux en Perse, où il a joué un rôle important dans l'introduction de l'architecture occidentale et des techniques de construction modernes.
Coste a été invité en Perse par le prince héritier Abbas Mirza, qui cherchait à moderniser l'armée et l'infrastructure du pays. Pendant son séjour en Perse, Coste a conçu et supervisé la construction de plusieurs bâtiments importants, dont des casernes militaires et des ponts. Il a également travaillé sur des projets d'irrigation et a introduit des techniques de construction européennes.
Son travail en Perse a non seulement aidé à moderniser certaines infrastructures du pays, mais a également facilité les échanges culturels et technologiques entre la France et la Perse. Coste a documenté ses expériences et ses observations dans des écrits qui fournissent des informations précieuses sur la Perse de cette époque.
Arthur de Gobineau (1816–1882)Spécialité : Diplomate, historien
Apport : Trois ans en Asie ; pionnier dans l’étude du soufisme et de l’histoire perse moderne.
Apport : Trois ans en Asie ; pionnier dans l’étude du soufisme et de l’histoire perse moderne.
Arthur de Gobineau était un diplomate, écrivain et théoricien français du XIXe siècle, né en 1816 et mort en 1882. Il est souvent considéré comme l'un des précurseurs des théories raciales modernes, en raison de son ouvrage "Essai sur l'inégalité des races humaines", publié en 1853, qui a eu une influence controversée sur les théories raciales ultérieures.
En ce qui concerne sa relation avec la Perse, Gobineau a servi comme diplomate en Perse pendant plusieurs années. Il a été secrétaire de la légation française à Téhéran, ce qui lui a permis de développer une connaissance approfondie de la culture et de la société persanes. Pendant son séjour en Perse, il a écrit des descriptions détaillées de la vie et de la culture persanes, qui ont été publiées dans ses œuvres.
Gobineau avait une fascination pour la culture persane et a écrit sur divers aspects de la société persane, y compris sa littérature et son histoire. Cependant, ses écrits reflètent également ses propres préjugés et théories sur la race, qui ont été largement critiqués et rejetés par la suite. Malgré cela, ses observations sur la Perse restent un témoignage historique de la période.
Jean-Baptiste Feuvrier (1842–1926)Profession : Médecin militaire de Nasser al-Din Shah
Œuvre : Trois ans à la cour de Perse (1896)
Valeur : Témoignage direct sur l’Iran Qajar, entre ethnographie et diplomatie
Œuvre : Trois ans à la cour de Perse (1896)
Valeur : Témoignage direct sur l’Iran Qajar, entre ethnographie et diplomatie
Jean-Baptiste Feuvrier (1842–1926) était un médecin militaire et orientaliste français, connu notamment pour son rôle auprès de la cour Qajar en Perse (Iran). Envoyé comme médecin personnel du Shah Nasser al-Din au cours des années 1880, il a vécu plusieurs années à Téhéran, ce qui lui a permis d’observer de près la société, la politique et la culture persanes de l’époque.
Durant son séjour en Perse, Feuvrier a consigné ses impressions dans un journal devenu une source précieuse pour comprendre la vie quotidienne et les intrigues de la cour Qajar. Son témoignage offre un regard unique, mêlant observations médicales, descriptions sociales et politiques, mais aussi des récits sur les relations diplomatiques entre la France et la Perse.
Son travail a contribué à une meilleure connaissance de l’Iran au XIXe siècle, en particulier dans le contexte des relations franco-persanes. En tant que médecin et proche du Shah, Feuvrier a également joué un rôle diplomatique implicite, facilitant les échanges entre la Perse et l’Occident.
Ainsi, Jean-Baptiste Feuvrier représente une figure importante pour l’étude de la Perse à la fin du XIXe siècle, mêlant pratique médicale, témoignage ethnographique et implication diplomatique, offrant un éclairage rare sur cette période de l’histoire iranienne.
Historiens modernes et contemporains :
Henri Massé (1886–1969)Spécialité : Langue et littérature persanes, ethnographie iranienne.
Apport : Traducteur de référence (Saadi, Ferdowsi, Nezâmi), il a contribué à faire connaître la culture iranienne en France par une approche alliant philologie et anthropologie.
Apport : Traducteur de référence (Saadi, Ferdowsi, Nezâmi), il a contribué à faire connaître la culture iranienne en France par une approche alliant philologie et anthropologie.
Henri Massé (1886–1969) fut un orientaliste et iranisant français reconnu, spécialiste de la langue, de la littérature et de la culture persanes. Il occupa la chaire de persan à l’École nationale des langues orientales vivantes (aujourd’hui INALCO), où il forma plusieurs générations de spécialistes de l’Iran. Son travail a grandement contribué à faire connaître la richesse de la civilisation persane en France.
Massé s’est illustré par ses traductions et études de textes littéraires persans classiques, notamment des œuvres de Saadi, Ferdowsi, et Nezâmi. Ses traductions, comme celle du Golestan de Saadi, sont restées des références par leur élégance et leur fidélité. Il a également publié des ouvrages synthétiques comme Croyances et coutumes persanes (1938), qui offrent une approche ethnographique et littéraire de la culture iranienne.
Il ne s’est pas limité à l’étude philologique : Massé s’est aussi intéressé aux croyances populaires, aux coutumes, à la religion, et à la société iranienne contemporaine. Ses écrits mêlent érudition orientale et approche anthropologique, ce qui était novateur pour son époque.
Ainsi, Henri Massé a joué un rôle important dans le rapprochement culturel entre la France et l’Iran, en contribuant à une meilleure compréhension de la langue, de la littérature et de la mentalité iraniennes à travers les siècles. Son œuvre demeure une référence essentielle dans le domaine des études iraniennes.
Bernard Hourcade (né en 1946)Spécialité : Géographie sociale, politique et urbaine de l’Iran.
Apport : Analyse pionnière de l’espace urbain et géopolitique iranien ; auteur d’atlas de référence et fondateur de l’équipe « Monde iranien » au CNRS.
Approche et thèmes : Transformations des identités iraniennes (nation, islam, mondialisation), dynamiques urbaines et géopolitique (les « trois cercles » : national, musulman, global).
Rayonnement : Acteur clé de la coopération scientifique franco-iranienne via l’IFRI ; ses travaux ont profondément influencé la lecture géopolitique et sociale de l’Iran contemporain.
Rayonnement : Acteur clé de la coopération scientifique franco-iranienne via l’IFRI ; ses travaux ont profondément influencé la lecture géopolitique et sociale de l’Iran contemporain.
Bernard Hourcade (né en 1946) est un géographe français spécialiste de l’Iran contemporain. Chercheur au CNRS, il a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude de l’espace iranien, en particulier de ses dynamiques politiques, sociales et urbaines. Il a dirigé l’Institut français de recherche en Iran (IFRI) de 1978 à 1993, période cruciale marquée par la Révolution islamique et la guerre Iran-Irak.
Hourcade a profondément renouvelé l’approche scientifique de l’Iran en combinant la géographie humaine, la sociologie urbaine et la géopolitique. Il a notamment étudié en détail la transformation de Téhéran, les mutations de l’espace rural et l’évolution des identités culturelles et religieuses en Iran. Ses publications majeures, comme Atlas de Téhéran métropole ou Géopolitique de l’Iran, sont devenues des références.
Il a également analysé le positionnement géopolitique de l’Iran dans le monde musulman et au sein des relations internationales, en soulignant les tensions entre tradition, modernité et mondialisation. Sa vision nuancée de la société iranienne, fondée sur une connaissance de terrain approfondie, lui a permis de devenir un interlocuteur respecté dans les milieux universitaires et diplomatiques.
Par son engagement à l’IFRI, Bernard Hourcade a joué un rôle clé dans le maintien des échanges intellectuels entre la France et l’Iran, même dans les périodes de tension. Il reste une figure centrale des études iraniennes contemporaines en France.
Pierre Briant (né en 1940)Spécialité : Histoire achéménide
Apport : Œuvre magistrale sur l’empire achéménide ; comparaison Perse–Grèce–Alexandre.
Apport : Œuvre magistrale sur l’empire achéménide ; comparaison Perse–Grèce–Alexandre.
Pierre Briant (né en 1940) est un historien français de renom, spécialiste de l'Empire achéménide et des conquêtes d'Alexandre le Grand. Ancien titulaire de la chaire « Histoire et civilisation du monde achéménide et de l’empire d’Alexandre » au Collège de France, il a profondément renouvelé la compréhension de la Perse antique. Son ouvrage majeur, Histoire de l’Empire perse. De Cyrus à Alexandre (1996), offre une synthèse exhaustive de l'histoire de cet empire, soulignant sa diversité culturelle et son organisation complexe.
Briant a également dirigé des séminaires interdisciplinaires, tels que Irrigation et drainage dans l’Antiquité (2001), qui explorent les technologies hydrauliques comme les qanāts, essentielles à l'agriculture et à la gestion de l'eau en Iran. Ces travaux illustrent son approche intégrée, mêlant histoire, archéologie et géographie.
Son engagement en Iran est manifeste : il a donné des conférences à Téhéran et à Ispahan, attirant un large public et renforçant les liens culturels entre la France et l'Iran. En 1998, il a reçu le Grand Prix d’Iranologie du ministère iranien de la Culture, reconnaissance de son influence dans les études iraniennes.
