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Jane Dieulafoy : Fouilles en Perse

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Jane Dieulafoy : Fouilles en Perse

Voyages en Iran – Pasargades
Publié par A. Irvani dans Portraits de Personnalités · Samedi 19 Jul 2025 · Temps de lecture 12:00
Tags: FouillesenPerseleLouvreJaneDieulafoy

Jane Dieulafoy, fouilles en Perse et enjeux contemporains du patrimoine
I. Une archéologue dans la Perse des Qajars

À la fin du XIXe siècle, la Perse, sous la dynastie Qajar (1789–1925), occupe une position géopolitique délicate. Officiellement indépendante, elle est néanmoins prise en étau entre les ambitions de la Russie tsariste à l’est et de l’Empire britannique à l’ouest. Cette période, surnommée le "Grand Jeu", voit s’intensifier les pressions étrangères sur un État perse encore fragile, peu centralisé et en quête de modernisation. Bien qu’elle n’ait jamais été colonisée au sens classique du terme, la Perse devient un territoire d’influence, où les puissances européennes obtiennent concessions économiques, privilèges diplomatiques et autorisations d’exploitation, y compris dans le domaine archéologique.

C’est dans ce contexte qu’interviennent Jane Dieulafoy et son époux Marcel, ingénieur et archéologue. Tous deux obtiennent l’autorisation légale de fouiller le site antique de Suse, situé dans la région du Khuzestan, au sud-ouest de l’Iran. La première mission, menée entre 1881 et 1882, a pour but l’exploration préliminaire du site. Jane, passionnée par l’histoire et l’art, documente minutieusement les vestiges : elle photographie, dessine, décrit avec rigueur les objets et les structures. Elle s’intéresse également aux coutumes locales, aux costumes, à l’architecture traditionnelle, adoptant une démarche à la fois scientifique et ethnographique.

La seconde mission, plus ambitieuse, se déroule de 1884 à 1886. Financée partiellement par l’État français et le musée du Louvre, elle prend la forme d’une campagne officielle de fouilles. Les Dieulafoy travaillent dans des conditions parfois extrêmes, dans une région peu équipée et politiquement instable. Ils exhumèrent de nombreux objets d’exception : bas-reliefs, frises en briques émaillées, statues, colonnes, inscriptions cunéiformes, objets en céramique ou en métal, témoins précieux de l’empire élamite, puis achéménide et parthe. Ces pièces, acheminées vers la France avec l’accord des autorités qajars, vont constituer un socle majeur des collections orientales du musée du Louvre.

II. Science, culture et transmission du savoir
Au-delà de l’aventure archéologique, l’œuvre de Jane Dieulafoy se distingue par une approche rigoureuse et innovante. Femme d’action mais aussi intellectuelle, elle allie observation du terrain, documentation photographique et restitution littéraire. Son livre La Perse, la Chaldée et la Susiane (1887) témoigne de cette double ambition : transmettre les résultats des fouilles et offrir au lectorat européen une image vivante de la civilisation perse, à travers une plume érudite, sensible et engagée.

Elle ne se contente pas de décrire les objets : elle les replace dans leur contexte architectural, culturel, et symbolique. Son intérêt pour les traditions locales, pour les rôles sociaux et pour les formes d’expression artistique en fait également une ethnographe intuitive. Son regard ne se limite pas à l’Antiquité : elle explore aussi la Perse de son temps, dans ses contrastes et ses tensions.

Par ailleurs, sa position atypique en tant que femme dans un monde masculin ajoute une dimension pionnière à son parcours. Vêtue à l’occidentale mais en habits masculins – ce qui nécessitait en France une autorisation administrative – elle impose son autorité sur les chantiers, dirige des équipes, prend part aux décisions scientifiques. Sa présence sur le terrain, son courage et son sérieux lui valent l’estime des savants de son époque. Elle participe à la diffusion du savoir oriental, contribuant à construire une image documentée et moins fantasmée de la Perse antique.

Ses écrits, souvent publiés dans la presse ou dans des revues scientifiques, participent à l’élargissement du champ archéologique à un public non spécialiste. Son travail méthodique et ses talents de vulgarisatrice font d’elle une figure incontournable de l’iranologie naissante, à une époque où la discipline s’organise autour des grandes institutions muséales européennes.

III. D’une mission scientifique à une question patrimoniale
Cependant, ce que l’on considérait à l’époque comme une grande œuvre scientifique suscite aujourd’hui des interrogations profondes. Certes, les Dieulafoy disposaient de permissions légales pour fouiller et transférer les objets. Mais ces autorisations s’inscrivaient dans un système international déséquilibré, dans lequel les pays européens exerçaient une forme de domination économique et symbolique sur des États affaiblis.