Au-delà de ses publications, Briant a fondé le site Achemenet, une plateforme collaborative dédiée aux recherches sur l'Empire achéménide, et le musée virtuel achéménide, contribuant ainsi à la diffusion des connaissances sur la Perse antique. decitre.
Yves Bomati (né en 1954)Spécialité : Histoire de l’Iran, des Safavides aux Pahlavi.
Apport : Coauteur d’ouvrages de référence sur le chiisme, les dynasties perses et le dernier shah.
Rayonnement : Vulgarisateur reconnu de l’histoire iranienne (livres, médias, conférences).
Apport : Coauteur d’ouvrages de référence sur le chiisme, les dynasties perses et le dernier shah.
Rayonnement : Vulgarisateur reconnu de l’histoire iranienne (livres, médias, conférences).
Yves Bomati est un historien français spécialisé dans l’histoire de l’Iran. Diplômé de l’École pratique des hautes études et docteur ès lettres et sciences humaines, il a collaboré avec Houchang Nahavandi sur plusieurs ouvrages majeurs consacrés à l’Iran, dont Iran, une histoire de 4 000 ans (2019), Les Grandes Figures de l’Iran (2015) et Shah Abbas, empereur de Perse (1999), couronné par le prix Eugène-Colas de l’Académie française .
Dans L’âge d’or de la Perse : L’épopée des Safavides (1501–1722), publié en 2023, Bomati explore la période de l’Empire safavide, soulignant l’importance de cette dynastie dans l’histoire de l’Iran . Il met en lumière la centralisation du pouvoir, la stabilisation des frontières et l’instauration du chiisme comme religion d’État, notamment sous le règne de Shah Abbas Ier . Cet ouvrage offre une analyse approfondie de l’impact de cette période sur l’identité iranienne et ses répercussions jusqu’à nos jours .
À travers ses publications, Yves Bomati contribue à une meilleure compréhension de l’histoire de l’Iran, en mettant en lumière les événements et les figures qui ont façonné le pays. Ses travaux offrent une perspective enrichissante sur l’évolution de l’Iran, de ses origines antiques à la période moderne.
Jean Calmard (1933–2017)Spécialité : Histoire religieuse safavide
Apport : Études sur le clergé chiite et les rituels sous les Safavides.
Apport : Études sur le clergé chiite et les rituels sous les Safavides.
Jean Calmard (1931–2017) fut un historien français reconnu pour ses recherches sur l’histoire religieuse et politique de l’Iran, en particulier dans le contexte du chiisme. Son travail a profondément marqué les études iraniennes en France. D’abord officier dans la marine, puis actif dans le commerce international, sa vie prit un tournant décisif dans les années 1960 lorsqu’il voyagea longuement en Iran, en Afghanistan et en Inde. Ce séjour éveilla en lui une passion durable pour la culture persane.
À son retour en France, il approfondit sa formation en persan et ourdou à l’École des langues orientales et étudia à l’Université de Téhéran. Devenu chercheur au CNRS en 1968, il rejoignit le Centre d’études islamiques et orientales dirigé par Jean Aubin. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1975, portait sur Le culte de l’Imam Husayn, un travail pionnier sur les pratiques de commémoration de l’Achoura dans l’Iran pré-safavide. Elle constitue l’un des apports majeurs à la compréhension du chiisme en tant que phénomène social et culturel.
Calmard dirigea ce même centre à partir de 1986, poursuivant des recherches novatrices sur l’histoire de l’Iran pré-moderne et moderne. Son travail s’étendit au-delà du religieux, abordant également l’histoire politique, sociale et culturelle de l’Iran, toujours dans une perspective comparée. Il s’est illustré par sa rigueur scientifique et son approche multidisciplinaire, en lien avec une communauté active de chercheurs.
Jusqu’à sa retraite du CNRS en 1997, Jean Calmard a été une figure incontournable des études iraniennes en France. Son héritage scientifique repose sur une connaissance fine du chiisme, une approche historico-anthropologique du monde persan, et une volonté de dialogue entre disciplines et cultures.
Jean-Pierre Digard (né en 1942)Spécialité : Anthropologie, nomadisme
Apport : Recherches sur les tribus iraniennes ; ethnologie contemporaine de l’Iran.
Apport : Recherches sur les tribus iraniennes ; ethnologie contemporaine de l’Iran.
Jean-Pierre Digard (né en 1942) est un anthropologue et ethnologue français, directeur de recherche émérite au CNRS, dont les travaux ont profondément enrichi la compréhension des sociétés iraniennes, notamment des tribus nomades. Spécialisé dans l'étude des Bakhtyâri, une tribu iranienne des montagnes du Zagros, il a mené de nombreuses missions de terrain entre 1965 et 2005, offrant une perspective unique sur leur histoire, leur organisation sociale et leur adaptation aux transformations politiques de l'Iran moderne.
Ses recherches ont mis en lumière l'évolution des Bakhtyâri, depuis leur spécialisation pastorale au XIe-XIIIe siècle jusqu'à leur structuration tribale hiérarchisée au XIXe siècle. Il a analysé leur rôle politique, notamment lors de la domination Bakhtyâri (1909-1913), et leur interaction avec l'État persan, en particulier sous les règnes de Rezâ Shâh et Mohammad Rezâ Shâh, ainsi que leur adaptation après la Révolution islamique.
Outre ses travaux sur les Bakhtyâri, Jean-Pierre Digard a également exploré la domestication animale, en particulier le cheval, et les relations entre les hommes et les animaux domestiques. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur ces sujets, contribuant à une meilleure compréhension des sociétés pastorales et de leur évolution dans le contexte iranien.
En résumé, l'œuvre de Jean-Pierre Digard a apporté une contribution significative à l'anthropologie des sociétés iraniennes, en mettant en lumière la complexité et la richesse des tribus nomades iraniennes, et en offrant des perspectives sur leur adaptation aux défis contemporains.
Homa Nategh (1934–2016) Spécialité : Histoire sociale et politique de l’Iran contemporain.
Apport : Figure majeure de l’historiographie critique en Iran, elle a contribué à renouveler l’étude des mouvements sociaux, du clergé et du nationalisme ; enseignante influente à Téhéran et à Paris 7.
Homa Nategh (1934–2016) était une historienne iranienne de renom, spécialisée dans l’histoire sociale, politique et intellectuelle de l’Iran moderne, notamment durant la période Qajar et la Révolution constitutionnelle.
Née à Urmia en Azerbaïdjan occidental, elle poursuit ses études à Téhéran avant de s’installer à Paris en 1957 pour étudier la littérature à la Sorbonne. Elle se tourne ensuite vers l’histoire et soutient en 1967 une thèse sur Seyyed Jamal al-Din al-Afghani, figure majeure du panislamisme, sous la direction de Marcel Colombe. Cette thèse est publiée en 1969 par le CNRS avec une préface de Maxime Rodinson. De retour en Iran en 1968, Nategh devient professeure d’histoire à l’Université de Téhéran. Elle publie plusieurs ouvrages influents, dont Az mast keh bar mast (Nous récoltons ce que nous semons), une analyse critique de la société iranienne, et Afkar-e ejtema‘i, siyasi va eqtesadi dar asnad-e montasher-nashodeh-ye doran-e Qajar (Idées sociales, politiques et économiques dans les documents inédits de la période Qajar), coécrit avec Fereydun Adamiyat.
Engagée politiquement, elle participe à la Confédération des étudiants iraniens à Paris et joue un rôle actif dans la Révolution iranienne de 1979. Elle fonde le Syndicat national des femmes iraniennes et s’associe aux Fada’i Guerrillas. Après la Révolution, elle est exclue de l’université lors de la Révolution culturelle et s’exile en France, où elle devient professeure d’études iraniennes à la Sorbonne Nouvelle.
Ses recherches en exil portent sur l’histoire sociale de l’Iran, les droits des femmes, les minorités ethniques et religieuses, ainsi que l’impact du clergé chiite sur l’histoire moderne de l’Iran. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Les Français en Perse : les écoles religieuses et séculières (1837–1921), qui analyse l’influence de l’éducation française en Iran. Son archive personnelle, comprenant des documents, des dossiers de recherche et des manuscrits, a été récemment donnée à la bibliothèque Green de l’Université de Stanford, témoignant de son impact durable sur les études iraniennes.
Sociologues, politologues et analystes contemporains :
Farhad Khosrokhavar (né en 1948)Spécialité : Sociologie de l’islam et de l’Iran postrévolutionnaire.
Apport : Analyse des causes de la radicalisation islamiste et des mutations sociales et religieuses en Iran depuis 1979.
Farhad Khosrokhavar est un sociologue et philosophe franco-iranien, spécialisé dans l’étude des sociétés musulmanes, notamment l’Iran contemporain. Sa formation et ses origines l’ont conduit à s’intéresser de près aux dynamiques sociales, politiques et religieuses qui traversent la Perse moderne, en particulier depuis la Révolution iranienne de 1979.
Ses recherches portent sur la sociologie de l’islam, la radicalisation, et les mouvements islamistes, avec une attention particulière aux phénomènes qui ont émergé en Iran et leur influence sur le monde musulman. Khosrokhavar analyse aussi les transformations sociales en Iran, notamment la place de la jeunesse, des minorités et des acteurs politiques dans un contexte marqué par des tensions internes et internationales.
Par ailleurs, il a publié plusieurs ouvrages et articles qui étudient la révolution iranienne, le martyrisme, et les mécanismes idéologiques et sociaux qui ont façonné la société iranienne contemporaine. Son travail permet de mieux comprendre les interactions complexes entre religion, politique et société en Iran, tout en offrant un regard critique sur les processus de radicalisation dans le pays et à l’étranger.
Enfin, Farhad Khosrokhavar est reconnu pour ses contributions à la sociologie politique iranienne, apportant un éclairage à la fois académique et engagé sur les questions liées à l’islam politique, aux droits humains, et aux enjeux géopolitiques affectant la Perse moderne.
Mahnaz Shirali (née en 1965)Spécialité : Sociologie politique de l’Iran contemporain, centrée sur jeunesse, femmes, société civile et islam politique.
Apport : Analyse innovante des mouvements sociaux et des transformations culturelles, avec un focus sur les jeunes et le rôle des femmes dans la contestation politique.
Apport : Analyse innovante des mouvements sociaux et des transformations culturelles, avec un focus sur les jeunes et le rôle des femmes dans la contestation politique.
Mahnaz Shirali, née en 1965 à Téhéran, est une sociologue et politologue franco-iranienne spécialisée dans l’étude de la société iranienne contemporaine. Formée en architecture à l’Université de Téhéran, elle s’installe en France dans les années 1990, où elle obtient un doctorat en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle enseigne aujourd’hui à Sciences Po Paris et à l’Institut catholique de Paris.
Ses recherches se concentrent principalement sur la jeunesse iranienne, les femmes, la société civile et les effets de l’islam politique sur la vie quotidienne en Iran. Elle est notamment l’auteure de La jeunesse iranienne – Une génération en crise, un ouvrage marquant qui met en lumière les frustrations d’une génération confrontée à la répression et au manque de perspectives sous la République islamique.
Mahnaz Shirali s’intéresse aussi aux dynamiques de changement au sein de la société iranienne, en particulier les mouvements de protestation récents et le rôle central des femmes dans la lutte pour les droits et les libertés. Dans ses écrits comme dans ses interventions médiatiques, elle défend une vision critique du régime iranien, tout en mettant en avant le courage et la résilience du peuple.
En tant qu’intellectuelle engagée, elle contribue activement au débat public en France et à l’international sur la situation en Iran. Par son expertise, elle participe à une meilleure compréhension des enjeux politiques, sociaux et culturels de la Perse contemporaine.
Azadeh Kian (née en 1958)Spécialité : Sociologie politique et études de genre en Iran, droits des femmes, minorités, impact de la charia.
Apport : Analyse des liens genre-religion-ethnicité dans l’identité iranienne, valorisation du rôle des femmes dans les luttes sociales, critique des structures patriarcales.
Azadeh Kian, née en 1958, est une sociologue franco-iranienne renommée, spécialisée dans les études de genre, la sociologie politique et les dynamiques sociales en Iran et au Moyen-Orient. Après avoir obtenu un doctorat en sociologie politique à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), elle s’est installée en France où elle enseigne à l’université Paris Cité et dirige le Centre d’études féministes CEDREF.
Son travail porte sur les intersections entre genre, religion, ethnie et pouvoir dans la société iranienne. Elle analyse notamment les conséquences de la loi islamique (charia) sur les droits des femmes et les rapports sociaux en Iran. Ses recherches mettent en lumière les tensions entre les différentes identités ethniques et religieuses, ainsi que les luttes féminines au sein de la société iranienne.
Auteur d’ouvrages majeurs comme Rethinking Gender, Ethnicity and Religion in Iran, primé en 2024, Kian étudie aussi le rôle des femmes dans les mouvements sociaux iraniens récents, soulignant leur place centrale dans les contestations politiques et sociales. Elle est une voix importante de la diaspora iranienne pour comprendre les transformations contemporaines de la Perse.
Par son expertise, Azadeh Kian contribue à une meilleure compréhension des enjeux complexes de l’Iran, en particulier des dimensions culturelles et sociales qui traversent ce pays, faisant d’elle une référence majeure dans les études iraniennes modernes.
Chahla Chafiq (née en 1954)Spécialité : Sociologie politique, islamisme, condition des femmes en Iran.
Apport : Analyse critique de l’impact de l’islam politique sur les droits des femmes et les résistances sociales face à la répression.
Apport : Analyse critique de l’impact de l’islam politique sur les droits des femmes et les résistances sociales face à la répression.
Chahla Chafiq, née en 1954 en Iran, est une sociologue et écrivaine franco-iranienne engagée dans l’étude des transformations sociales et politiques de la Perse contemporaine. Militante de gauche lors de la révolution iranienne de 1979, elle a ensuite fui le régime islamiste instauré par l’ayatollah Khomeiny pour s’installer en France. Son parcours personnel et intellectuel est profondément marqué par l’histoire récente de l’Iran et les tensions entre modernité et islam politique.
En France, Chafiq a poursuivi ses études en sociologie à la Sorbonne et a obtenu un doctorat en sociologie à l’université Paris-Dauphine. Ses recherches portent essentiellement sur l’impact de l’islamisme sur la société iranienne, notamment la condition des femmes sous le régime théocratique. Elle analyse comment la montée de l’islam politique a transformé les rapports sociaux, renforcé les inégalités de genre et imposé des normes religieuses strictes.
À travers plusieurs ouvrages majeurs comme La femme et le retour de l’islam ou Islam politique, sexe et genre, Chahla Chafiq met en lumière la répression systématique exercée par le pouvoir iranien, ainsi que les résistances sociales, notamment féminines, face à cette autorité. Son travail contribue à une meilleure compréhension des enjeux sociopolitiques en Iran, en soulignant la centralité des luttes pour les droits et la liberté.
Son engagement s’étend également à la promotion de la laïcité et des droits des femmes issues de l’immigration en France, où elle a dirigé des initiatives interculturelles. Chahla Chafiq demeure une voix influente pour décrypter les défis que traverse la société iranienne moderne et son combat pour la justice sociale et les libertés fondamentales.
Chowra Makaremi (née en 1970)Spécialité : Anthropologie politique, violence d’État, mémoire des répressions en Iran.
Apport : Analyse des violences du régime islamique (notamment les exécutions de 1988) à travers récits familiaux, recherches et documentaires, mettant en lumière les résistances féminines et générationnelles.
Apport : Analyse des violences du régime islamique (notamment les exécutions de 1988) à travers récits familiaux, recherches et documentaires, mettant en lumière les résistances féminines et générationnelles.
Chowra Makaremi, née en 1970 à Chiraz en Iran, est une anthropologue franco-iranienne, chercheuse au CNRS et à l’EHESS. Issue d’une famille militante opposée à la République islamique, elle a été personnellement marquée par la répression politique iranienne : sa mère, militante de gauche, a été exécutée dans les prisons iraniennes dans les années 1980. Cette expérience familiale douloureuse a profondément influencé son parcours intellectuel et ses recherches.
Spécialiste de l’anthropologie politique, Makaremi s’intéresse à la violence d’État, à la mémoire des répressions politiques et à la manière dont les sociétés se souviennent – ou oublient – les traumatismes collectifs. Son travail met l’accent sur l’Iran postrévolutionnaire, en particulier sur les exécutions massives de prisonniers politiques en 1988, longtemps passées sous silence.
Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Le cahier d’Aziz (2011), un récit familial croisant mémoire intime et histoire politique, et La révolution confisquée (2023), où elle analyse les mécanismes de domination du régime iranien et les formes de contestation, notamment portées par les femmes et les jeunes. Elle a également réalisé un documentaire, Hitch, sur l’histoire de sa famille et l’exil.
Par son approche mêlant engagement personnel, rigueur scientifique et travail de mémoire, Chowra Makaremi joue un rôle essentiel dans la compréhension des enjeux contemporains iraniens. Son travail contribue à rendre visibles les voix des victimes et à documenter les luttes pour la justice, la liberté et la mémoire en Iran.
Fariba Adelkhah (née 1959)Spécialité : Anthropologie de l’Iran contemporain, chiisme, femmes, mobilités religieuses.
Apport : Analyse nuancée des liens entre religion, État et société ; déconstruction des stéréotypes sur la modernité iranienne ; figure engagée pour la liberté académique.
Apport : Analyse nuancée des liens entre religion, État et société ; déconstruction des stéréotypes sur la modernité iranienne ; figure engagée pour la liberté académique.
Fariba Adelkhah, née en 1959 à Téhéran, est une anthropologue franco-iranienne et directrice de recherche au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Formée en France, elle est reconnue comme l’une des grandes spécialistes de la société iranienne contemporaine. Depuis les années 1990, ses recherches ont porté sur la modernité iranienne, le chiisme, les femmes, les mobilités religieuses et les dynamiques sociales dans l’Iran postrévolutionnaire.
Parmi ses ouvrages marquants figurent La Révolution sous le voile (1991), qui analyse le rôle des femmes dans la République islamique, et Être moderne en Iran (1998), où elle explore les tensions entre tradition religieuse et modernité dans la vie quotidienne. Elle s’est aussi intéressée aux frontières culturelles et géopolitiques de l’Iran dans Les mille et une frontières de l’Iran (2015).
En 2019, lors d’un séjour de recherche en Iran, Fariba Adelkhah est arrêtée par les autorités iraniennes, accusée d’atteinte à la sécurité nationale. Elle est emprisonnée pendant plus de trois ans, ce qui suscite une vaste mobilisation scientifique et politique internationale en faveur de sa libération. Son incarcération est devenue un symbole des restrictions pesant sur la liberté académique en Iran.