La notion moderne de patrimoine culturel national, telle qu’elle est reconnue aujourd’hui, était encore floue à la fin du XIXe siècle. Le gouvernement Qajar avait conscience de l’importance de son patrimoine, mais il manquait souvent de moyens pour en assurer la conservation et la mise en valeur. Le rapport de force était inégal : la France disposait de ressources, de technologies, de musées prêts à accueillir ces œuvres ; la Perse, elle, peinait à affirmer son autorité sur son propre territoire.

C’est dans ce contexte que les objets de Suse ont rejoint les collections du Louvre. Frise des Archers du palais de Darius Ier, chapiteaux sculptés en calcaire, sarcophage parthe en terre cuite glaçurée, objets en ivoire, intailles sassanides, figurines en argile : tous ces artefacts furent soigneusement catalogués, parfois restaurés et exposés dans les galeries du musée parisien. Jane Dieulafoy elle-même joua un rôle actif dans l’organisation du transport, l’étiquetage des pièces, leur classement et leur valorisation muséale.

Si ces actions permirent de préserver des objets qui auraient pu être perdus, elles posent aujourd’hui la question de leur légitimité. L’exportation de ces œuvres, même autorisée, s’est faite dans un cadre international marqué par l’inégalité, où les décisions prises localement étaient souvent influencées par la pression ou la dépendance vis-à-vis des grandes puissances.

IV. Réinterroger l’héritage Dieulafoy : entre hommage et vigilance critique
Le débat contemporain sur le patrimoine oblige à relire l’histoire avec des yeux neufs. La Convention de l’UNESCO de 1970, qui interdit l’exportation illicite de biens culturels, marque une rupture dans la conception des fouilles et des collections. Même si elle est postérieure aux missions Dieulafoy, elle fixe un cadre éthique que les musées ne peuvent ignorer. De plus en plus, les institutions muséales recontextualisent les objets exposés, informent le public sur les conditions de leur acquisition, et initient parfois des démarches de restitution ou de coopération.
Dans ce nouveau contexte, le cas de Jane Dieulafoy devient emblématique. Peut-on la considérer comme responsable d’un pillage culturel ? Ce serait injuste : elle a agi dans le respect des lois de son temps, avec une conscience scientifique sincère et un souci de conservation. Elle a contribué à sauver de nombreuses pièces de la dégradation, et son travail a permis une meilleure compréhension du monde antique.

Mais refuser toute critique serait également une erreur. En participant à un système inégal, où les pays occidentaux s’appropriaient les richesses culturelles des autres, elle a malgré elle contribué à un déséquilibre durable. Le fait que ces objets soient aujourd’hui conservés en France, alors qu’ils proviennent d’un site fondamental de l’histoire iranienne, interroge les principes de justice patrimoniale.

Plutôt que de trancher entre héroïsation et condamnation, il convient d’adopter une lecture nuancée. Il s’agit de reconnaître la valeur scientifique et humaine du travail accompli, tout en dénonçant les mécanismes d’accaparement culturel qui ont permis l’enrichissement des musées occidentaux. Cette prise de conscience ouvre la voie à une nouvelle manière d’envisager les relations patrimoniales entre pays.

V. Pour une nouvelle éthique du patrimoine mondial
Le cas Dieulafoy invite à repenser profondément notre rapport aux collections muséales. La restitution d’œuvres ne se réduit pas à une décision juridique : elle engage des valeurs, des symboles, une reconnaissance des histoires partagées – parfois douloureuses – entre nations. Même si l’Iran n’a pas officiellement réclamé le retour des objets de Suse, le simple fait que ce débat soit ouvert montre que les lignes bougent.
Les musées doivent évoluer : non plus comme vitrines du pouvoir scientifique des nations coloniales, mais comme lieux de mémoire, de dialogue et de coopération. Des partenariats peuvent être établis, des expositions itinérantes organisées, des recherches conjointes menées entre pays d’origine et institutions détentrices.

L’héritage de Jane Dieulafoy est un appel à la responsabilité. Il ne s’agit pas de l’effacer ou de le rejeter, mais de le comprendre dans toute sa complexité. Son courage, sa curiosité, son engagement pour la connaissance doivent être salués. Mais ils ne peuvent être dissociés des contextes historiques qui ont rendu possibles certaines injustices patrimoniales. C’est en articulant ces deux dimensions – admiration et lucidité – que l’on pourra construire une mémoire partagée et une gestion équitable du patrimoine culturel mondial.


Nasseredin Shah Qajar et les échanges culturels avec l'Europe : entre ouverture et controverses.
Nasseredin Shah Qajar est l'un des souverains les plus marquants de la dynastie Qajar. Il fut le premier monarque perse à visiter l'Europe, s'y rendant à trois reprises entre 1873 et 1889. Fasciné par les sciences et les techniques européennes, il a ouvert son pays à des échanges culturels, scientifiques et archéologiques avec la France et le Royaume-Uni. Il a également accordé plusieurs concessions économiques, industrielles et culturelles à des puissances européennes, ce qui a parfois nui aux intérêts nationaux et lui a valu des critiques internes.