La trajectoire de Fariba Adelkhah témoigne d’un engagement intellectuel profond et personnel envers l’Iran. Par ses recherches de terrain, ses analyses subtiles des mutations de la société iranienne et son vécu, elle contribue de manière décisive à une meilleure compréhension du monde persan contemporain, tout en défendant l’autonomie du savoir face aux pouvoirs autoritaires.
Ramine Kamrane (né en 1958)Spécialité : Philosophie politique et sociologie de l’Iran contemporain, islam politique.
Apport : Analyse critique des tensions entre religieux et laïcité, mise en lumière des aspirations démocratiques et sociales en Iran.
Apport : Analyse critique des tensions entre religieux et laïcité, mise en lumière des aspirations démocratiques et sociales en Iran.
Ramine Kamrane, philosophe et sociologue franco-iranien, est une figure intellectuelle majeure dans l’étude critique du régime islamique iranien. Né à Téhéran et installé en France depuis 1976, il a consacré une grande partie de ses travaux à l’histoire contemporaine de l’Iran, à l’analyse de l’islam politique, et aux dynamiques internes du pouvoir depuis la révolution de 1979. Enseignant à l’EHESS et à l’INALCO, il intervient aussi régulièrement dans les débats sur la laïcité, la modernité politique et les droits civils en Iran.
Kamrane se distingue par sa lecture stratégique et politique des grands événements de la République islamique. Dans La fatwa contre Rushdie (1997), il analyse cette décision comme un acte géopolitique plus qu’une simple réaction religieuse. Dans Iran, l’islamisme dans l’impasse (2003), il démontre les limites structurelles du régime théocratique face aux aspirations démocratiques et laïques de la population iranienne. Il approfondit cette perspective dans Le vingtième siècle iranien : le jeu des quatre familles (2007), où il revisite l’histoire politique du pays à travers les luttes d’influence entre grandes factions.
Son approche rigoureuse combine sociologie historique, analyse théologico-politique et critique du pouvoir. Il met en lumière la fracture croissante entre la société civile iranienne – de plus en plus éduquée, urbaine et sécularisée – et les institutions religieuses qui gouvernent. À travers ses écrits, Kamrane défend une vision républicaine, sécularisée et démocratique de l’avenir de l’Iran.
Ainsi, sa relation avec la Perse contemporaine s’inscrit dans une double perspective : intellectuelle, en tant qu’analyste lucide des mutations du régime ; et politique, comme défenseur d’un Iran libre, pluraliste et détaché du pouvoir religieux. Ses analyses influencent tant la diaspora iranienne que les chercheurs en sciences sociales.
François Nicoullaud (1940–2021)Spécialité : Diplomatie et relations internationales, politique iranienne contemporaine.
Apport : Ancien ambassadeur de France en Iran, il a favorisé le dialogue franco-iranien malgré les tensions, alerté sur l’impact des sanctions, et contribué à une meilleure compréhension de la société iranienne par ses écrits et son enseignement.
Apport : Ancien ambassadeur de France en Iran, il a favorisé le dialogue franco-iranien malgré les tensions, alerté sur l’impact des sanctions, et contribué à une meilleure compréhension de la société iranienne par ses écrits et son enseignement.
François Nicoullaud (1940–2021) fut un diplomate français, notamment ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005. Durant son mandat, il a joué un rôle clé dans le maintien d’un dialogue constructif entre la France et l’Iran, malgré un contexte international souvent tendu. Son expérience sur le terrain lui a permis de mieux comprendre la complexité politique, sociale et culturelle iranienne, au-delà des stéréotypes souvent véhiculés.
Passionné par la Perse et l’Iran, Nicoullaud a continué à s’investir après sa carrière diplomatique en publiant plusieurs ouvrages et analyses sur la société iranienne, comme Le Turban et la Rose (2006), où il explore les dynamiques internes du pays, mêlant histoire, religion et politique. Il a aussi alerté sur les effets des sanctions internationales, soulignant qu’elles pénalisaient avant tout la population iranienne.
Par ailleurs, il a contribué à la formation de nouveaux spécialistes de la région en enseignant dans des institutions comme Sciences Po, tout en participant activement à des conférences et débats sur l’Iran. Son travail a aidé à renforcer la compréhension mutuelle entre la France et l’Iran, en promouvant un dialogue respectueux et informé.
Ainsi, François Nicoullaud reste une figure importante pour qui souhaite appréhender la complexité des relations franco-iraniennes et mieux comprendre les évolutions politiques et sociales de l’Iran contemporain.
Clément Therme (né en 1970)Spécialité : Histoire et sociologie des relations internationales de l’Iran, politique étrangère et démocratisation.
Apport : Analyses nuancées déconstruisant les idées reçues sur l’Iran, contribution majeure à la compréhension des dynamiques politiques et sociales contemporaines.
Apport : Analyses nuancées déconstruisant les idées reçues sur l’Iran, contribution majeure à la compréhension des dynamiques politiques et sociales contemporaines.
Clément Therme est un historien et sociologue français, né en 1970. Spécialiste des relations internationales de l’Iran, il a obtenu un doctorat en sociologie de l’EHESS et un doctorat en histoire internationale de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève. Il a également été chercheur à l’Institut français de recherche en Iran à Téhéran. crises.
Ses recherches portent principalement sur la politique étrangère de l’Iran, en particulier ses relations avec la Russie depuis 1979, ainsi que sur la question de la démocratisation au Moyen-Orient et l’idéologie dans les relations internationales. Il a codirigé l’ouvrage Iran and the Challenges of the Twenty-First Century, publié en 2012, et a publié plusieurs articles dans des revues telles que Politique étrangère, Maghreb-Machrek et La revue internationale et stratégique.
Clément Therme est également l’auteur de l’ouvrage Idées reçues sur l’Iran, publié en 2025, dans lequel il déconstruit les stéréotypes et idées préconçues sur l’Iran, en abordant des sujets tels que son histoire, son système politique, sa société civile, ses relations avec la Russie, Israël, l’Arabie saoudite, les États-Unis, ainsi que son isolement international.
En tant que chercheur de terrain parlant farsi, il a été invité à participer à des conférences prestigieuses, notamment à Wilton Park, et a contribué à des analyses sur les relations entre l’Iran et la Russie, la diplomatie française à l’épreuve de l’Iran, et les défis contemporains auxquels l’Iran est confronté.
Ainsi, Clément Therme est une figure majeure dans l’étude des relations internationales de l’Iran, offrant des analyses approfondies et nuancées sur ce pays complexe et souvent mal compris.
Philippe Droz-Vincent (né en 1954)Spécialité : Politique et sécurité au Moyen-Orient, relations internationales et géopolitique, influence iranienne.
Apport : Analyse des interactions régionales de l’Iran, notamment en Syrie et Irak, et des stratégies diplomatiques iraniennes dans les équilibres de pouvoir.
Apport : Analyse des interactions régionales de l’Iran, notamment en Syrie et Irak, et des stratégies diplomatiques iraniennes dans les équilibres de pouvoir.
Philippe Droz-Vincent est un politologue français, professeur agrégé en science politique et en relations internationales, spécialisé dans l’étude des dynamiques politiques et sécuritaires au Moyen-Orient. Ses recherches portent notamment sur le rôle des armées, l’autoritarisme, les transitions politiques et la politique étrangère des États de la région. Il a enseigné à l’Institut d’Études Politiques de Paris et à l’Université de Toulouse, et a publié plusieurs ouvrages de référence, dont Moyen-Orient : pouvoirs autoritaires, sociétés bloquées (2004) et Vertiges de la puissance : le moment américain au Moyen-Orient (2007) .college-de-france.
Bien que ses travaux se concentrent principalement sur le monde arabe, Philippe Droz-Vincent a également abordé la question iranienne dans le cadre de ses analyses régionales. Il a notamment souligné les interactions complexes entre l’Iran et ses voisins arabes, notamment en Syrie et en Irak, et a étudié les dynamiques de pouvoir dans ces pays, souvent en lien avec l’influence iranienne .
Dans une interview publiée en octobre 2024, il a analysé la posture de l’Iran face aux tensions régionales, affirmant que « l’Iran n’a ni les moyens ni le souhait d’aller à la confrontation », et privilégiant des stratégies diplomatiques et régionales pour renforcer son rôle de puissance régionale .
Ainsi, bien que Philippe Droz-Vincent ne soit pas un spécialiste exclusif de l’Iran, ses travaux offrent des perspectives éclairantes sur les relations de ce pays avec ses voisins et sur son rôle dans les dynamiques politiques du Moyen-Orient.
Firoozeh Kashani-Sabet (née en1967)Spécialité : Histoire moderne de l’Iran, frontières, identité nationale, genre.
Apport : Analyse novatrice de la construction identitaire à travers les conflits frontaliers et les enjeux de genre, apportant une compréhension approfondie des dynamiques sociopolitiques iraniennes.
Apport : Analyse novatrice de la construction identitaire à travers les conflits frontaliers et les enjeux de genre, apportant une compréhension approfondie des dynamiques sociopolitiques iraniennes.
Firoozeh Kashani-Sabet est une historienne américano-iranienne née le 29 mai 1967 à Téhéran, Iran. Elle a quitté l'Iran pendant la guerre Iran-Irak pour s'installer à Paris, puis a émigré aux États-Unis. Elle est actuellement professeure d'histoire à l'Université de Pennsylvanie, où elle occupe la chaire Walter H. Annenberg en histoire.
Ses recherches portent principalement sur les frontières, l'identité nationale, le genre et les relations internationales, avec un accent particulier sur l'Iran et ses régions frontalières. Elle a publié plusieurs ouvrages de référence, dont Frontier Fictions: Shaping the Iranian Nation, 1804-1946, qui explore comment les disputes territoriales et les conceptions géographiques ont influencé la formation de l'identité nationale iranienne. Cet ouvrage a été traduit en persan et est reconnu comme une contribution significative à l'étude du nationalisme iranien.
Kashani-Sabet a également publié Conceiving Citizens: Women and the Politics of Motherhood in Iran, une étude sur la politique de la maternité et la santé reproductive en Iran, qui a remporté le prix du meilleur livre en études de genre au Moyen-Orient en 2012. Elle a exploré les relations entre l'Iran et les États-Unis dans son ouvrage Heroes to Hostages: America and Iran, 1800-1988, analysant les liens diplomatiques, culturels et sociaux entre les deux pays à travers les prismes du genre, de la race et de l'identité.
En plus de ses travaux académiques, Kashani-Sabet a écrit un roman, Martyrdom Street, qui examine la vie en Iran et en Amérique pendant et après la révolution iranienne. Elle a également dirigé le Middle East Center de l'Université de Pennsylvanie de 2006 à 2019 et a lancé le programme de premier cycle en études du Moyen-Orient moderne. Ses recherches continuent d'éclairer les complexités de l'identité iranienne et de ses interactions avec le monde extérieur.
Olivier Roy (né en 1949)Spécialité : Islamologie et sociologie politique du Moyen-Orient, avec un focus sur l’Iran post-révolutionnaire.
Apport : Analyse des tensions entre régime théocratique et dynamiques de modernisation, contribuant à une meilleure compréhension des transformations sociales en Iran et dans le monde musulman.
Apport : Analyse des tensions entre régime théocratique et dynamiques de modernisation, contribuant à une meilleure compréhension des transformations sociales en Iran et dans le monde musulman.
Olivier Roy est un politologue et islamologue français, spécialiste des sociétés musulmanes contemporaines. Diplômé en persan et ayant mené de nombreux travaux sur le Moyen-Orient, il s’est particulièrement intéressé à l’Iran et à la révolution islamique de 1979. Son expertise lui a permis d’analyser en profondeur les dynamiques politiques, sociales et religieuses qui traversent la Perse moderne.
Dans son ouvrage Iran : comment sortir d’une révolution religieuse (1999), coécrit avec Farhad Khosrokhavar, Roy examine les transformations profondes que la révolution islamique a imposées à la société iranienne. Il souligne que malgré l’instauration d’un régime théocratique, des forces de modernisation et de sécularisation persistent au sein de la population, témoignant d’une société en mutation continue.
Roy a également mené des recherches de terrain en Iran et dans d’autres pays d’Asie centrale, ce qui lui a permis d’observer les effets de l’islam politique et ses interactions avec les structures étatiques. Ses travaux offrent une lecture nuancée des tensions entre tradition religieuse et aspirations modernes dans la Perse contemporaine.
Par ses analyses, Olivier Roy a largement contribué à la compréhension des enjeux liés à l’Iran dans le contexte plus large du monde musulman, en mettant en lumière les contradictions internes qui influencent son évolution politique et sociale.
Jean-Charles Jauffret (né en 1951)Spécialité : Histoire militaire contemporaine et géostratégie, avec un focus sur l’Asie centrale et les conflits (Algérie, Afghanistan).
Apport : Analyse géopolitique du rôle stratégique de l’Iran en Asie centrale, éclairant ses relations complexes avec voisins et grandes puissances.
Apport : Analyse géopolitique du rôle stratégique de l’Iran en Asie centrale, éclairant ses relations complexes avec voisins et grandes puissances.
Jean-Charles Jauffret est un historien militaire français, spécialiste des conflits contemporains, de la géostratégie et de l’histoire militaire comparée. Ancien professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il a également enseigné à l’université Paul Valéry de Montpellier III. Il est reconnu pour ses travaux sur la guerre d’Algérie, l’histoire militaire coloniale et les interventions militaires contemporaines, notamment en Afghanistan.
Bien que ses recherches se concentrent principalement sur l’histoire militaire et les conflits contemporains, Jauffret a abordé la question iranienne dans le contexte de ses analyses géopolitiques. Dans ses ouvrages sur la guerre en Afghanistan, il évoque le rôle stratégique de l’Iran en Asie centrale, soulignant son influence croissante dans la région. Il met en lumière les dynamiques complexes entre l’Iran, le Pakistan, les États-Unis et les talibans, et analyse comment la politique iranienne s’inscrit dans une logique de puissance régionale.
Dans son ouvrage La guerre inachevée. Afghanistan, 2001-2013 (2013), Jauffret analyse les enjeux géopolitiques liés à l’Afghanistan, en soulignant l’importance de la région pour les puissances voisines, dont l’Iran. Il examine les stratégies régionales, les influences extérieures et les rivalités qui façonnent la situation en Afghanistan, offrant ainsi une perspective sur le rôle de l’Iran dans ce contexte.
À travers ses analyses, Jean-Charles Jauffret contribue à une meilleure compréhension des enjeux géopolitiques liés à l’Iran, en particulier dans le contexte des conflits en Asie centrale et de la politique étrangère iranienne. Ses travaux offrent une perspective éclairée sur les stratégies régionales et les interactions entre les puissances dans cette zone géostratégique.
Gilles Kepel (né en 1955)Spécialité : Politologie et islamologie, islam politique au Moyen-Orient, révolution iranienne.
Apport : Analyse de l’impact de la révolution islamique sur le monde musulman, des dynamiques chiite-sunnite, et du rôle géopolitique de l’Iran.
Apport : Analyse de l’impact de la révolution islamique sur le monde musulman, des dynamiques chiite-sunnite, et du rôle géopolitique de l’Iran.
Gilles Kepel est un politologue et islamologue français, né en 1955, reconnu pour ses analyses approfondies du monde arabe contemporain et de l'islam politique. Après des études de philosophie, d'anglais et d'arabe, il obtient un doctorat en sciences politiques en 1983, avec une thèse sur les Frères musulmans. Il enseigne à l'École normale supérieure et dirige la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l'Institut d'études politiques de Paris .
Dans ses travaux, Kepel a analysé l'impact de la révolution islamique iranienne de 1979 sur le monde musulman. Il considère cette révolution comme un tournant majeur, marquant la fin de l'ère des nationalismes arabes et le début d'une nouvelle ère dominée par l'islam politique. Selon lui, l'Iran, en tant que puissance chiite, a cherché à exporter son modèle révolutionnaire, ce qui a provoqué une fracture entre sunnites et chiites dans la région.
Kepel a également introduit le concept de "postislamisme" pour décrire une évolution des mouvements islamistes vers des formes plus modérées et démocratiques. Il a observé que, malgré les tensions internes, des réformes ont émergé en Iran, notamment sous la présidence de Mohammad Khatami, qui ont permis une certaine ouverture politique et sociale.
Plus récemment, Kepel a analysé le rôle de l'Iran dans les conflits régionaux, soulignant son influence croissante en Syrie, au Liban et au Yémen. Il considère l'Iran comme un acteur clé dans la lutte pour l'hégémonie au Moyen-Orient, souvent en opposition avec l'Arabie saoudite et Israël .
À travers ses recherches, Gilles Kepel a contribué à une meilleure compréhension des dynamiques politiques et religieuses en Iran et dans le monde musulman, offrant des perspectives sur les tensions entre tradition et modernité, ainsi que sur les défis géopolitiques contemporains.
3. Études Linguistiques, Littérature et Philologie
Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731–1805)Spécialité : Philologue, indianiste
Apport : Traducteur du Zend-Avesta ; fonde les études zoroastriennes européennes.
Apport : Traducteur du Zend-Avesta ; fonde les études zoroastriennes européennes.
Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron était un savant français du XVIIIe siècle, célèbre pour ses études des langues orientales et ses contributions à l'orientalisme. Il est surtout connu pour avoir été l'un des premiers Européens à traduire des textes sacrés zoroastriens, notamment l'Avesta, à partir de manuscrits persans.
Anquetil-Duperron a voyagé en Inde et en Iran pour étudier les langues et les cultures locales. Il a passé plusieurs années à Surate, en Inde, où il a appris le persan et d'autres langues orientales. C'est là qu'il a découvert des manuscrits de l'Avesta, le texte sacré du zoroastrisme, qu'il a ensuite traduits en français. Cette traduction a été une contribution majeure à l'étude des religions et des cultures anciennes de la Perse.
Son travail a permis de mieux comprendre la religion zoroastrienne et a ouvert la voie à d'autres études sur les cultures et les langues de l'ancienne Perse. Anquetil-Duperron est donc une figure importante dans l'étude des relations culturelles et intellectuelles entre la France et la Perse.
Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758–1838)Spécialité : Philologie orientale
Apport : Premier maître moderne de l’orientalisme ; formation de toute une génération d’iranologues.
Apport : Premier maître moderne de l’orientalisme ; formation de toute une génération d’iranologues.
Antoine Isaac Silvestre de Sacy était un linguiste et orientaliste français renommé, né en 1758 et mort en 1838. Il est surtout connu pour ses contributions à l'étude des langues orientales et pour avoir jeté les bases de l'orientalisme en France.