En 1884, Nasseredin Shah a officiellement accordé le droit de fouilles à Marcel Dieulafoy, à la demande du gouvernement français. Le couple Dieulafoy s'est alors installé à Suse avec le soutien des autorités locales, sous la protection d'un firman royal (décret du Shah). Ce firman autorisait non seulement les fouilles, mais aussi le transport vers la France des objets découverts, selon un partage souvent très favorable à la France.

Les fouilles archéologiques menées par Jane et Marcel Dieulafoy à Suse entre 1884 et 1886 ont été rendues possibles grâce à ce firman royal émis par Nasseredin Shah Qajar, qui a régné sur la Perse de 1848 à 1896. Curieux des avancées européennes et engagé dans une politique d'ouverture, ce roi a autorisé plusieurs missions occidentales sur le sol iranien, dont celle des Dieulafoy. Le firman ne se limitait pas à l'exploration : il permettait également l'exportation vers la France d'une grande partie des objets découverts, facilitant ainsi leur transfert au musée du Louvre. Ce cadre juridique, qui semblait légitime à l'époque dans un contexte de déséquilibre diplomatique, soulève aujourd'hui des débats sur la notion de pillage légal ou de colonialisme culturel.



Musée du Louvre

Parmi les œuvres emblématiques découvertes à Suse lors des fouilles menées par Jane et Marcel Dieulafoy entre 1884 et 1886, plusieurs pièces majeures sont aujourd’hui conservées au musée du Louvre, dans le département des Antiquités orientales.

On y trouve d’abord la célèbre Frise des archers, composée de briques polychromes représentant des rangées d’archers. Elle provient du palais de Darius Ier à Suse et est exposée dans la salle 307, aile Sully du musée. Dans la même salle, sont également visibles les détails des figures individuelles, des archers moulés en profil coloré, qui faisaient partie de la même composition décorative.

Un autre objet remarquable est un fragment de chapiteau sculpté représentant des taureaux androcéphales, provenant de l’Apadana (salle d’audience royale) de Suse. Cette pièce, bien qu'importante, n’est pas actuellement exposée au public et est conservée dans les réserves du Louvre.

Enfin, le sarcophage parthe (numéro d’inventaire AOD 789) constitue une pièce maîtresse des découvertes Dieulafoy. Réalisé en terre cuite glaçurée, typique de la période parthe, ce sarcophage a été mis au jour à Suse et est aujourd’hui visible dans la salle 310, aile Sully.

Voici cinq images emblématiques des objets découverts à Suse (Iran) lors des fouilles conduites par Jane et Marcel Dieulafoy entre 1884 et 1886, aujourd’hui conservés au département des Antiquités orientales du musée du Louvre :


Œuvres représentées
1. La frise des archers (Darius Iᵉʳ, vers 510 av. J.-C.)

  • Il s’agit d’un panneau monumental en briques glaçurées polychromes, représentant des soldats armés d’arcs, vêtus de tuniques colorées.
  • Découverte par le couple Dieulafoy à proximité de l’apadana du palais de Darius à Suse.
  • Aujourd’hui reconstituée et exposée dans la salle 307, aile Sully du Louvre Collections du Louvre.

2. Détails des archers

  • Les images montrent des archers en profil, chacun mesurant environ 1,46 mètre.
  • Les briques présentent des teintes vertes, bleues, jaunes, brunes et blanches, réalisées selon une technique modulée, témoignage de l’art achéménide de l’époque de Darius Iᵉʳ .

3. Plusieurs archers alignés

  • Cet aperçu illustre la présence répétitive des figures, créant un effet visuel rituel et décoratif typique de l’architecture de palais achéménide.

4. Fragment de chapiteau en calcaire

  • Chapiteau sculpté représentant l'avant-train de taureaux androcéphales, provenant de la salle d’audiences du palais.
  • Bien que ce fragment ne soit pas toujours exposé, il est identifié comme acquis lors de la mission Dieulafoy de 1884‑1886 (numéro d’inventaire AOD 1 ou AOD 1219) Wikimedia Commons+13Collections du Louvre+13nourrituresentoutgenre.blogspot.com+13.


Le sarcophage parthe (AOD 789) présente une glaçure caractéristique de la période parthe, mise au jour à Suse sous la direction des Dieulafoy et exposée dans la salle 310, aile Sully du Louvre


Contexte et importance
  • Ces œuvres illustrent l’expertise scientifique et archéologique des fouilles menées par les Dieulafoy : reconstitution, classement, documentation photographique, et envoi organisé au Louvre IRNA Français.
  • La frise des archers, en particulier, est devenue un symbole de la dynastie achéménide et de l’art monumental à Suse, capturant l’imaginaire de l’empire perse ancien.




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