Bien que de Sacy n'ait pas voyagé en Perse comme Anquetil-Duperron, il a joué un rôle crucial dans l'étude des langues et des cultures du Moyen-Orient. Il a notamment travaillé sur des textes arabes et persans, contribuant ainsi à une meilleure compréhension de ces cultures en Europe.
De Sacy a enseigné à l'École spéciale des langues orientales à Paris, où il a formé une génération d'orientalistes. Son travail a eu une influence significative sur le développement des études orientales en Europe, et il a contribué à établir des ponts culturels et intellectuels entre la France et le monde persan, entre autres cultures orientales.
Son héritage académique inclut des traductions et des études de textes arabes et persans, qui ont aidé à éclairer les aspects linguistiques et culturels de ces régions pour le public européen.
Antoine-Léonard de Chézy (1773–1832)- Premier professeur de persan au Collège de France
- Traducteur de poésie persane (Khâqâni, Saadi)
- Précurseur dans l’enseignement du persan en Europe
Antoine-Léonard de Chézy (1773–1832) est considéré comme l’un des pionniers de l’étude de la langue et de la littérature persanes en Europe. Il fut le premier professeur de langue et littérature persanes au Collège de France, poste qu’il occupa à partir de 1814, ce qui marque un tournant dans l’enseignement des langues orientales en France.
Passionné par la Perse, Chézy a traduit plusieurs œuvres majeures de la littérature persane, notamment des poèmes de Ferdowsi, l’auteur de l’épopée nationale Le Livre des rois (Shahnameh). Son travail a permis de faire découvrir aux savants et au grand public français la richesse culturelle et littéraire de la Perse, contribuant ainsi à renforcer l’intérêt européen pour l’Iran.
En plus de ses traductions, Antoine-Léonard de Chézy a également participé à la diffusion des études orientales en publiant des textes et en donnant des cours qui ont formé une génération de spécialistes de la langue et de la culture persanes. Son influence a posé les bases des études iraniennes modernes en France.
Ainsi, Antoine-Léonard de Chézy joue un rôle fondamental dans la naissance de l’iranologie en Europe, une discipline encore balbutiante à son époque. Par son enseignement au Collège de France, il a ouvert la voie à une étude systématique et rigoureuse de la langue persane, jusque-là largement méconnue ou perçue à travers des traductions approximatives. En traduisant des œuvres majeures comme le Shahnameh de Ferdowsi, il a mis en lumière la richesse de la tradition littéraire persane, qui regorge de récits épiques, de poésie mystique et de réflexions philosophiques, souvent ignorées en Occident.
Chézy a ainsi permis de dépasser les clichés et stéréotypes souvent attachés à l’Orient, en proposant une vision plus nuancée et érudite de la Perse, qui apparaissait non plus seulement comme une terre lointaine et exotique, mais comme un foyer d’une culture complexe et ancienne. Son travail a nourri la curiosité intellectuelle des Européens pour la civilisation iranienne, contribuant à l’émergence d’un véritable dialogue culturel.
Par ailleurs, à une époque où l’Europe est en pleine expansion coloniale et où l’Orient est un objet d’étude passionné dans les milieux intellectuels, Chézy a su utiliser la philologie — l’étude des textes et des langues anciennes — comme un outil puissant pour rapprocher deux mondes. En reliant la tradition littéraire persane au savoir occidental, il a jeté les bases d’une discipline académique qui continue aujourd’hui à enrichir la connaissance de l’histoire, de la langue et de la culture iraniennes.
En résumé, Antoine-Léonard de Chézy n’est pas seulement un traducteur ou un professeur, mais un véritable passeur culturel, dont les travaux ont permis à l’Europe de mieux comprendre la Perse et d’inscrire cette dernière au cœur des études orientales modernes.
Étienne Marc Quatremère (1782–1857)Spécialité : Linguiste, orientaliste
Apport : Études philologiques incluant des textes persans, travaux précurseurs sur les langues iraniennes.
Apport : Études philologiques incluant des textes persans, travaux précurseurs sur les langues iraniennes.
Étienne Quatremère (1782–1857) était un orientaliste français majeur du XIXe siècle, spécialisé dans les langues et cultures du Moyen-Orient. Principalement reconnu pour ses études sur la langue arabe, il s’est aussi intéressé à la langue et à la culture persanes, contribuant à approfondir la connaissance européenne de la Perse.
Ses recherches sur les textes arabes et persans ont joué un rôle important dans le développement des études orientales en France. En traduisant et en interprétant des documents historiques, Quatremère a enrichi la compréhension de l’histoire et de la civilisation iranienne, aidant à établir des liens intellectuels entre la France et la Perse.
Professeur au Collège de France, il a enseigné l’histoire et la langue arabe, formant ainsi plusieurs générations de chercheurs. Son travail a permis d’établir un dialogue culturel et académique important avec le monde iranien, marquant un jalon dans l’étude de la Perse au sein des sciences humaines françaises.
Ainsi, Étienne Quatremère a contribué à faire connaître la richesse culturelle et historique de la Perse en Europe, ouvrant la voie à des études plus approfondies sur l’Iran et son héritage.
Jules Mohl (1800–1876)Spécialité : Philologue
Apport : Traduction intégrale du Shahnameh en 7 volumes ; diffusion de la culture persane en Europe.
Apport : Traduction intégrale du Shahnameh en 7 volumes ; diffusion de la culture persane en Europe.
Jules Mohl était un orientaliste français d'origine allemande, né en 1800 et mort en 1876. Il est surtout connu pour ses contributions à l'étude des langues et des littératures orientales, en particulier le persan.
Mohl a occupé une chaire de langue et littérature persanes au Collège de France, où il a enseigné et mené des recherches sur les textes persans. Il a traduit plusieurs œuvres majeures de la littérature persane en français, contribuant ainsi à une meilleure connaissance et appréciation de la culture persane en Europe.
Son travail a été crucial pour l'étude des textes classiques persans, et il a joué un rôle important dans la transmission des connaissances sur la culture et la littérature de la Perse à l'Europe. Mohl a également collaboré avec d'autres orientalistes de son époque, enrichissant ainsi le champ des études orientales.
Eugène Burnouf (1801–1852)Spécialité : Langues avestique et sanskrite
Apport : Philologie zoroastrienne ; fondements scientifiques des textes avestiques.
Apport : Philologie zoroastrienne ; fondements scientifiques des textes avestiques.
Eugène Burnouf était un linguiste et orientaliste français du XIXe siècle, né en 1801 et mort en 1852. Il est surtout connu pour ses travaux sur les langues et les religions de l'Asie, en particulier pour ses études sur le sanskrit et le zend, une langue ancienne utilisée dans les textes zoroastriens.
Burnouf a joué un rôle clé dans le déchiffrement et la traduction des textes avestiques, qui sont les textes sacrés du zoroastrisme. Ses travaux ont permis de mieux comprendre la religion et la culture de l'ancienne Perse. Il a également contribué à l'étude comparative des langues indo-européennes, ce qui a eu un impact significatif sur le développement de la linguistique historique.
En tant que professeur au Collège de France, Burnouf a enseigné les langues et les littératures orientales, formant ainsi une génération de savants dans ce domaine. Ses recherches ont aidé à établir des liens culturels et intellectuels entre la France et les cultures anciennes de la Perse.
Alfred Chodzko (1804–1891)Spécialité : Diplomate, traducteur
Apport : Traductions de poésie soufie (Hafez, Nizâmî) ; approche littéraire pionnière.
Apport : Traductions de poésie soufie (Hafez, Nizâmî) ; approche littéraire pionnière.
Alfred Chodzko (Aleksander Borejko Chodźko, 1804–1891) était un orientaliste, poète, traducteur et diplomate d’origine polonaise naturalisé français. Spécialiste des langues orientales, il a marqué l’histoire des études iraniennes par ses traductions et recherches littéraires, notamment dans le domaine de la poésie soufie. Il a été l’un des premiers Européens à s’intéresser de manière approfondie à la culture persane à travers une approche littéraire sensible et érudite.
Installé plusieurs années en Perse comme diplomate et interprète, Chodzko a pu observer directement la société iranienne de son temps. Il en a tiré des œuvres qui témoignent de sa profonde connaissance de la langue, des coutumes et des textes littéraires persans. Parmi ses contributions majeures, on compte ses traductions de poètes soufis comme Hafez et Nizâmî, qui ont joué un rôle pionnier dans la réception de la poésie persane en Europe.
En tant que passeur culturel, Chodzko a facilité les premiers échanges culturels entre la Perse et l’Europe, à une époque où la compréhension mutuelle entre les mondes oriental et occidental restait limitée. Il a contribué à forger une image plus nuancée et littéraire de l’Iran, au-delà des clichés orientalistes de son temps.
Grâce à son engagement intellectuel et diplomatique, Alfred Chodzko a participé activement à l’introduction et à la valorisation du patrimoine poétique et culturel iranien dans le monde francophone, établissant un socle durable pour les études iraniennes modernes.
James Darmesteter (1849–1894)Spécialité : Philologie iranienne
Apport : Traduction critique de l’Avesta ; recherches sur la religion mazdéenne.
Apport : Traduction critique de l’Avesta ; recherches sur la religion mazdéenne.
James Darmesteter (1849–1894) fut un éminent philologue et orientaliste français spécialisé dans les langues et civilisations de l’Iran ancien. Sa principale contribution scientifique réside dans sa traduction critique de l’Avesta, les textes sacrés du zoroastrisme, qu’il accompagna d’analyses philologiques et historiques approfondies. Son travail a joué un rôle déterminant dans la compréhension occidentale de la religion mazdéenne et de la pensée religieuse de la Perse antique.
Passionné par la culture iranienne, Darmesteter s'est également intéressé aux traditions populaires et aux textes persans plus récents, élargissant ses recherches au-delà des seules sources religieuses. Il a mis en évidence les continuités et les transformations de la pensée iranienne à travers les âges, de l’Avesta au chiisme contemporain.
Professeur de langues iraniennes au Collège de France, il a formé une génération de chercheurs et contribué à faire reconnaître les études iraniennes comme un champ académique majeur en France. Son œuvre a jeté les bases de la philologie iranienne moderne, et ses travaux restent des références incontournables dans l’étude de la Perse antique.
Jacques Duchesne-Guillemin (1910–2012)Spécialité : Iranologie, philologie indo-iranienne, zoroastrisme.
Apport : Traducteur des Gathas et auteur de La Religion de l’Iran ancien (1962), il a profondément renouvelé la compréhension du mazdéisme et de l’Iran préislamique.
Apport : Traducteur des Gathas et auteur de La Religion de l’Iran ancien (1962), il a profondément renouvelé la compréhension du mazdéisme et de l’Iran préislamique.
Jacques Duchesne-Guillemin (1910–2012) fut un grand orientaliste belge, mondialement reconnu pour ses travaux sur l’Iran ancien et en particulier sur le zoroastrisme. Professeur à l’Université de Liège, il a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude de la littérature religieuse iranienne, notamment les Gathas, hymnes attribués à Zoroastre, qu’il traduisit et commenta avec une rigueur philologique exceptionnelle.
Sa spécialité portait sur les langues indo-iraniennes et la religion mazdéenne, domaines dans lesquels il fit figure de pionnier. Son ouvrage majeur, La Religion de l’Iran ancien (1962), reste une référence incontournable pour les chercheurs en études iraniennes. Il a largement contribué à éclairer la pensée zoroastrienne dans son contexte culturel et historique.
Duchesne-Guillemin entretenait une relation profonde et érudite avec la Perse, qu’il considérait comme un berceau de spiritualité et de pensée religieuse. Ses recherches ont permis de mieux comprendre la place de l’Iran ancien dans l’histoire des religions et des civilisations du Proche-Orient.
Par son apport scientifique, il a joué un rôle déterminant dans le dialogue intellectuel entre l’Europe et l’Iran, contribuant à faire rayonner le patrimoine spirituel persan dans les milieux académiques occidentaux.
Philippe Gignoux (né en 1931)Spécialité : Moyen-perse, épigraphie
Apport : Études sur les inscriptions sassanides et zoroastriennes.
Apport : Études sur les inscriptions sassanides et zoroastriennes.
Philippe Gignoux (né en 1931) est un iranologue français spécialiste des langues iraniennes anciennes et médiévales, notamment le vieux perse, le moyen perse (pahlavi) et le sogdien. Sa carrière académique s’est principalement consacrée à l’étude des textes religieux, littéraires et historiques issus de la Perse antique et médiévale, contribuant ainsi à la compréhension des civilisations iraniennes.
Gignoux a publié de nombreux travaux sur les inscriptions achéménides, la littérature zoroastrienne et les textes manichéens, apportant un éclairage crucial sur les langues et cultures qui ont façonné l’Iran préislamique. Ses recherches ont permis de mieux saisir la continuité et les transformations des traditions iraniennes à travers les siècles.
En tant que professeur à l’École pratique des hautes études (EPHE) à Paris, il a formé plusieurs générations d’orientalistes et d’iranologues, jouant un rôle central dans le rayonnement des études iraniennes en France et à l’étranger. Sa rigueur philologique et son approche méthodique ont largement contribué à structurer ce domaine d’études.
Ainsi, Philippe Gignoux reste une figure majeure des études iraniennes, dont la contribution scientifique a profondément enrichi la connaissance des langues, de la littérature et de l’histoire de la Perse et de l’Iran ancien.
Charles-Henri de Fouchécour (né en 1943)Spécialité : Littérature classique persane
Apport : Traductions de Hafez, dictionnaires persan-français, lexicographie moderne.
Apport : Traductions de Hafez, dictionnaires persan-français, lexicographie moderne.
Charles-Henri de Fouchécour (né en 1943) est un éminent iranologue et spécialiste de la littérature persane classique. Ancien directeur de l’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) et professeur à l’INALCO, il est reconnu pour ses traductions et études approfondies des grands classiques persans. Parmi ses contributions majeures figure la première traduction commentée en français du Divân de Hâfez, poète majeur du XIVe siècle, ainsi que celle des Maqâlât de Shams-i Tabrizi, maître spirituel de Rûmî.
Son ouvrage Moralia. Les notions morales dans la littérature persane (1986) explore les fondements éthiques de la culture persane, mettant en lumière l’importance de la morale dans les écrits en persan du IXe au XIIIe siècle. Il a également fondé en 1978 la revue Abstracta Iranica, une publication bibliographique sélective et critique qui rend compte des travaux sur la culture et la civilisation iraniennes.
En reconnaissance de ses contributions exceptionnelles à la littérature et à la culture persanes, il a été nommé membre honoraire de l’Académie iranienne de la Langue et de la Littérature persane en 2019. Cette distinction souligne l'impact durable de son travail sur la diffusion et la compréhension de la richesse littéraire de l'Iran.
Jean-Marie Lafont (né en 1945) Spécialité : Histoire des relations France-Asie (notamment Inde et Perse), diplomatie culturelle.
Apport : Analyse historique des interactions franco-iraniennes dans une perspective comparative ; valorisation des échanges intellectuels et diplomatiques entre la France et la Perse.
Jean-Marie Lafont (né en 1945) est un historien et diplomate français, spécialiste des relations interculturelles entre la France et l’Orient, notamment l’Inde et, dans une moindre mesure, la Perse (Iran). Bien qu’il soit principalement reconnu pour ses travaux sur l’histoire de l’Inde coloniale et les relations franco-indiennes, Lafont s’est également intéressé à l’influence française dans d’autres régions d’Asie, y compris la Perse, dans le cadre de ses recherches sur les échanges diplomatiques, culturels et militaires entre la France et l’Orient musulman aux XVIIIe et XIXe siècles.
Il a étudié les itinéraires de savants, diplomates et militaires français envoyés ou installés en Orient, et la manière dont ces figures ont contribué à façonner les relations entre la France et des empires comme celui des Qajars en Iran. Son approche historique est marquée par une attention particulière à la circulation des savoirs et à la diplomatie culturelle.
En tant qu’érudit, Lafont a mis en lumière le rôle parfois méconnu que la France a joué dans la région iranienne au travers de missions scientifiques ou d’influences militaires, dans une logique comparative avec les expériences françaises en Inde. Sa contribution permet ainsi une meilleure compréhension des dynamiques croisées entre l’Europe et le monde persanophone à l’époque moderne.
Jean Kellens (né en 1944)Spécialité : Philologie avestique
Apport : Édition des Gathas, grammaire de l’avestique, religion mazdéenne.
Apport : Édition des Gathas, grammaire de l’avestique, religion mazdéenne.
Jean Kellens (né en 1944) est un iranologue belge de renom, spécialiste des langues et religions indo-iraniennes, notamment du zoroastrisme. Après des études de philologie romane et de sanskrit à l’Université de Liège, il poursuit sa formation à l’Université d’Erlangen, puis à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence, où il collabore avec Helmut Humbach. De 1993 à 2014, il occupe la chaire de Langues et religions indo-iraniennes au Collège de France, où il se distingue par ses recherches sur l’Avesta, le corpus sacré des zoroastriens.
Ses travaux ont profondément renouvelé la compréhension de l’Avesta, en le replaçant dans son contexte liturgique et en analysant sa structure complexe. Il a notamment démontré que l’Avesta n’est pas une simple compilation de fragments, mais un ensemble cohérent de textes correspondant à diverses cérémonies sacrificielles. Cette approche a permis de mieux saisir les fondements rituels et théologiques du zoroastrisme.
Parmi ses publications majeures figurent des études approfondies sur le verbe avestique, les noms-racines de l’Avesta, ainsi que des volumes consacrés à l’analyse des textes liturgiques zoroastriens. Il a également proposé une vision novatrice de la figure de Zarathoustra, en la replaçant dans une perspective mythologique plutôt que prophétique.
En reconnaissance de ses contributions exceptionnelles à l’étude du zoroastrisme, Jean Kellens a été nommé professeur honoraire au Collège de France en 2014. Son œuvre continue d’influencer les recherches sur l’Iran ancien et le développement des religions indo-iraniennes.
Christophe Balaÿ (1949 - 2022)Spécialité : la littérature persane moderne, traducteur majeur d’auteurs iraniens contemporains et classiques
Apport : il a largement contribué à faire connaître et comprendre la culture littéraire iranienne en France.
Christophe Balaÿ (1949–2022) était un linguiste, persanologue et traducteur français, reconnu pour sa maîtrise approfondie de la langue et de la littérature persanes. Spécialisé dans la prose persane moderne, notamment le roman et la nouvelle, il a mené des recherches pionnières à travers des ouvrages comme La genèse du roman persan moderne (1998) et La crise de la conscience iranienne (2017).
Son apport principal réside dans sa capacité à faire découvrir au public francophone la littérature iranienne contemporaine. Il a traduit une trentaine d’auteurs majeurs, tels que Sâdeq Hedâyat, Zoyâ Pirzâd ou Mahmoud Dowlatabadi, offrant ainsi une meilleure compréhension des réalités sociales et culturelles iraniennes à travers leurs œuvres.
En tant que professeur à l’INALCO, il a formé plusieurs générations d’étudiants en combinant enseignement linguistique et analyse littéraire. Son manuel Le persan au quotidien (1997), coécrit avec Hossein Esmaili, est une référence incontournable pour l’apprentissage de la langue persane.
Au-delà de la littérature moderne, Balaÿ s’est aussi illustré en traduisant des classiques persans, notamment les poèmes de Hâfez et l’épopée du Shahnameh de Ferdowsi, mêlant rigueur philologique et sensibilité littéraire. Son œuvre a largement contribué à renforcer la connaissance et l’appréciation de la culture iranienne dans le monde francophone.
Pierre Lory (né en 1952)Spécialité : Islamologie, mystique et ésotérisme islamique, alchimie arabe, traditions chiites et persanes.
Apport : Enrichissement de la compréhension des courants mystiques en Islam, promotion du dialogue entre traditions persanes et islam occidental, diffusion de la pensée de Henry Corbin.
Apport : Enrichissement de la compréhension des courants mystiques en Islam, promotion du dialogue entre traditions persanes et islam occidental, diffusion de la pensée de Henry Corbin.
Pierre Lory (né en 1952) est un islamologue français reconnu pour ses travaux sur la mystique et l’ésotérisme en Islam, en particulier l’alchimie et l’exégèse spirituelle du Coran. Ancien directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), il a également dirigé le département des études arabes et médiévales à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) de Damas entre 2007 et 2011 .
Sa spécialisation en alchimie arabe, notamment à travers l’étude de l’œuvre de Jâbir ibn Hayyân, l’a conduit à effectuer un séjour de recherche à l’Académie iranienne de philosophie à Téhéran en 1978-1979, soutenu par Henry Corbin . Cette expérience a renforcé ses liens avec la Perse et l’Iran, influençant durablement ses travaux sur les traditions ésotériques islamiques.
Parmi ses publications majeures, on trouve Alchimie et mystique en terre d’Islam (1989), qui explore les fondements philosophiques et spirituels de l’alchimie arabe, et Les commentaires ésotériques du Coran selon ‘Abd al-Razzâq al-Qâshânî (1980), une étude sur l’exégèse mystique chiite . Ces ouvrages témoignent de son expertise dans l’analyse des courants mystiques et ésotériques en Islam, avec une attention particulière portée aux influences persanes.
En tant que membre de l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin, Pierre Lory a contribué à la diffusion de la pensée de Corbin, philosophe et iranologue, et a participé à des colloques sur la mystique musulmane, renforçant ainsi les échanges intellectuels entre la France et l’Iran .
Ainsi, l’œuvre de Pierre Lory s’inscrit dans une perspective de dialogue entre les traditions mystiques musulmanes, en particulier celles d’origine persane, et les études occidentales, enrichissant la compréhension des spiritualités islamiques.
4. Philosophie, Religion et Mystique
Henri Corbin (1903–1978)Spécialité : Philosophie chiite et mystique
Apport : Études sur Sohrawardî, théosophie orientale ; fondateur des études sur la philosophie spirituelle iranienne.
Apport : Études sur Sohrawardî, théosophie orientale ; fondateur des études sur la philosophie spirituelle iranienne.
Henri Corbin (1903–1978) fut un philosophe, orientaliste et islamologue français dont l’œuvre est profondément liée à la Perse et à l’Iran. Il est surtout connu pour avoir introduit et développé en Occident la philosophie et la mystique iraniennes, notamment la pensée soufie et le soufisme iranien. Corbin a mis en lumière des auteurs persans majeurs comme Suhrawardi et Molla Sadra, en insistant sur la richesse spirituelle et métaphysique de la tradition iranienne.
Son travail s’est inscrit dans une perspective à la fois philologique et philosophique, cherchant à faire comprendre la pensée iranienne dans son contexte historique, religieux et culturel. Corbin a ainsi souligné le rôle central de la Perse comme creuset de la philosophie islamique ésotérique, et comme source d’une vision du monde profondément spirituelle.
Henri Corbin a également contribué à la création de la revue Archives de philosophie orientale, qui a été un vecteur important pour diffuser les études iraniennes en Europe. Il a enseigné et influencé de nombreux chercheurs en études islamiques, perpétuant une tradition intellectuelle centrée sur l’Iran comme un lieu privilégié de la pensée spirituelle.
En résumé, la relation d’Henri Corbin avec la Perse et l’Iran est essentielle : il a été un passeur culturel qui a révélé au monde occidental la richesse et la profondeur de la philosophie iranienne, contribuant à une meilleure compréhension de l’identité spirituelle iranienne et à la reconnaissance internationale de son héritage.
Dominique Sourdel (1921–2014)Spécialité : Histoire médiévale de l’Islam, administration abbasside.
Apport : Étude des influences persanes dans l’administration islamique, mettant en lumière la continuité des traditions iraniennes dans l’Empire abbasside.
Apport : Étude des influences persanes dans l’administration islamique, mettant en lumière la continuité des traditions iraniennes dans l’Empire abbasside.
Dominique Sourdel (1921–2014) était un historien français éminent, spécialiste de l'Islam médiéval, particulièrement reconnu pour ses travaux sur l'histoire politique et administrative des premiers siècles de l'Empire islamique.
Bien que son œuvre couvre l'ensemble du monde musulman médiéval, ses recherches ont porté une attention particulière à la région iranienne, notamment à travers l'étude de la période abbasside. Dans son ouvrage Le vizirat abbasside de 749 à 936 (1959-1960), il analyse le rôle des vizirs non arabes, souvent issus de la région iranienne, dans l'administration du califat abbasside, mettant en lumière l'influence persane dans les structures de pouvoir islamiques. Il réfute également l'idée selon laquelle l'institution du vizirat serait d'origine sassanide, soulignant son développement au sein de l'État islamique.
Dans L'État impérial des califes abbassides (1999), Sourdel explore l'organisation politique et administrative de l'Empire abbasside, période durant laquelle Bagdad, fondée sur le modèle iranien, devient un centre intellectuel majeur. Cet ouvrage met en évidence la continuité des traditions administratives persanes au sein de l'Empire islamique.
Enfin, dans le recueil De Bagdad à Damas (2018), des contributions rendent hommage à son travail en retraçant son parcours scientifique, notamment ses recherches sur les archives de Damas, et en soulignant l'importance de la région iranienne dans ses études.
Ainsi, Dominique Sourdel a joué un rôle crucial dans la compréhension de l'histoire de l'Iran médiéval et de son influence sur le monde islamique, en mettant en lumière les interactions entre les cultures arabe et persane.
Spécialiste d'art islamique, visuel contemporain
Christiane J. Gruber (collaboratrice internationale liée à l’école française)Spécialité : Art islamique, iconographie chiite
Apport : Études sur l’art visuel chiite safavide et qadjare.
Apport : Études sur l’art visuel chiite safavide et qadjare.
Christiane J. Gruber est une historienne de l’art islamique, professeure à l’Université du Michigan, spécialisée dans l’étude des arts visuels en Iran et dans le monde islamique. Bien qu'elle ne soit pas officiellement affiliée à une institution française, elle entretient des liens étroits avec le milieu académique français, notamment à travers ses collaborations avec des chercheurs et des institutions tels que l’École Pratique des Hautes Études et l’Institut National d’Histoire de l’Art. Elle a participé à des séminaires et conférences à Paris, portant sur des sujets tels que les représentations du Prophète Muhammad dans l’art islamique et les images de la Vierge Marie en Iran et en Inde moghole .
Ses recherches se concentrent sur les manuscrits illustrés persans, en particulier les Mi‘raj-nâma, qui relatent l’ascension du Prophète Muhammad. Elle a publié plusieurs ouvrages sur ce thème, dont The Timurid Book of Ascension (Mi‘rajnama): A Study of Text and Image in a Pan-Asian Context (2008), The Prophet’s Ascension: Cross-Cultural Encounters with the Islamic Mi‘raj Tales (2010), et The Ilkhanid Book of Ascension: A Persian-Sunni Devotional Tale (2010) .
En 2013, elle a donné une conférence à l’Institut National d’Histoire de l’Art à Paris, intitulée « Un Mi’raj iranien : une peinture murale contemporaine de l’ascension du Prophète Muhammad », dans le cadre d’un séminaire sur l’histoire des arts de l’Islam et l’archéologie des pays d’Islam .
Ainsi, bien que n’étant pas officiellement affiliée à une institution française, Christiane J. Gruber joue un rôle significatif dans les études persanes en France, contribuant à la compréhension de l’art et de la culture iranienne à travers ses recherches et ses collaborations académiques.
Institutions françaises clés
- IFRI (Institut Français de Recherche en Iran, Téhéran)
- CNRS (sections Archéologie et Études iraniennes)
- EPHE (École Pratique des Hautes Études)
- INALCO, Sorbonne, Collège de France, ENS
- DAFA (en lien avec l’Afghanistan, mais aussi études est-iraniennes)
